Les passagers du froid

Article extrait du dossier Un jardin au fil des saisons
Un jardin en hiver / © Benoît Renevey

Dès le début de l’hiver, des troupes de passereaux, mésanges ou pinsons parmi tant d'autres écument les arbres et les haies des jardins. Après les avoir longuement observés, Aino Adriaens nous raconte à quoi ressemble son jardin durant le mois de février.

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9 février

Prudemment, je m’aventure sur la mare. Une fine couverture de neige cache la surface de la glace qui s’amincit de jour en jour. C’est encore solide. Je prends de l’assurance et respire avec délice l’air froid du matin. Autour de moi le silence. Enfin presque. Partout ça crisse et ça chuchote. Ça fouine et ça grignote. Ça gratte et ça tapote.

Dans les branches, il y a les habitués : le merle, la sittelle, les mésanges. Mais aussi de nouvelles têtes qui font escale au jardin, juste le temps de boulotter ce qu’il reste de fruits et de graines dans la haie et les massifs. Un duo de chardonnerets peu craintifs s’attaque aux cimes piquantes d’une cardère. Je retiens mon souffle, mais les oiseaux s’envolent déjà vers un autre festin.

Au pied du poirier, le tas de compost fait le gros dos sous la neige. Des empreintes lilliputiennes y convergent, bousculant au passage un premier perce-neige. Une musaraigne peut-être, un mulot sans doute. C’est qu’il fait bon chaud là- dessous, et la nourriture ne manque pas. De quoi tenir un siège jusqu’au printemps.

Le soleil commence à chauffer. Des cris familiers me font lever la tête. Là-haut, le nez écrasé contre les vitres de la cuisine, les enfants me font de grands signes de la main. Je monte les habiller. Leur tour est venu d’aller patiner sur la glace.

Le pic épeiche s’approche volontiers des maisons et des jardins arborés. S’il se nourrit principalement d’insectes capturés dans le bois et de fruits secs, il ne dédaigne pas les boules énergétiques que nous destinons aux mésanges. / © Benoît Renevey

A boire et à manger

Dès le début de l’hiver, des troupes de passereaux, mésanges et pinsons en tête, écument les arbres et les haies des jardins familiaux. Pour chacune de ces petites boules de plumes, il s’agit ni plus ni moins de trouver et d’absorber chaque jour une quantité de nourriture à peu près équivalente à la moitié de son propre poids, condition pour maintenir son métabolisme à une température normale d’environ 42 °C. A défaut de carburant régulier, l’oiseau se refroidit et meurt rapidement. C’est dire l’importance des arbustes sauvages au jardin, manne quasi inépuisable de fruits, de graines et d’invertébrés en tout genre.

Nourrir les oiseaux en hiver n’est pas indispensable, mais on peut néanmoins leur donner un coup de pouce lorsque la neige tombe, que le gel persiste ou que les fruits sauvages sont presque tous consommés. La mangeoire et l’abreuvoir sont avant tout un excellent moyen d’apprendre à reconnaître les espèces familières et les hôtes de passage : verdiers, bouvreuils, pinsons du Nord…

Si vous habitez en ville, vous ne serez pas en reste. Beaucoup d’oiseaux viennent s’y réfugier, car le climat y est plus doux et la neige ne tient pas longtemps. Revers de la médaille ? Le trafic, les chats et les vitres font de nombreuses victimes. Quant au menu, il est nettement moins varié qu’à la campagne.

Reconnaître les oiseaux qui visitent la mangeoire avec le Miniguide °42 de La Salamandre: Oiseaux des mangeoires.

Il faut exercer une pression de 40 kg pour fendre un noyau de cerise. Un jeu d’enfant pour le grosbec ! / © Benoît Renevey

Pinsons, grosbecs & Cie

De nombreux oiseaux n’hésitent pas à quitter la protection des arbres pour glaner au sol de quoi se remplir le gésier. C’est le cas des pinsons qu’on voit souvent marcher sur les composts, ou au pied des noisetiers dont ils picorent le pollen disséminé.

Forestier le reste de l’année, le grosbec casse-noyaux fait aussi des incursions régulières en hiver. C’est alors un pur bonheur que de l’observer briser les noyaux de prunes ou de cerises trouvés par terre, avec la puissante pince qui lui tient lieu de bec. Il ne lui reste ensuite qu’à engloutir l’amande sur place, ou à l’emporter sur une branche pour la déguster en toute sécurité.

Moins bien outillés, les merles et les grives se rabattent sur la chair molle et sucrée des pommes et des poires oubliées, en sautillant prudemment au pied des fruitiers. La concurrence entre les oiseaux est sans pitié. Le peu d’énergie fournie par les fruits consommés est souvent gaspillée en courses-poursuites et chamailleries.

Nul ne saura jamais si cette grive litorne a migré jusqu’ici depuis la taïga sibérienne ou si elle est née dans les parages. Quoi qu’il en soit, l’oiseau n’a aucune peine à dénicher des pommes enfouies sous la neige. / © Benoît Renevey

En janvier-février, c'est le bon moment pour... Retrouvez une liste non exhaustive dans notre guide pratique.

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Couverture de La Salamandre n°190

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 190
Février - Mars 2009
Article N° complet

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