Les prairie-patéticiennes

Article extrait du dossier Parfums sauvages
Epipactis helléborine / © Gilbert Hayoz

Dotées de formes généreuses ou extravagantes, les orchidées sont des professionnelles de la séduction. Détour dans les quartiers chauds des prairies et des bois où leurs odeurs appâtent moult clients.

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Les orchidées évoquent des contrées tropicales et lointaines. Respirer leurs parfums suaves ou épicés semble hors de portée. Mais il n’est pas nécessaire de partir à l’autre bout de la planète ou de fréquenter les serres des jardins botaniques pour découvrir leurs charmes. En Europe, on en compte plus de 350 espèces contre 30’000 dans le monde entier. Du niveau de la mer à 4000 mètres d’altitude, ces fleurs étonnantes ont colonisé une grande diversité de milieux : tourbières, toundras, forêt tropicale, prairies… Quel est le secret de leur succès ? Au Ve siècle avant notre ère, le sage Confucius déclarait que les orchidées étaient les princesses de tout ce qui porte parfum. Il avait vu juste : l’immense diversité de ces végétaux est probablement liée à leur habileté à manier les odeurs pour séduire et tromper. Gros plan sur les stratégies de ces belles ensorceleuses.

Les orchidées, professionnelles de la séduction

Platanthère / © Gilbert Hayoz

Aguicheuses

Les platanthères sont de service la nuit. Le jour, les belles se reposent. C’est en fin de journée qu’elles s’éveillent pour produire leur parfum fleuri. Les papillons nocturnes, destinataires de ces signaux, se dirigeront vers elles grâce à l’odeur et à la pâle couleur des pétales qui luisent dans la pénombre. Selon les endroits, les plantes attirent différents clients en variant le contenu de leur bouquet et la profondeur du distributeur de nectar. Arrivées à leurs fins, les fleurs fécondées cessent de se parfumer. Elles n’ont pas d’énergie à perdre.

Les orchidées, professionnelles de la séduction

Himantoglosse / © Sandra Bartocha / Wild Wonders of Europe / naturepl.com

Bestiales

Les pétales inférieurs de l’himantoglosse ressemblent à de longues « langues » torsadées. Mesurant jusqu’à six centimètres, elles servent de confortable reposoir aux invités. Original, le parfum de la fleur évoque le sillage d’un troupeau de chèvres, d’où son surnom d’orchis bouc. Il vaut toutefois la peine d’y mettre le nez : derrière les notes animales surgissent parfois des tons plus fleuris. S’il charme modérément notre odorat, le parfum de l’himantoglosse séduit les abeilles. Chacun ses goûts…

Les orchidées, professionnelles de la séduction

Nigritelle / © Gilbert Hayoz

Ténébreuses

Un délice ! La nigritelle répand sur les prairies alpines un lourd parfum sucré. On sent souvent avant de la voir cette fleur discrète mais élégante, dont la couleur hésite entre le noir et le pourpre. Son arôme de vanille parfois un peu chocolaté murmure aux papillons qu’un nectar les attend. Que les visiteurs ailés ne répondent pas à son appel amoureux et notre orchis vanillé se débrouille tout seul. S’il le faut, il est capable de se passer de leurs caresses et transports pour produire ses propres graines.

Les orchidées, professionnelles de la séduction

Orchis moucheron / © Simon Bugnon

Expertes

Un cornet recourbé prolonge les fleurs de l’orchis moucheron. Il permet à la belle de sélectionner ses amants. Seuls les papillons munis d’une longue trompe pourront en atteindre le fond pour goûter à ses charmes. L’orchidée émet un suave parfum aux notes vanillées. L’accueil est assuré de jour comme de nuit. De plus, l’invitation odorante s’adapte à la clientèle : le parfum nocturne diffère de celui du jour.

Les orchidées, professionnelles de la séduction

Epipactis helléborine / © Gilbert Hayoz

Tentatrices

L’épipactis helléborine charme ses visiteurs en attisant leur gourmandise. Des guêpes, amatrices de chenilles juteuses, assurent le transport de son pollen et sa fécondation. Pour les attirer, la fleur émet des odeurs « de feuille verte », substances habituellement émises par des végétaux attaqués par des chenilles. Alléchés, les hyménoptères ne trouveront pas de viande au bout de la piste. L’épipactis leur servira toutefois un savoureux breuvage enrichi de substances narcotiques pour les consoler ! Les insectes drogués s’attarderont et seront plus facilement chargés de pollen. Il est possible qu’ils recherchent par la suite cette ivresse. Même si notre nez ne perçoit pas l’odeur de chenille, il pourra humer un délicat arôme de vanille sortant des corolles . Car l’orchidée sait aussi parler aux humains.

Qui l’eût glu ?

Chez les orchidées, le pollen est rassemblé en deux masses compactes qu’on nomme pollinies. Ces petits sacs sont accrochés à des pédoncules détachables munis de pastilles collantes. Astucieusement positionnée, la glu se scotche, selon les espèces, sur la tête ou sur l’abdomen d’un insecte visitant la fleur 1. Ce dernier repart ensuite vers d’autres aventures, muni d’un bagage clandestin 2. En chemin, le support de la pollinie se courbe doucement vers l’avant 3. Cette gymnastique végétale assure une position idéale au sac de pollen pour féconder une autre corolle 4. Encore faut-il que l’insecte tombe une seconde fois sous le charme floral, mais pour cela, les orchidées ont plus d’un tour dans leur sac !

Schéma expliquant la fécondation des orchidées par les insectes via les pollinies.

En plus d’être tentatrices, les orchidées sont les reines de l’arnaque pour assurer leur pollinisation.

Couverture de La Salamandre n°198

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 198
Juin - Juillet 2010
Article N° complet

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