Les quatre parades des tardigrades

Article extrait du dossier Expédition tardigrades
Tardigrade Macrobiotus richtersi / © Meckes & Ottawa / Eye of science

Champions toutes catégories de la vie entre parenthèses, les tardigrades ont inventé quatre manières de résister aux conditions les plus inimaginables.

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Contemplé à travers un microscope dans une gouttelette coincée entre lame et lamelle, un tardigrade translucide paraît des plus fragiles. Or vous avez pourtant devant vous l’organisme qui a poussé le plus loin les limites de la vie. Démonstration en quatre temps, du plus simple au plus sophistiqué.

1) Paralysie temporaire

La première parade est une réponse à l’absence soudaine d’oxygène. Au lieu de mourir en quelques minutes, comme tout animal, le tardigrade s’immobilise. Paralysé par les toxines qui s’accumulent dans son organisme, il attend stoïquement le retour du précieux gaz vital. Maintenu plusieurs heures sans oxygène, il finit par succomber, mais souvent son endurance extraordinaire peut lui sauver la vie.

2) Congélation contrôlée

Les tardigrades qui vivent à la surface des glaciers flirtent avec le 0°C. Ils sont capables de supporter un arrêt brutal de leur activité, puis de redémarrer quand la température le permet. Un arsenal chimique complexe contrôle la congélation de leurs liquides. Certaines substances favorisent la création de minuscules glaçons tandis que d’autres en limitent la taille. Ce subtil jeu antagoniste empêche que la croissance des cristaux ne fasse exploser leurs cellules vivantes.

3) Barricade

Confrontés à un manque de nourriture, certains tardigrades réagissent en muant, puis se barricadent à l’intérieur de leur vieille peau. Leurs pattes sont retroussées vers l’intérieur. Leur métabolisme se réduit au strict minimum pour faire durer leurs réserves nutritives. Adapté à une détérioration progressive de l’environnement, cet enkystement ne leur permet toutefois pas de survivre à un dessèchement, à un refroidissement ou à un réchauffement trop brutal.

4) Tonnelets

Apparus en mer, les premiers oursons d’eau vivaient dans un milieu extrêmement stable, le sédiment du fond des océans. En revanche, dans une mousse perchée sur un toit ou dans le sable d’une plage, les conditions sont plus changeantes. L’humidité, la salinité ou la température peuvent varier dramatiquement. La réponse d’une partie des tardigrades à cette instabilité s’appelle anhydrobiose, une vie sans eau qui leur a permis de coloniser le vaste monde.

En-haut, Macrobiotus richtersi, peu avant sa mtamorphose en tonnelet indestructible. En-bas, le même tardigrade prêt à attendre durant des mois le retour de conditions favorables. Cette métamorphose radicale est l’objet de nombreuses recherches. Les scientifiques espèrent ainsi découvrir comment mieux conserver des tissus vivants. / © Meckes & Ottawa / Eye of science

En cas de coup dur, tout le corps du tardigrade se contracte en quelques minutes jusqu’à se transformer en un tonnelet quatre fois plus petit qu’un ourson déplié. En même temps, l’animal sécrète des substances qui permettent la déshydratation de ses organes en ne conservant qu’une infime quantité d’eau directement associée aux molécules vivantes. Il est peu probable qu’ainsi lyophilisé un tardigrade respire encore. Peut-on même encore dire qu’il vit ? Il sera pourtant capable, même après avoir été plongé dans des acides, réfrigéré dans de l'hélium liquide, ébouillanté à plus de 100°C ou soumis à un vide absolu, de se réveiller des années plus tard en quelques dizaines de minutes. Qui dit mieux ?

Couverture de La Salamandre n°195

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 195
Décembre 2009 - Janvier 2010
Article N° complet

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