Maternité de campagne

Naissance d'une couleuvre / © Benoît Renevey

La clé de leur mystérieux rassemblement ? Les couleuvres mettent tous leurs œufs dans le même panier.

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Point de dortoir hivernal ni de club de rencontres, encore moins de marché aux grenouilles. Non, l’endroit vers lequel convergent les couleuvres suivies à la trace dans le Seeland suisse (voir notre article), c’est un simple tas de compost. Elles s’y retrouvent toutes, toujours à la même époque, durant les derniers jours de juin. Ce qu’elles viennent faire là ? Pondre, afin d’assurer la survie de l’espèce

Dans les zones alluviales, les amoncellements de végétaux déposés par les crues offrent d’excellents sites de ponte pour la couleuvre à collier. / © Benoît Renevey

Chez l’apiculteur

Et où se trouve ce coin de paradis ? En bordure de forêt, près d’un rucher et sous les yeux d’un homme qui connaît depuis longtemps leur secret : l’apiculteur de ces lieux. Une chance que les serpents soient tombés sur un humain qui les respecte et aime les recevoir année après année. Une vingtaine de couleuvres fréquentent chaque fois le compost. Et toutes en même temps ! Impossible pour elles de passer inaperçues.

Le suivi par télémétrie a montré que parmi ces femelles, les unes se rendent sur les lieux d’une traite, d’autres par étapes. Certaines font plus d’un kilomètre pour rejoindre l’endroit. Ailleurs, on en a vu qui parcouraient jusqu’à 4 km pour trouver un site de ponte.

Incroyable : sur la portion de plaine où s’est déroulée l’étude, les serpents n’ont rien trouvé d’autre, ou de mieux pour pondre. La survie de toute cette population ne tient donc qu’à quelques brouettes de végétaux en décomposition et à la bienveillance d’un seul homme.

Faut qu’ça fermente !

A l’origine, les lieux de ponte de la couleuvre à collier se trouvaient principalement au bord des lacs et des rivières. Il s’agissait d’amas de végétation déposés par les crues. Là, au cœur des tas de roseaux, d’herbe et de branchages, elle trouvait les deux conditions nécessaires au développement de ses œufs : la chaleur, produite par la fermentation des végétaux, et l’humidité. Mais « le progrès » est passé par là, régulant les cours d’eau et nettoyant les berges. Même en forêt, les gros troncs pourrissants, autres lieux de ponte, se font rares.

Aujourd’hui, il ne reste plus que les tas de fumier ou de compost pour offrir de bonnes conditions de reproduction. Mais à se rapprocher autant des hommes, le serpent risque de périr sous les coups de bâton d’un ignorant certain de défendre son compost contre une horde de serpents belliqueux.

La dent de l’œuf

Une couleuvre à collier pond quelques dizaines d’œufs. Blancs, oblongs et mous, ils ont un aspect parcheminé. Ils mesurent 3-4 cm de long sur 1,5-2 cm de large. La ponte a lieu en juin ou en juillet. Les jeunes éclosent 5 à 10 semaines plus tard, selon la température du milieu ambiant.

Comme les oisillons, le couleuvreau fend la coquille grâce à une dent située sur l’avant de sa mâchoire supérieure. Cette dent tombe peu après l’éclosion. Les œufs étant collés entre eux par une sécrétion, les jeunes, longs de 15 à 20 cm, se retrouvent souvent agglutinés.

Retrouvez la totalité du dossier consacré à la couleuvre à collier : Un serpent ! Sauve qui peut ?

N’imaginez pas qu’il faille un grand jardin pour accueillir la nature. Découvrez quelques discrets aménagements qui suffisent à attirer bon nombre de nouveaux habitants.

Couverture de La Salamandre n°179

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 179
Avril - Mai 2007
Article N° complet

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