Ma maison en paille

« Aujourd'hui, on n'accepte plus d'attendre. On veut sa maison tout de suite ! Les projets sont mal pensés et menés au pas de course par des artisans surchargés. Le résultat est souvent décevant. » Pascal Fluck, Hauterive (NE), 3 juin 2012. / © Sandro Campardo

Isabelle et Pascal Fluck construisent de leurs mains la première maison de paille du canton de Neuchâtel. Visite guidée d'un chantier écologiquement exemplaire.

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A l'orée de la forêt, dans les hauts d'Hauterive (NE), pousse depuis quelques mois une maison pas comme les autres. Ses murs sont faits d'une légère ossature de bois remplie de paille. Voilà qui fait frémir. On se souvient de la demeure d'un petit cochon qu'un souffle du loup suffit à balayer. On imagine le briquet, l'allumette imprudente, la demeure qui s'embrase en un instant... « L'incendie ? Pas plus à craindre que dans un chalet en bois », tempère Pascal Fluck. « Notre paille est compressée en grandes bottes compactes. Il y a peu d'oxygène à l'intérieur. Et nos murs seront recouverts d'un enduit de terre isolant et incombustible. » Surtout, ces parois naturelles ont des propriétés extraordinaires.
La paille répond à tous les critères d'une maison saine, agréable et écologique. Elle isole aussi bien que la laine de verre. Elle respire en régulant l'humidité. Elle est exempte de polluants et recyclable. « C'est une matière vivante, à mille lieues d'un béton inerte, étanche et qui est pour nous une matière morte. Car justement nous voulions une maison vivante ! » assène avec enthousiasme le constructeur autodidacte, autrefois dessinateur en génie civil reconverti à l'informatique.

Vivante de la cave au grenier

Le projet d'une maison était dans l'air depuis des années. Le couple neuchâtelois rêvait de mettre la main à la pâte, de concevoir un habitat aussi autonome en énergie que possible. Isabelle raconte. « C'est un copain qui nous a parlé pour la première fois de maisons en paille. Ça nous a paru farfelu. On imaginait une espèce de hutte africaine. Mais, en surfant sur internet, nous avons réalisé que c'était très sérieux, et même assez répandu en France. Nous avons suivi des stages d'autoconstruction et, un jour, nous nous sommes lancés. » Après un peu plus d'une année de chantier, le résultat est impressionnant. Avec l'aide d'amis venus prêter main-forte certains samedis, les deux passionnés ont fini le gros œuvre d'une maison pratiquement exempte de béton. « Personne ne voulait imaginer que nous pourrions nous en passer pour construire notre cave. Et pourtant, à part quelques fins piliers porteurs, nous y sommes parvenus grâce à des voûtes et des murs en terre cuite. » Le point faible de ce matériau est sa vulnérabilité au gel. Qu'importe ! Isabelle et Pascal entourent leur cave d'une couche de 30 centimètres de gravier filtrant, de tubes drainants et de briques rainurées qui facilitent l'évacuation de l'eau et aèrent les murs. « Avant de geler, notre cave aura le temps de sécher. »

Ouverte au soleil

A côté de cet espace semi-enterré, un bureau, une buanderie et un atelier. Les deux étages supérieurs sont destinés au séjour et aux chambres à coucher. Même le toit est en paille. Le bois des poutres a été coupé à la bonne lune et n'a pas été traité, les colles utilisées sont à base de caséine. Et le chauffage réduit à sa plus simple expression. L'énergie du soleil réchauffe les pièces à travers de grandes baies vitrées ainsi que l'eau sanitaire via des panneaux thermiques. Un poêle de masse complète si nécessaire cet apport thermique.
Evidemment, un tel chantier est une aventure riche en imprévus. Des sacrifices, il y en a eu. Mais heureusement, ces parents de deux jeunes enfants savent s'écouter. Pas question de renoncer aux vacances ni aux dimanches en famille. « On a vu trop de gens qui s'épuisent dans ce genre d'aventure. Nous avons le temps. Nous déménagerons tout simplement quand notre maison sera terminée. »

Bio express

  • 1972 Naissance de Pascal à Neuchâtel.
  • 1973 Naissance d'Isabelle à Neuchâtel.
  • 2004 L'idée de construire une maison de leurs propres mains germe dans leur esprit.
  • 2011 Début du chantier le 15 mai.
  • 2013 Emménagement prévu en février.
La maison en paille d'Isabelle et Pascal Fluck / © Sandro Campardo

Des clés pour agir

Les trois conseils de Pascal Fluck pour se lancer dans pareille aventure:

  • Ne pas s'improviser bâtisseur « Isabelle et moi avons suivi des formations et collaboré à plusieurs chantiers participatifs pour nous faire la main. Nous nous sommes également énormément documentés et avons eu recours à un architecte pour faire le plan de la maison. Puis on s'est débrouillés. »
  • Savoir s'entourer « Même si j'ai une formation en génie civil, nous ne sommes pas du métier. D'où l'importance de recevoir d'autres l'expérience qui nous manque. Nous avons trouvé un coach qui nous suit et nous conseille. On parle de notre projet autour de nous, avec parfois de belles surprises. C'est en racontant notre aventure à sa coiffeuse qu'Isabelle a déniché un bûcheron qui coupe le bois en fonction de la lune. Nous avons également organisé des sessions participatives les samedis qui ont donné un coup de turbo au chantier. »
  • S'écouter « Nous suivons toujours nos intuitions. Nous n'avons pas hésité à changer complètement notre projet en cours de route. Beaucoup de nos choix sont des coups de cœur pour un matériau ou une manière de faire. On a par exemple envisagé un moment une ventilation contrôlée comme cela se fait beaucoup pour aérer sans ouvrir les fenêtres. Idée vite abandonnée : avoir un moteur qui tourne en permanence ne nous plaisait pas. On aime ouvrir nos fenêtres ! Et l'économie d'énergie aurait été négligeable. »

Plus d'infos

Les sites web:

Les livres

  • Construire en terre-paille, Alain Marcom, éd. Terre Vivante, 20 ans d'expérience dans un livre édifiant.
  • La construction en paille, Luc Floissac, éd. Terre Vivante. Très pointu, à lire avant de se lancer.

Le film

Couverture de La Salamandre n°211

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 211
Août - Septembre 2012
Article N° complet

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