Amoureux des vieux murs

Souvent peu farouche, le lézard se laissera observer à quelques mètres si on évite les mouvements brusques. Il a disparu dans un de ses refuges ? Patience ! Il ressortira au bout de quelques minutes. / © Jean Chevallier

Se prélasser au soleil n'est pas incompatible avec l'observation de la nature. Il suffit de bien choisir son sujet d'étude. Un lézard vient justement de quitter sa fissure.

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Champion de l'esquive, le lézard n'est pas si apathique qu'il y paraît. Un bruit suspect et le petit reptile est déjà à l'abri ! Si par malheur il lui arrive de se faire surprendre, il a encore sa botte secrète : une queue détachable. Le mécanisme de sa perte est volontaire, favorisé par une sorte de prédécoupage au niveau des vertèbres et assuré par des muscles spécialisés. La perte de sang sera limitée par des muscles et des valves bloquant les vaisseaux sanguins brisés. Détachée, la queue peut se mouvoir plus de cinq minutes et monopoliser l'attention d'un prédateur. Comble de raffinement, l'appendice repoussera – même à plusieurs reprises – mais sera de couleur uniforme et possédera une structure cartilagineuse à la place de vertèbres.

Ce lézard a déjà dû sacrifier sa queue face à un danger. La nouvelle est de couleur uniforme, plus rigide et plus courte. / © Jean Chevallier

Collé au rocher pour mieux capter sa chaleur et celle du soleil, le lézard respire de façon très visible. Cela est dû au fait qu'il n'utilise pas de diaphragme pour gonfler et dégonfler ses poumons, mais seulement les contractions de ses côtes.

« Lézard côtes écartées, pour capter plus de soleil. » / © Jean Chevallier

Eclectique, le lézard des murailles se régale d'araignées, de scarabées, mais aussi de cloportes, fourmis, mouches et limaces... A l'occasion, il semble aussi apprécier les fruits d'if, de sureau ou de mûres. Sa technique de chasse est simple et efficace. Attiré par le mouvement d'une proie, il se précipite sur elle et la saisit de sa puissante mâchoire. Après l'avoir débarrassée d'éléments gênants (ailes, pattes, coquille), il l'avalera sans mâcher : ses petites dents simples et aiguës sont orientées vers l'arrière pour retenir les proies.

A la période des amours, les mâles territoriaux défendent jalousement leur domaine. L'accouplement a lieu de mars à juin : le lézard saisit la femelle au niveau de la queue, puis du flanc, pour ensuite accoler son cloaque au sien. La fécondation se passe sans organe génital externe chez ces reptiles. Chaque femelle peut ensuite pondre de deux à une dizaine d'œufs qu'elle déposera de préférence dans un sol meuble et chaud, sinon sous une pierre.

Le lézard des murailles est un des reptiles européens les plus adaptables et les plus répandus. Souvent près de l'homme dont il affectionne les constructions, il se rencontre aussi en pleine nature, des plaines aux montagnes, dans les zones rocailleuses, mais aussi dans des taillis et lisières dépourvus de cailloux.

« Derrière un volet, pipistrelle et lézard des murailles. » / © Jean Chevallier

Insolite

L'amour du lézard pour les refuges exigus l'amène parfois à côtoyer d'autres espèces. Par exemple une pipistrelle installée dans l'espace entre mur et volet.

« Lézard des murailles mâle à parure assez sombre, au bord de sa fissure. » / © Jean Chevallier

Astuce

On distingue les mâles des femelles à leurs flancs plus sombres, marbrés de noir. En période de reproduction, ils présentent aussi parfois des taches bleutées sur les flancs, devant les pattes arrière.

Croquis de lézard des murailles. / © Jean Chevallier

Protéger

Même s'il n'est pas rare, le lézard des murailles reste sensible aux modifications de son environnement et à la pollution. Pour assurer son avenir, il convient de protéger ou d'aménager des vieux murs, des tas de pierre ou de bois. Pour pondre ses œufs, il appréciera la présence de zones sableuses. Quant à son alimentation, elle sera assurée par la présence d'une bonne communauté d'insectes. Evitez les pesticides !

Croquis de lézard des murailles. / © Jean Chevallier

Plus d'infos

Miniguide n°80 Les reptiles

Article sur la vie des vieux murs

40 reptiles et amphibiens. Où les trouver? Comment les reconnaître, P.-O. Cochard, éd.. Glénat

Les reptiles de France, Belgique, Luxembourg et Suisse, J.-P. Vacher et M. Geniez, éd. Biotope

Les amphibiens et reptiles de Suisse, A. Meyer, S. Zumbache, B. Schmidt et J.-C. Monney, éd. Haupt

Couverture de La Salamandre n°204

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 204
Juin - Juillet 2011
Article N° complet

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