Les jardiniers de l’ombre

Article extrait du dossier Voyage au centre de la terre
Le ver de terre est une véritable mascotte du sol. / © Claudius Thiriet / biosphoto

Admirés par Aristote, protégés par Cléopâtre et étudiés par Darwin… Gloire aux lombrics, les artisans de la fertilité.

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Ils sont visqueux, sourds et quasi aveugles. Faut-il pour autant négliger de s'intéresser aux vers de terre ? Est-il possible que ces êtres qui représentent la plus grosse biomasse sur les continents soient anodins ?
Bien inspirée il y a plus de 2000 ans, la reine Cléopâtre les élève au rang d'animaux sacrés et dicte une loi pour les protéger. Née dans la vallée du Nil, dont les terres sont réputées pour leur fertilité, la pharaonne avait tout compris. «Les lombrics et leurs cousins les enchytréides sont des organismes fondamentaux pour le fonctionnement des écosystèmes terrestres » , confirme la lombricologue Claire Le Bayon. «95% de la nourriture qui arrive dans nos assiettes provient du sol et donc découle indirectement de leurs activités. »

Zoom sur la peau d'un vers de terre / © Philippe Lebeaux

Grâce aux soies situées sur chacun de leurs segments, les vers s'accrochent à la terre pour ramper et creuser de longues galeries. A l'avant, ils ingèrent de la litière, des crottes de collemboles et d'acariens, de l'argile et des limons. Derrière eux, ils évacuent des tortillons enrichis en azote, phosphore ou potasse. Entre leur bouche et leur anus se produit un grand miracle. Par la grâce de leur mucus intestinal et des bactéries, le minéral et l'organique sont intimement liés. En d'autres termes, voici la terre, la vraie terre que vous connaissez, celle où les plantes s'enracinent pour croître et fructifier.
En une dizaine d'années, les 20 centimètres supérieurs du sol transitent au moins une fois par le système digestif des vers. Aristote avait à juste titre qualifié ces êtres incroyables d' intestins de la terre. Car non seulement les lombrics y vivent, mais ils la creusent, ils la mangent, ils l'aèrent et ils la créent.

Turricule de ver de terre / © Alessandro Staehli

Crotte chantilly

Turricules, tel est le nom des déjections en tortillons déposées à la surface du sol par les vers de terre. Ces crottes fertilisent la terre et améliorent sa rétention de l'eau.

Galeries de vers de terre / © Jean-Paul Ferrero / biosphoto

Réseau de vie

Sous 1 m2 de prairie, on trouve jusqu'à 500 m de galeries de vers de terre. Elles permettent l'infiltration de la pluie et l'aération du sous-sol. Les plantes les utilisent pour faire croître leurs racines et bactéries et protistes s'y développent en grand nombre.

Grive litorne en train d'extraire un ver de sa galerie pour le déguster. / © Richard Steel /Biosphoto

Spaghetti de lombrics

Les vers de terre sont au menu de nombreux prédateurs, comme cette grive litorne. Parmi les grands amateurs de lombrics, le hérisson, la bécasse des bois et la taupe d'Europe.

Les lombrics enfouissent les matières organiques de surface dans les profondeurs du sol. / © Jean-Michel Labbat / biosphoto

Charles le pionnier

En 1837 déjà, Darwin relève l'importance des vers de terre pour la formation des sols. En observant l'enfouissement mystérieux de cendres et de marnes dans un champ, il en déduit que c'est l'œuvre des lombrics.

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Couverture de La Salamandre n°236

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 236
Octobre - Novembre 2016
Article N° complet

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