L’envol des braves

Article extrait du dossier Mésange mi-démon
Nourrissage des jeunes mésanges charbonnières tout juste sorties du nid. / © Denis Clavreul

Le nid des mésanges est prêt à déborder. Les apprentis gangsters se tiennent au seuil du premier défi de leur vie. Le saut vers l’inconnu est imminent.

Avatar de Fleur Daugey
- Mis à jour le
Article d'origine par

Fin mars, l’excitation règne au nid. Ce n’est plus l’agitation gloutonne des premiers jours, mais une tout autre urgence : l’appel de la lumière. Les quelque neuf ou dix oisillons sont maintenant parés de toutes leurs plumes. Parés aussi pour le grand saut. L’un d’entre eux se décide à franchir le seuil, et c’est le coup d’envoi. Un à un, ils se jettent dans le vide et battent des ailes à l’air libre pour la première fois. La sécurité du nid est pour toujours derrière eux. Si la mésange charbonnière élève de nombreux petits, c’est que seuls quelques élus survivront aux défis de la vie sauvage.

Seulement la moitié des juvéniles sont encore en vie un mois après l’envol. Au bout d’un an, 80 à 90% d’entre eux auront disparu. Les deux semaines qui suivent la sortie du nid sont les plus dangereuses car les novices se trouvent confrontés d’un seul coup à un monde dont ils ne savent presque rien. De plus, leurs plumes n’ont pas encore tout à fait fini leur croissance. Ils suivent alors leurs parents, qui continuent à les nourrir.

Jeune mésange charbonnière agitant ses petites ailes. / © Denis Clavreul

Chouchou de maman

Les jeunes de nombreuses espèces de passereaux arborent durant cette période critique un plumage camouflé. Mais chez les charbonnières, les juniors s’envolent avec un costume identique à celui de leurs parents. Masque et cravate bien sûr, mais aussi le même habit jaune, juste un peu plus pâle. Les plumes colorées des adultes ont un rôle de séduction, ce que les juvéniles ne recherchent pas encore car ils sont sexuellement immatures. Pourquoi donc un tel plumage, potentiellement dangereux ? Contrairement aux humains, les oiseaux sont capables de voir les ultraviolets. On a découvert qu’après la sortie du nid les femelles nourrissent préférentiellement les petits dont les plumes au jaune le plus pâle réfléchissent le plus fortement les UV. Or il se trouve que ces jeunes seraient précisément les individus les plus faibles, volontairement favorisés par leurs mères.

Mésange charbonnière adulte (à gauche) nourrissant un jeune sorti du nid. / © Denis Clavreul

Voir du pays

bien vite se dispersent, trouvent leur nourriture et conquièrent leur propre territoire. Ils se déplacent souvent en bandes. Puis se séparent et adoptent un mode de vie plus solitaire. D’ordinaire, ils s’établissent à 3 ou 4 km de leur lieu de naissance. Il peut cependant arriver qu’ils parcourent plus de 15 km. Les femelles partent en général plus loin que les mâles.
L’été est un moment riche d’apprentissage où les plus malins auront su éviter les prédateurs et se gorger des proies les plus nourrissantes. A l’arrivée de l’automne, sorbier, cornouiller et troène feront partie du lot de fruits sauvages qui agrémenteront leur ordinaire. Ou peut-être pas. Car si la nourriture vient à manquer dramatiquement, certaines charbonnières – contre toute attente – vont mettre cap au sud.

Couverture de La Salamandre n°196

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 196
Février - Mars 2010
Article N° complet

Articles sur le même sujet

Réagir