Les événements se précipitent

Article extrait du dossier Un jardin au fil des saisons
Utilisé comme porte-greffe, l’églantier sauvage a pris le dessus sur le rosier ancien greffé sur sa tige. / © Benoît Renevey

A quoi ressemble un jardin en mai? Aino Adriaens nous raconte, tout en poésie, ses expéditions punitives contre les limaces et les qualités pédagogiques d'un étang.

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19 mai

L’étourneau me fixe du coin de l’œil. Il siffloterait sans doute, l’air de rien, s’il ne tenait dans son bec une énorme chenille verte. Perché dans l’arbre mort qui frôle la gloriette, il attend patiemment que je regarde ailleurs pour s’enfiler dans son trou. Ses petits n’ont pas la même discrétion et piaillent, gorge béante. La minette hausse les épaules, féline. L’arbre est trop haut et elle a mieux à faire. Moi aussi.

Comme chaque année, je me promets de dresser l’inventaire des plantes, des oiseaux et des mille petites bêtes présentes au jardin. Mais, une fois de plus, tout s’emballe et je ne sais plus où donner de la tête et du crayon, de la binette et de l’arrosoir. Alors, tant pis pour la science, place à la poésie…

cétoine

Bijoux vert métallisé, les cétoines sont particulièrement friandes de pollen et d’étamines. On les voit plus souvent sur les ombelles blanches des sureaux et des viornes que sur les marguerites. / © Benoît Renevey

La prairie a poussé d’un coup, piquetée de salsifis et d’esparcettes. Les insectes fusent de tous côtés. A peine arrivés, sitôt repartis. Pressés de s’aimer ou de butiner. Les pommiers lâchent déjà leurs pétales. Le cerisier démoule ses fruits. Les roses éclatent de partout.

La liste serait encore longue, mais le vacarme d’une tondeuse interrompt brusquement le fil de mes pensées. La minette s’est réveillée d’un coup et me jette un regard noir, suffisant. Elle n’aime pas ça. Moi non plus. Je reprendrai plus tard mon inventaire. Désolée, Prévert.

Dans un potager, un sol recouvert de paille permet d'éviter son déssèchement. / © Benoît Renevey

Tremblez limaces !

Elles se sont donné le mot ! En bataillons dispersés, les limaces sont sorties du bois, des murs, des herbes et des mousses, pour aller faire des trouées béantes dans les rangs et les feuilles des légumes. Les coupables ? Arion rufus, grosse limace rouge, végétarienne et charognarde, mais aussi volontiers cannibale à ses heures. Derocera reticulatum, petite limace grise particulièrement vorace et prolifique, ou encore Arion hortensis, autre limace grise, grande amatrice de racines et de tubercules.

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La limace rouge sécrète un mucus collant qui la protège à la fois de la sécheresse et des oiseaux. Cette potion ne la met toutefois pas à l’abri de la hargne du jardinier. / © Benoît Renevey

Peu résistants au froid, ces gastéropodes meurent généralement en hiver, non sans s’être assuré une descendance nombreuse en pondant en automne des dizaines d’œufs dans le sol ou sous les pierres. Dès que les températures deviennent favorables, les mini-limaces éclosent par centaines et grandissent très rapidement. Adultes, les plus grosses ont un appétit tel qu’elles peuvent dévorer jusqu’à 50 % de leur propre poids en une journée !

Heureusement, ces gastéropodes ou estomacs sur pied ont une faiblesse : ils ne supportent pas la sécheresse. C’est donc principalement au printemps, par temps de pluie, le soir et le matin, que le jardinier doit déterrer la hache de guerre. Les granulés au phosphate de fer, aptes à tuer les limaces sans nuire à leurs prédateurs, lui seront d’un grand secours. Les expéditions punitives au crépuscule et à l’arme blanche s’avèrent toutefois moins coûteuses et plus radicales. Ames sensibles s’abstenir.

mare enfant épuisette

A la belle saison, la mare du jardin exerce sur les enfants un attrait irrésistible. / © Benoît Renevey

Aux abris tritons !

A la belle saison, la mare du jardin exerce sur les enfants un attrait irrésistible, bien plus durable que la cabane en osier ou la balançoire. Sitôt dehors, les voilà qui se précipitent, armés de récipients et d’une passoire. C’est à celui ou à celle qui pêchera le plus de tritons ou capturera la plus grosse grenouille. Bien sûr, un tel engouement occasionne quelques accidents : têtards asphyxiés, larves estropiées, plantes arrachées... mais, dans l’ensemble, les bêtes supportent vaillamment d’être pêchées jusqu’à vingt fois dans la même journée. Délimiter une zone de pêche interdite reste cependant un bon moyen d’assurer un peu de répit aux habitants des lieux.

Triton alpestre mâle

Triton alpestre mâle / © Benoît Renevey

L’intérêt de la mare est certes ludique, mais surtout pédagogique. Les enfants suivent en direct l’émergence d’une libellule, la métamorphose des têtards ou l’accouplement des notonectes. Leurs cinq sens sont constamment sollicités et ils parviennent très tôt à surmonter dégoût ou appréhension. Rien de tel pour apprendre à aimer la nature !

Un jardin au printemps / © Benoît Renevey

Découvrir la structure d'une mare et identifier les plantes et animaux qui y vivent, avec le Miniguide n°49 : Des mares pleines de vie.

En mai-juin, c'est le bon moment pour... Retrouvez une liste non exhaustive dans notre guide pratique.

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Couverture de La Salamandre n°190

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 190
Février - Mars 2009
Article N° complet

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