Les colosses de la steppe

Article extrait du dossier L'automne des mammouths
Pour protéger du froid leurs œufs pondus en février ou début mars, les grands corbeaux doublent leur nid d'une épaisse couche de laine. Il y a vingt mille ans, ce duvet protecteur comprenait certainement de longs poils de mammouths. / © Laurent Willenegger

Fermer les yeux, sentir le froid mordant. Au nord de l'Europe, une immense calotte de glace. Au sud, des glaciers alpins qui débordent sur des centaines de kilomètres. Entre les deux s'étend à perte de vue la steppe des mammouths.

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A quoi ressemblait notre monde au temps des mammouths ? Mammouths, prononcez lentement ce mot très ancien qui nous vient de Sibérie. Savourez-le. Laissez-vous porter sur une terre où vous n'irez jamais pour de vrai. Bienvenue dans les basses plaines d'Europe au cœur de la dernière glaciation.
Au sommet de la colline, le donjon des corbeaux. C'est un nid renforcé année après année par ses propriétaires. Chaque branchette ramenée provient d'un bonsaï rampant, de ces saules nains habitués des climats glacés. Posé là depuis longtemps, l'un de ces increvables arbres a repris racine.

Mammouths, les colosses de la steppe

Pour protéger du froid leurs œufs pondus en février ou début mars, les grands corbeaux doublent leur nid d'une épaisse couche de laine. Il y a vingt mille ans, ce duvet protecteur comprenait certainement de longs poils de mammouths. / © Laurent Willenegger

Laines sauvages

Dans cette armature rustique s'accrochent, battus par un vent froid et sec, de longs brins de laine. Les grands corbeaux les ont récoltés et apportés dans leur bec. Il y a des poils de lièvre, d'ours… et là, ces énormes ? De mammouth ! Les colosses aux défenses spiralées sont bel et bien dans les parages. De la laine, ils en abandonnent des quantités derrière eux, surtout au printemps, lors de la mue.
En contrebas du nid s'étire une étendue fauve constellée de lacs. Sous un ciel de plomb, on aperçoit au loin la barre blanche du grand glacier.

L'infini de la steppe

Quelle plaine à nulle autre pareille ! D'abord, près des langues glaciaires, un tapis frugal. De ceux qui, au XXe siècle encore, recouvrent les contrées désolées de l'Arctique. Ensuite, après les entrelacs de mousses et de lichens, vient une terre plus généreuse, malgré son sol perpétuellement gelé en profondeur. L'herbe qui pousse là est abondante, variée. Elle forme une steppe qui s'étend de l'Espagne jusqu'en Alaska, recouvrant une large partie de l'Eurasie. Un climat glacial en hiver mais tempéré durant l'été et très sec en toutes saisons a permis le développement d'un océan de graminées, de pavots et d'armoises. Cet océan, on l'appelle la steppe froide, la toundra-steppe ou encore la steppe à mammouths. Car si les rennes et les bœufs musqués peuvent se contenter de lichens, les mammouths, ces géants de cinq tonnes, ont un besoin vital d'herbe, de l'herbe nourrissante de prairies infinies. C'est là qu'ils trouvent leur bonheur, et non comme on l'imagine parfois sur des glaciers.

Depuis quelques jours, des quantités d'oies survolent cette immensité, escortées par les trompettes des grues qui filent elles aussi vers le sud. Les nuits de plus en plus froides font remonter le gel en surface. A peine esquissé, l'automne doré tire sa révérence. Et l’herbe piétinée, broutée, tannée par le vent et le soleil va bientôt se couvrir de givre.
Où sont les mammouths ? L'herbe de la steppe est-elle si haute qu'ils s'y cachent ?

Couverture de La Salamandre n°200

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 200
Octobre - Novembre 2010
Article N° complet

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