De l’alpha à l’oméga

Article extrait du dossier Le loup parmi nous
© Fabien Bruggmann

C'est l’animal à la fois le plus craint et le plus vénéré. Petit tour du loup en seulement vingt-six lettres.

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Alpha

La vie sociale du loup a valeur exemplaire. Le clan familial qui compose la meute serait mené par un couple alpha. Au second rang, un mâle bêta assisterait les alpha et aspirerait plus ou moins passivement au statut de chef. Puis des loups immatures lambda subordonnés et contribuant à l’éducation des jeunes louveteaux compléteraient la cellule. En bas ou en marge du groupe, on décrit classiquement un loup oméga, sorte de paria souffre-douleur qui servirait d’exutoire à l’agressivité de la meute dans les moments de tension. Qu’autoriserait la position alpha ? D’abord la reproduction exclusive, avec quelques exceptions, mais aussi l’organisation de la chasse et l’accès prioritaire à la nourriture. Plus généralement, le mâle et la femelle alpha dirigeraient les activités.

Ce modèle de dominance inspire largement notre société et de nombreuses méthodes de management. La nature a bon dos pour justifier toutes sortes de visions du vivre-ensemble. Pourtant, certains biologistes remettent aujourd’hui sérieusement en cause cette vision hiérarchique et compétitive de la meute… parce qu’elle n’aurait été clairement établie que chez des loups captifs.

Bête

L’homme serait « un loup pour l’homme ». Il pourrait dissimuler des actes sanguinaires inexpliqués derrière le loup bouc émissaire. L’affaire illustre de la Bête du Gévaudan en serait-elle un parfait exemple ? Jamais il n’a été prouvé que l’auteur de la centaine de crimes qui terrifia la région de l’actuelle Lozère, en France, entre juin 1764 et juin 1767, était réellement un canidé sauvage. Témoignages abracadabrants et représentations diverses décrivaient une Bête tantôt exotique, tantôt hybride chien-loup, parfois être surnaturel ou homme sadique. Quoi qu’il en soit, cette énigme jamais élucidée a obscurci pour longtemps la réputation de l’animal sauvage.

Canis

Le loup est un canidé, c’est-à-dire un mammifère carnivore armé de canines et de nombreuses molaires comme le renard, le chacal et… le chien. Une récente étude archéologique et génétique éclaircit le mystère de la domestication de ce dernier. Le loup aurait été domestiqué deux fois indépendamment : d’abord il y a 15 000 ans dans l’est de l’Eurasie puis il y a 12 500 ans en Europe occidentale. Les chiens orientaux auraient migré avec les hommes quelques milliers d’années plus tard jusqu’à rejoindre et même partiellement remplacer la lignée locale. Le chien de traîneau du Groenland et le husky sibérien auraient une origine mixte. Seuls quelques gènes distinguent le soi-disant pire ennemi du meilleur ami de l’homme.

Disparition

dication du loup s’organise au Moyen Age. Piégeages et empoisonnements systématiques puis tir au fusil finissent par venir à bout de l’ennemi. Ce massacre à large échelle est animé par une multitude de raisons dont une sourde peur ancestrale, irrationnelle et tenace. Ainsi le loup disparaît-il d’Angleterre au XVIe siècle, d’Ecosse au XVIIe, d’Irlande et du Danemark au XVIIIe, d’une bonne partie d’Europe centrale dont la Suisse au XIXe et finalement de France au milieu du XXe siècle.

Dans les montagnes d’Italie, le grand canidé sauvage n’est pas totalement éradiqué. C’est de cette péninsule, contrée mythologique des jumeaux Romulus et Remus, que le loup revient. A partir de 1992 en France, dans les Alpes-Maritimes, et trois ans plus tard en Suisse dans le Val Ferret. Contrairement au lynx et malgré ce que l’on raconte avec une insistante mauvaise foi, c’est sans aide ni réintroduction que la bête est revenue. Comment ? Grâce à l’opiniâtreté et à l’endurance des jeunes loups taillés pour parcourir de folles distances et recoloniser les terres de leurs ancêtres.

Expressions

Hurler avec les loups : imiter de façon opportuniste

Entre chien et loup : à la tombée de la nuit

Crier au loup : donner une fausse alerte

Avoir vu le loup : être dépucelée

Les loups ne se mangent pas entre eux : les puissants se ménagent entre eux

Faire rentrer le loup dans la bergerie : inviter un ennemi

L’homme est un loup pour l’homme : le pire ennemi de l’homme, c’est lui-même

Une faim de loup : un très grand appétit

La faim fait sortir le loup du bois : la nécessité fait prendre des risques A pas de loup : sans faire de bruit

Se jeter dans la gueule du loup : s’exposer à un grand danger

Un jeune loup : un homme ambitieux

Etre connu comme le loup blanc : être célèbre ou renommé

Un loup de soirée costumée : un masque sur les yeux

Quand on parle du loup, on en voit la queue : l’évocation de quelqu’un le fait arriver

Avoir peur du loup : être craintif

Un vieux loup de mer : un homme d’expérience

Le loup change de poil mais non de naturel : on ne change qu’en apparence

Si on savait où le loup passe, on irait l’attendre au trou : principe de précaution

Y a un loup ! : il y a un piège

Mon petit loup : marque d’affection

La lune n’a rien à craindre des loups : un être supérieur n’a pas à redouter les envieux

Devenu vieux, le loup s’est fait ermite : le temps procure la sagesse

L'oeil d'un loup / © Bruno D'Amicis

Fables

Dans les célèbres Fables de La Fontaine écrites entre 1668 en 1694, le loup est dépeint comme ingrat, stupide et naïf tout en incarnant cruauté sauvage, mauvaise foi et obstination idiote. Il est souvent confronté à l’innocence de l’agneau et à la ruse du renard.

Le loup devenu berger : fourbe et naïf, sa vraie nature le trahit

Le loup et l’agneau : cruel, de mauvaise foi et usant de sophismes

Le loup et la cigogne : ingrat et sans vergogne

Le loup et le chasseur : avare

Le loup et le chien : liberté individuelle versus servitude

Le loup et le renard : victime de la ruse du renard

Le loup et le renard (bis) : on ne change qu’en apparence

Le loup et les bergers : Oublie ses scrupules devant le mauvais exemple de l’homme

Le loup plaidant contre le renard par-devant le singe : coupable par principe

Le loup, la chèvre et le chevreau : deux sûretés valent mieux qu’une contre le loup

Les loups et les brebis : ennemi sans foi ni loi

Le lion, le loup et le renard : victime de la ruse du renard, le loup paie sa naïveté

Le cheval et le loup : chacun sa vraie nature

Le renard, le loup et le cheval : victime de la ruse du renard, il se fait édenter par le cheval

Gueule

C’est la bouche de nombreuses créatures, carnivores ou non, mais avant tout évidemment celle du loup. Ce sont d’abord ses dents qui cristallisent l’image sanguinaire de l’animal. Au nombre de 42 comme chez le chien, elles forment toutes ensemble une arme redoutable. Les carnassières d’abord, deux prémolaires supérieures contre deux molaires de la mandibule, broient les os et découpent les chairs. Les canines mordent et tuent par une puissante pression des mâchoires de l’ordre de 120 à 150 kg/cm2. Les incisives enfin saisissent et déchirent la peau. Le louveteau n’a que 28 dents de lait. A l’âge de trois semaines, ses canines apparaissent : tout un symbole !

Hurlements

Animal social, le loup a besoin de communiquer. La voix complète efficacement les signaux olfactifs et les attitudes corporelles. Le récital de la meute comprend des grognements, jappements, aboiements, gémissements, geignements, grondements et glapissements… Le hurlement demeure, du fait de sa portée symbolique inégalée, la plus illustre vocalise du loup. L’animal hurle généralement pour entretenir ou recréer la cohésion du groupe, lors d’une excitation intense ou pour défendre son territoire ou une proie. Et pourquoi pas pour le simple plaisir ?

Pour préciser la répartition du loup et détecter la présence estivale de louveteaux, les biologistes utilisent une méthode auditive qui a fait ses preuves : imiter le hurlement avec un porte-voix pour stimuler une réponse.

Italien

Parmi les parents les plus proches du loup, le coyote en Amérique du Nord, le loup rouge au sud-est des Etats-Unis, le loup d’Ethiopie, trois espèces de chacals et enfin évidemment le chien domestique. Notre loup gris est répandu du continent américain jusqu’à l’Eurasie en passant par le Moyen-Orient avec des formes, des tailles et des pelages variés que les spécialistes ont décrits en une quinzaine de sous-espèces toujours très discutées. L’Europe est peuplée par Canis lupus lupus , forme nominale de taille intermédiaire entre le grand loup arctique et le petit loup arabique.

En Italie, le loup est réputé un peu plus petit et considéré de manière très controversée comme une sous-espèce distincte : l’ADN mitochondrial de ce Canis lupus italicus l’identifie en tout cas à coup sûr et permet de suivre précisément son retour dans les Alpes de France puis de Suisse. Zéro doute à ce sujet ! La population de la péninsule est passée de cent individus dans les années 1970 à plus de 1200 aujourd’hui. En Autriche en revanche, ce sont des loups de souche slovéno-croate qui colonisent le pays.

Jeu

Qui n’a jamais joué au loup ? Par ce rituel incroyablement vivace, l’imaginaire du loup persiste dans le quotidien d’enfants des campagnes comme des villes qui n’ont jamais vu l’animal, pas plus que leurs parents ou leurs grands-parents d’ailleurs, et qui ne le verront sans doute jamais. Ce jeu ancestral riche de mille variantes fait courir les enfants de par le monde en associant dans la cour de récréation le canidé sauvage à la menace pure.

Au lycée, cela fait en général longtemps qu’on ne joue plus au loup. Pourtant le mot lycée vient du grec lukaion – peau de loup – et désigne l’endroit où Aristote enseignait la philosophie il y a 2400 ans. Ce gymnase antique, également ancêtre du gymnasium allemand, se situait à Delphes autour du temple d’Apollon gardé par un loup de bronze.

Kamala

Les plus célèbres enfants loups sont Kamala et Amala, deux petites Indiennes dont l’histoire a fait le tour du monde. En octobre 1920, les fillettes soi-disant élevées par une louve dans une jungle au sud-ouest de Calcutta auraient été recueillies par le révérend Joseph Amrito Lal Singh. Le journal tenu par leur sauveur, responsable d’un orphelinat, relate quantité de détails sensationnels. Elles se déplaçaient à quatre pattes, mordaient, hurlaient, préféraient la nuit et la viande crue, avaient des yeux qui émettaient de la lumière, possédaient un odorat et une ouïe hors norme… L’orphelinat au bord de la faillite serait alors devenu prospère. Cette fable du XXe siècle, très probablement une escroquerie avec faux et usage de faux, a pourtant toujours sa place dans des ouvrages sérieux, des publications universitaires et évidemment sur la Toile.

Le loup a souvent été décrit comme dangereux pour l'homme. / © Bruno D'Amicis

Louveterie

Le Corps de la Louveterie est créé par Charlemagne en 813 dans le but d’éradiquer les loups. Au XVIe siècle, François Ier officialise cette institution dirigée par un Grand Louvetier assisté de Lieutenants de Louveterie. Après une courte disparition prononcée en 1787, Napoléon Ier rétablit ce service en 1804. La Louveterie est alors très efficace et serait parvenue à tuer 18 709 loups entre 1818 et 1829 ou encore 1035 loups au cours de la seule année 1884. Toujours en vigueur dans un cadre revu en 1971, la Louveterie de France est aujourd’hui chargée de la régulation des espèces considérées comme nuisibles.

Mangeur d’homme ?

D’Aristote aux gazettes du XIXe siècle en passant par Buffon, Diderot et les registres de curés de campagne, le loup est décrit comme dangereux pour l’homme. Ces témoignages invérifiables suggèrent une proximité délicate entre les deux ennemis, surtout en période de guerre, de famine et d’épidémies. Si l’on ajoute la rage, dont le canidé a été une victime récurrente, il est probable que le voisinage du loup jusqu’au début du siècle dernier ait pu engendrer des accidents. Quelques rares cas auraient-ils suffi pour répandre une paranoïa généralisée ?

En tout cas, le rapport de force entre l’homme industrialisé et le prédateur clairsemé n’a plus rien à voir aujourd’hui avec ce qu’il pouvait être dans les forêts de la Renaissance. Au XXIe siècle, quand les choses tournent mal, c’est plutôt pour le loup.

Naissances

Si le chien peut se reproduire toute l’année, le loup vit avec les saisons. Les accouplements ont lieu en hiver et les naissances sont printanières. Ainsi, le développement des louveteaux devrait leur laisser le temps d’apprendre à chasser les grands herbivores avec leurs parents avant l’hiver suivant. Leurs yeux s’ouvrent à 14 jours, leur sevrage intervient vers 10 à 12 semaines et leur départ de la meute dès le premier hiver ou jusqu’à une année plus tard, surtout pour des femelles. Seule la moitié des jeunes atteignent la maturité sexuelle.

Opportuniste

Puissant et habile chasseur, le loup base son régime alimentaire sur de grandes proies comme le cerf, le chamois, le mouflon ou le sanglier avec lesquels il peut satisfaire son besoin quotidien d’environ 4 kg de viande. En région d’élevage, le mouton est une cible occasionnelle, régulière, voire majoritaire selon le contexte et la présence ou non de mesures de protection. Lors d’une attaque sur un troupeau, l’affolement et le regroupement des bêtes surexcite le prédateur qui enchaîne les mises à mort dans une situation évidemment peu naturelle. Cette surmortalité est un gros problème pour les éleveurs, tout comme elle nuit fortement à l’acceptabilité de l’animal.

Le loup capture aussi des rongeurs, des lièvres, des marmottes, des amphibiens, des reptiles, des oiseaux, de gros insectes et même des fruits. A l’occasion, il est aussi charognard. Sa répartition actuelle en Europe de l’Ouest peut laisser penser que c’est un animal montagnard. Erreur ! Partout où il y a à manger et où se cacher, le loup peut survivre. On le trouve des grandes plaines jusqu’à 3000 mètres d’altitude, du désert jusque dans le Grand Nord en passant par certaines grandes agglomérations.

Proverbes

Le loup connaît le loup, le voleur le voleur : affinité, association de malfaiteurs (Grèce)

A chair de loup dent de chien : il faut une réponse appropriée (Espagne)

Le loup ne craint pas le chien de berger, mais son collier à clous : importance des armes (Russie)

Quand le loup est pris, tous les chiens lui lardent les fesses (France)

Si tu vois un loup lécher un agneau, dis-toi que c’est un mauvais présage : fourberie (Sri Lanka)

Ce que le loup fait, à la louve plaît : amour, couple (Pays basque)

Tôt sait le loup ce que mauvaise bête pense : méchanceté (France)

Pendant que le prédicateur prêchait l’évangile au loup, celui-ci songeait au petit agneau : hypocrisie des méchants (Géorgie)

Le loup apprivoisé rêve toujours de la forêt : naturel, origines (Russie)

Quand le loup vous poursuit, on appelle l’ours « bon oncle » : danger, opportunisme (Slovaquie)

Brebis comptées, le loup les mange : précaution inutile (latin médiéval)

Le parrain du loup doit avoir un chien sous son manteau : précaution, méfiance (Allemagne)

Le loup perd les dents mais non pas la mémoire : rancune (Espagne)

On accuse le loup, coupable ou non : réputation, bouc émissaire (Grèce)

Quand hurle le loup, il lève la tête vers les cieux : tartufe, hypocrisie (Allemagne)

Les lieux-dits qui se réfèrent au loup se comptent par milliers. / © Fabien Bruggmann

Queue leu leu

Absorbé par l’ancien français, le lupus latin est devenu indifféremment leu ou lou. Au XIIIe siècle, les lettrés connaissant la langue classique ont rajouté le p de lupus. Loup a dès lors supplanté leu qui subsiste dans l’expression « à la queue leu leu ». Cette étrange répétition s’explique par la suppression des articles. On devrait dire « à la queue d’un leu, un leu » ce qui signifie qu’à la suite immédiate d’un loup se trouve un autre loup en file indienne. Cette expression évoque très justement le mode de déplacement en meute du canidé où chaque individu place volontiers ses pattes exactement dans les empreintes de celui qui le précède.

Romulus

Les illustres jumeaux Romulus et Rémus seraient à l’origine de la fondation de Rome, donc de la civilisation romaine et par conséquent d’une partie non négligeable de notre histoire. Jetés dans le Tibre pour les écarter du pouvoir, les deux frères auraient été recueillis et allaités par une louve dans la grotte de Lupercale. Puis Romulus aurait construit Rome en ce lieu après avoir tué son frère. Peut-être doit-on décoder ce mythe fondateur en considérant la signification populaire ancienne du mot lupa : une prostituée. Métaphore de la louve qui accompagne encore aujourd’hui le terme lupanar

Sirius

Alpha Canis Majoris , autrement dit Sirius, est l’étoile principale de la constellation du Grand Chien. C’est l’astre le plus brillant de notre ciel après le Soleil. A égale distance, il serait en réalité vingt fois plus brillant que lui. Dans de nombreuses régions et cultures, Sirius se voit attribuer un statut spécial, mythologique ou ésotérique. Dans l’astronomie chinoise et japonaise, c’est l’étoile du loup céleste. Plusieurs tribus amérindiennes l’associaient au même animal, ou parfois au chien ou au coyote.

On trouve dans cette étoile l’origine du mot canicule qui vient de canicula , la petite chienne. Car la période la plus chaude de l’année, de fin juillet à fin août, correspond au temps durant lequel Sirius se lève et se couche en même temps que le soleil. Pour Pline l’Ancien, Sirius participait à la chaleur de l’été en attisant les ardeurs du Soleil. On pensait même que les chiens – encore eux – étaient plus exposés à la rage durant cette période de l’année.

Toponymie

Le loup obsède les hommes depuis toujours. Pas étonnant que les lieux-dits qui se réfèrent au canidé se comptent par milliers : grottes, bois, fontaines, vaux, prés, rochers… Des dizaines de communes portent un nom dérivé de loup, louve, leu, lup, llop en catalan, wolf ou olph en germanique. Beaucoup de ces noms honorent un Saint Loup ou Saint Leu, évêque de Troyes mort en 479 et patron des bergers. A la même époque, un autre saint du même nom, évêque de Bayeux, était renommé pour son habileté à tuer des loups. Ce serait le saint patron des louvetiers et également le protecteur des bergers. Enfin, la Loue, rivière jurassienne affluente du Doubs, était autrefois baptisée la Louve en raison de ses crues violentes et des légendes qui entourent sa source.

Urine

Acheter du pipi de loup pour une recette de sorcière ? Rien de plus simple, il suffit de se rendre sur un site québécois de matériel de chasse où des flacons de diverses tailles sont proposés, de quelques millilitres jusqu’à 4 litres. Ce liquide odorant permet de confectionner des appâts pour attirer le prédateur encore chassé au Canada. Au Japon, où la pullulation des cerfs provoque de nombreux accidents de la circulation, l’urine de loup est utilisée comme répulsif à ongulés.

A l’instar des ogres ou des croque-mitaines, le loup a de tout temps été instrumentalisé pour éduquer avec la peur et l’intimidation. / © Fabien Bruggmann

Rendez-Vous

L’avenir de l’espèce dépend de la survie des jeunes, très vulnérables durant les six premiers mois de leur vie. Dès le début de l’été, les louveteaux ne sont plus confinés à la tanière et ne dépendent plus du lait maternel. Ils accompagnent alors le couple dominant et le reste de la meute sur un lieu important dans la socialisation et la sécurité du groupe : le site de rendez-vous. C’est là que les jeunes jouent et grandissent, au début sous la surveillance d’un adulte, en attendant qu’ils soient assez grands pour suivre les chasses de la meute. Le site de rendez-vous est un sanctuaire que les loups établissent le plus loin possible des routes et des villages, à plus forte raison quand la chasse ou la randonnée sont au sommet de leur intensité.

Oncle Wolf

Le Wolf allemand désignant le loup est connu chez nous grâce à l’illustre prénom Wolfgang porté par Mozart tout comme par Goethe. Beaucoup moins honorable est la fameuse Wolfsschanze – tanière du loup – qui désignait le quartier général établi en Prusse orientale d’Adolf Hitler, lui-même appelé oncle Wolf par la famille du compositeur Richard Wagner. Tex Avery caricaturera d’ailleurs le dictateur de façon tout à fait explicite dans Blitz Wolf en 1942.

Chien X Loup

’hybridation entre le chien et le loup est possible et engendre des individus fertiles parfois difficiles à identifier sur le terrain et même génétiquement après plusieurs générations. Des croisements intentionnels entre loups et chiens étaient pratiqués volontairement par les Inuits, Indiens et trappeurs d’Amérique du Nord. La génétique a montré que les fameux loups noirs portent justement le souvenir d’un ancien croisement avec des chiens. Aujourd’hui, Canis lupus et Canis familiaris e côtoient dans de nombreuses contrées. On estime que les individus hybrides représentent 1% de la population des loups dans les pays Baltes, 4 % au Portugal, 11 % en Finlande, en Italie presque rien dans les Apennins du Nord mais jusqu’à 33 % dans une partie de la Toscane. Pour éviter cette dérive génétique, il faut absolument limiter la divagation des chiens.

Yellowstone

Aux Etats-Unis aussi, le loup est sans doute l’animal pourchassé avec le plus d’acharnement. A tel point que le territoire sauvage de Yellowstone, pourtant le plus ancien Parc national créé en 1872, voit le loup disparaître en 1926. Alors, les cerfs wapitis prolifèrent au point de raser la végétation. En 1974, le canidé est protégé par le Endangered Species Act . La perception du loup s’étant un peu améliorée, on commence à parler de réintroduction. En 1995, huit premiers individus en provenance du Canada sont réintroduits. En 2014, le parc compte 104 loups répartis en 11 meutes de 2 à 14 individus.

Après 70 ans sans loup, Yellowstone devient un laboratoire pour les biologistes qui étudient comment réagit un écosystème au retour d’une espèce clé. Les populations de wapitis ont diminué, libérant la végétation d’une pression devenue insoutenable. En fin de compte, ce retour bénéficie à tout l’écosystème, y compris aux autres prédateurs et aux charognards.

Zoophobie

A l’instar des grands dévoreurs imaginaires de la tradition orale comme les ogres ou les croque-mitaines, le loup a de tout temps été instrumentalisé pour éduquer avec la peur et l’intimidation. La figure d’un animal réputé à tort insatiable sert également à mettre en garde les enfants sages contre les dangers du monde extérieur, voire celui que peuvent représenter certains adultes. Voir à ce sujet la version originale du Petit Chaperon rouge de Perrault ou de La Chèvre de Monsieur Seguin d'Alphonse Daudet. Car la Zoophobie méthaphorique du loup renvoie à la sexualité ou à la peur du père.

Interview de Jean-Marc Landry, pionnier de la protection des troupeaux.

Retrouver tout le dossier Le loup parmi nous de la Salamandre n° 237.

Couverture de La Salamandre n°237

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 237
Décembre 2016 - Janvier 2017
Article N° complet

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