Le lynx, le loup… et nous !

Article extrait du dossier Le mystère du lynx
Quelle place voulons-nous donner au loup ? / © Viviane Mermod-Gasser

Chasseurs, éleveurs, scientifiques, artistes... ou psychanalistes ont tous une vision différente des grands prédateurs. Pour «La Salamandre», la journaliste-réalisatrice Viviane Mermod-Gasser a combiné leurs témoignages dans un film passionnant.

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Viviane Mermod-Gasser, qu'est-ce qui vous a donné envie de creuser aux racines de notre relation avec les grands prédateurs?

On parle sans cesse du loup ou du lynx. La société veut majoritairement le retour de ces animaux et, en même temps, quand ils sont là, on les canarde. C'est un paradoxe complet. Deux conceptions du monde s'opposent de manière passionnelle. D'un côté, une pensée romantique de la nature qui nie totalement les problèmes réels que peuvent poser ces animaux. Et de l'autre, une vision très utilitariste de cette même nature qui conteste la légitimité du retour des grands prédateurs et amplifie d'une manière disproportionnée l'importance de leurs dégâts.

Quelle région avez-vous choisie pour votre enquête?

J'ai arrêté mon choix sur les Préalpes des cantons de Vaud et de Fribourg. C'est un secteur intéressant où les éleveurs sont confrontés depuis longtemps à la présence du lynx. Qu'ils le veuillent ou non, ils ont dû apprendre à composer avec cet animal en mettant en place des mesures de protection. Cette cohabitation avec le félin les a préparés au retour régulier du loup dans la région depuis quelques années.

Comment les éleveurs vivent-ils cette situation?

Je pensais me retrouver en face de gens très virulents, mais au final leur point de vue est beaucoup plus nuancé que je ne m'y attendais. Indemnisés à la fois pour les mesures de protection et en cas de dégâts, accompagnés par la vulgarisation agricole, soutenus par les garde-faune, les bergers ont compris qu'ils devaient faire avec le retour des grands prédateurs. Ils ne sont pas forcément pour, mais le réalisme l'a emporté.
D'ailleurs, les mesures de protection portent leurs fruits. Durant l'été 2011, année de tournage du film, aucun loup ni aucun lynx n'a capturé un mouton ou une chèvre dans la région.

Et les chasseurs?

Je croyais que beaucoup d'entre eux sont par principe contre le loup ou le lynx parce qu'ils considèrent ceux-ci comme d'intolérables concurrents. Mais en réalité, les témoignages que j'ai recueillis m'incitent à penser que le problème vient plutôt du changement de comportement des ongulés sauvages. En présence du lynx ou du loup, chamois et chevreuils se déplacent beaucoup plus. C'est une situation plus naturelle, bien meilleure pour les dégâts que ces herbivores peuvent localement causer à la forêt... mais qui rend la chasse sensiblement plus difficile!

Qu'avez-vous trouvé au fond de cette relation ambiguë?

Que le loup en particulier endosse le rôle du méchant dès notre enfance. Et que c'est sur cette opposition entre le bien et le mal que nous nous construisons.
En fin de compte, leurs protecteurs tout comme leurs détracteurs connaissent généralement mal ces animaux insaisissables. On projette sur eux nos émotions, nos mythes, nos innombrables légendes de bistrot. Et au final, on est naturellement contre l'étranger, parce qu'on ne le connaît pas. Et ce qu'on ne connaît pas fait peur.
Je suis heureuse de constater qu'aujourd'hui, dans les Préalpes où j'ai réalisé ce film, le lynx ne fait plus réellement peur. Il est plus ou moins accepté et j'espère que ce sera un jour le cas du loup.

Pour commander le DVD Le lynx, le loup et nous de Viviane Mermod-Gasser, rendez-vous sur notre catalogue en ligne.

Couverture de La Salamandre n°213

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 213
Décembre 2012 - Janvier 2013
Article N° complet

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