Loups à l’œil

Article extrait du dossier Le loup parmi nous
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Retrouver tout le dossier Le loup parmi nous de la Salamandre n° 237.

La meute de loups du Calanda

Pièges-photo, analyses génétiques et observations: la meute de loups du Calanda, la première en Suisse, est constamment suivie par les gardes-faune grisons. Reportage. 

Fin-février, massif du Calanda. Le foehn souffle avec insistance et décoiffe pins et sapins. Impuissante face à cet air chaud, la neige fond rapidement en emportant dans son départ les traces des habitants de la forêt. Mais rien n’échappe à l’œil aiguisé de René Gadient! Le garde-faune de l’Office de la chasse et de la pêche du canton des Grisons indique une empreinte de grande taille dans la glace à moitié fondue. Une grosse pelote plantaire et quatre pelotes digitales médianes disposées en arc de cercle… Un loup? « Certainement un canidé! Il ne s’agit pas d’un renard car la taille est trop importante. Peut-être un gros chien… », détaille notre guide. Plusieurs traces de pieds et de raquettes laissent penser que ce chemin est bien fréquenté par les gens. Une fausse alerte, donc ? « Pourtant les loups aiment bien marcher sur les pistes forestières comme celle-ci », continue René Gadient. Opportunistes, les prédateurs profitent des routes construites par l’homme pour se déplacer sans effort sur ce versant escarpé et accidenté. René Gadient raconte en avoir croisé plusieurs fois de nuit, la dernière le mois dernier lorsqu’il rentrait en 4×4 après un comptage de cerfs.

Les premières observations de loup dans la région du Calanda datent de l’automne 2011. « Une année plus tard à peine, un de mes collègues a observé quatre louveteaux! » C’est une première pour la Suisse: 17 ans après son retour dans le pays, le loup se reproduit à nouveau. Depuis, le même couple a donné naissance à des jeunes chaque année. Actuellement, on estime que la meute compte entre six et huit individus sur ce massif à cheval entre les Grisons et le canton de Saint-Gall.  

Avec la collaboration du Kora (Écologie des carnivores et gestion de la faune sauvage) et de l’Office fédéral de l’environnement, les gardes-faune grisons suivent le canidé pour étudier son comportement et ses habitudes. Pour ce faire, ils récoltent des échantillons sur les cerfs, les chamois ou les chevreuils victimes du loup ainsi que sur ses crottes. Les analyses génétiques permettent d’identifier précisément les individus. Une série de pièges-photographiques installés sur le terrain permet de compléter le monitoring…

Après un léger virage, René Gadient s’arrête devant un sapin blanc et sort une clé. Bien camouflé contre le tronc, un mystérieux boîtier brun semble nous fixer avec son œil noir… une caméra! L’emplacement de l’appareil a été minutieusement choisi. « On est ici à une sorte de carrefour naturel entre ce vallon qui descend et cette petite falaise infranchissable sur la gauche… Pour la faune, c’est un passage obligé », explique le garde-chasse. Cela fait plusieurs semaines que ce piège stratégique n’a pas été relevé. Est-ce que pendant ce temps les loups sont passés par là ? La réponse dans notre galerie photo…

René Gadient partage aussi une vidéo de ce même piège-photographique, enregistrée en novembre 2013. On y voit la meute au complet passer devant la caméra…

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