Les torcols du pédagogue

Bernard Genton visite un nid de torcol fourmilier. / © Hélène Tobler

Sous le charme du martinet noir depuis l’enfance, l'enseignant retraité Bernard Genton lui fait des infidélités en visitant aujourd’hui les torcols fourmiliers logés dans des nichoirs de l’Etat de Vaud.

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Sur la Côte vaudoise, un quartier verdoyant de Féchy, au pied des vignes omniprésentes. Une maison cossue, un jardin en pente douce jusqu’à un ruisseau bordé de grands bouleaux. S’y accrochent des nichoirs. Pour quels visiteurs ? « Rouge-queue à front blanc, mésanges, sittelle, faucon crécerelle. J’espérais une huppe... » détaille notre hôte, Bernard Genton.

Ce pédagogue retraité est né ornithologue. Enfant, chez sa grand-maman de Lausanne, il côtoie un oiseau mystérieux, qu’il entend le soir au-dessus du plafond de sa chambre et qu’il entrevoit le jour fendant l’air : le martinet noir ! « Il est LE vol ! Il mange, boit, s’accouple, dort en l'air. Des pointes à 210 km/h, flashé à 70 km/h à un mètre d’entrer au nid ! » s’enthousiasme le sexagénaire.
Celui-ci obtient à 18 ans déjà son permis de bagueur dans le sillage de ce voilier des airs qui le fascine toujours . Une escouade occupe aux beaux jours quatre dizaines de nichoirs accrochés au toit de sa maison. « Je passe tous les ans près de 500 heures à les observer et à répertorier les jeunes » , estime l’ornithologue. De fait, c’est bien le martinet qui lui a passé la bague au doigt.

Torcol fourmilier photo

Observer le torcol ? Cherchez en plaine, en milieu ouvert à l’herbe basse : vieux vergers, vignes, jardins… / © Hellio & Van Ingen

Retour d’un facétieux

Quelques infidélités toutefois : dans un marais voisin, depuis 1968, Bernard Genton a bagué plus de 60’000 oiseaux, dont 31’577 bruants des roseaux ! Et celle-ci, plus récente : depuis 2004, il marque de jeunes torcols fourmiliers dans des nichoirs installés par la Conservation de la faune du canton de Vaud. « Cette initiative a aidé ce picidé à retrouver des effectifs confortables » , se félicite-t-il.
Tout a commencé pour lui dix ans plus tôt. Le torcol ne nichait plus guère dans la région ; un mâle de retour d'Afrique a investi son jardin. Le chant résolu du baroudeur a vite chassé un fidèle rouge-queue à front blanc. Et attiré une oiselle. « Le torcol est par nature un semeur de pagaille ! » s'amuse l’ornithologue. L'oiseau a la facétie facile, en témoignent ces étranges contorsions nuptiales du cou qui lui ont valu son nom.

Aujourd'hui, on compte 200 nichoirs entre Morges et Gland. Et Bernard Genton concocte, ravi, des rapports annuels fort encourageants : 307 jeunes bagués en 2010 ! Il rappelle toutefois que « le torcol fourmilier a toujours fluctué en nombre, mystérieusement, alors que ses exigences semblent simples : une anfractuosité, quelques arbres, une haie ou un poteau face à une vigne bien exposée et riche en fourmilières. Où puiser à manger à l’aide d’une langue longue et gluante... »

Bernard Genton visite un nid de torcol fourmilier.

« En 2007, en comparant le taux d’éclosion dans deux types de nichoirs, il m’est apparu que ceux que nous utilisions pouvaient être améliorés simplement en plaçant au fond une cupule qui tiendrait ensemble les œufs au chaud sous le couveur. » Bernard Genton, Féchy, 25 avril 2011. / © Hélène Tobler

Le poids des détails

Devant la raréfaction des abris naturels – comme les cavités dans les vergers traditionnels, les nichoirs apportent une compensation bienvenue. En particulier par le biais de l'intelligente retouche tôt suggérée par le passionné. « Les torcols reproducteurs éjectent très souvent le foin ou les mousses qui tapissent leurs nids. Ce ménage peut entraîner la dispersion des œufs sur le fond plat des nichoirs. En y installant une cupule, les huit ou neuf œufs resteront groupés sous le couveur. » Dans le même temps, les vignerons ont restauré dans leurs vignes des bandes herbeuses, contre l’érosion : ces herbages revenus et la nette diminution des traitements herbicides ont favorisé les fourmis. Et donc les torcols. Qui se redéploient gentiment grâce, entre autres, aux espèces de coupelles qu’un ornithologue attentif introduit dans leurs nichoirs.

Bernard Genton

  • 1947 : Naissance à Lausanne à 4 h du matin, au chant du merle, selon sa maman.
  • 1968 : Instituteur à Rolle, puis Morges.
  • 1981 : Formateur à l'Ecole Normale de Lausanne, en Connaissance de l'Environnement.
  • 1987 : Licence en Sciences de l'Education à l'Université de Genève, didactique des Sciences.
  • 2004 : Retraite. Collaborations bénévoles, en augmentation, avec Nos Oiseaux, la Station ornithologique de Sempach et la Conservation de la faune vaudoise.

Des clés pour agir

Bâtir des nichoirs à torcols Loger des torcols, cela commence par quelques planchettes de sapin ou d'épicéa de 2 cm d'épaisseur, assemblées pour offrir une cavité de section de 14 x 14 cm, haute de 25, avec un trou d’envol de 32 mm. Pour les détails : [pdf de Nos Oiseaux](http://www.nosoiseaux.ch/pdffiles/infos/Nichoirs_ca vernicoles-6991.pdf).

On peut aussi commander gratuitement la toute nouvelle brochure sur la pose de nichoirs de l'association neuchâteloise Sorbus (info@sorbus-oiseaux.ch)

Autre possibilité : acheter un nichoir pour cavernicoles.

En Suisse: par exemple via le site de la Station ornithologique suisse de Sempach. Tél. 041 462 97 00.

En France: auprès de la LPO, via www.lpo.fr, ou par courrier : LPO Diffusion, BP 90263, 17 305 Rochefort Cedex. Tél. 05 46 82 12 66.

N'oubliez pas la cupule ! Compléter le nichoir d’une cupule qui gardera les œufs groupés, par exemple une pièce de 27 mm d'épaisseur creusée jusqu'à 20-22 mm. Installez votre nichoir début avril dans une haie, un verger ou un jardin à 1,8 - 2,5 m du sol. Peut-être vous faudra-t-il 2 ou 3 nichoirs : c’est le conseil de Bernard Genton pour accroître vos chances de retenir un couple de torcols, cet oiseau aimant avoir le choix de la loge et jouer l’indécis !

Avec l'aide des pros Chaque année, à l’approche du printemps, des cercles ornithologiques organisent des ateliers de construction de nichoirs suivis de leur installation.

En Suisse: pour vous informer auprès de celui de votre région, consulter la liste publiée sur Nos Oiseaux

En France: La Ligue pour la Protection des Oiseaux en anime quelques ateliers de constructions et de pose de nichoirs pour elle-même ou d’autres associations. Contactez l'antenne de votre région pour connaître les dates.

Un havre pour le martinet Le martinet noir est l’une des 50 espèces prioritaires à protéger en Suisse : tout logis supplémentaire est le bienvenu. Selon Natureparif et le MNHN, les effectifs du martinet noir ont bondi en Ile-de-France de 37% en 10 ans, et sont stabilisés en province. Dans les deux cas, nouveaux nichoirs bienvenus ! Bernard Genton vous propose, via le web, les plans d’un nichoir éprouvé : celui installé en nombre à son domicile. Inclus : la marche à suivre pour éviter que les moineaux ne se muent en squatters ! Détails, références, contacts utiles.

Un DJ pour les volatiles ! Vos nichoirs à martinets noirs installés, vous devrez sans doute faire un peu de pub auprès de leurs destinataires. Demandez un CD avec des cris de martinets auprès de la Station ornithologique de Sempach (info@vogelwarte.ch) pour la Suisse ou auprès de la LPO pour la France. Joué près des nids, ce CD encouragera les jeunes martinets à se trouver un logis pour fonder une famille. Quand cet outil n’existait pas encore, Bernard Genton a attendu sept ans qu’un martinet s’installe chez lui ! Plus de détails sur nosoiseaux.ch et sur le site de la LPO.

Décomptes publics

En France:

Le torcol figure parmi les oiseaux visés par l’appel que la LPO, avec le Muséum national d'Histoire naturelle (MNHN), a lancé au grand public en mars pour continuer l’inventaire des visiteurs des nichoirs privés initié en 2010. Vedettes 2011, les cavernicoles. Comment et quand recueillir et transmettre vos observations ? Explications sur www.lpo.fr, « Devine qui vient nicher chez moi ? ».

Plus d'infos

Les rapports annuels de B. Genton sur la conservation du torcol fourmilier

L'été 2010 de ses martinets noirs

Tout savoir sur le torcol sur oiseaux-birds.com

Couverture de La Salamandre n°204

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 204
Juin - Juillet 2011
Article N° complet

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