Vol à main armée

Le grand rhinolophe crie avec ses narines entourées d’une sorte de feuillle nasale. / © Stephen Dalton - Bios (photomontage Jean-Luc Wisard)

Les chauves-souris maîtrisent le vol sur le bout des doigts depuis des millions d'années. Exemple avec ces grands rhinolophes dans un village de montagne.

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Fin juin, dans une petite église de la vallée du Buëch (Hautes-Alpes). Dehors, crépuscule orangé. Dans les combles, obscurité totale. Après une toilette méticuleuse des ailes et du pelage, des chauves-souris lâchent la poutre où ils se tenaient, leurs bras s'écartent presque par réflexe et leurs ailes embrassent l'air chaud et confiné. Ce sont des grands rhinolophes. Les animaux tournoient une minute puis se dirigent sous le clocher où ils virevoltent dans un espace encore plus réduit. Puis ils sortent en se faufilant dans l'espace étroit des abat-sons. Une fois dehors, ils se laissent presque tomber le long du mur, puis traversent le bosquet voisin, puis la ruelle, et longent enfin les haies. Leur objectif, se poster à l'affût pour chasser et ravitailler les grands jeunes qui attendent sous la charpente de l'église.

Ailes à tout faire

Aile de grand rhinolophe / © Yann Le Bris

Pour accomplir un tel périple, chaque coup d'aile doit être maîtrisé. Cette incroyable dextérité en vol, les chauves-souris la doivent aux doigts de leurs mains. Quatre sont reliés entre eux par une membrane souple qui ne laisse libre que le pouce. Mais le rhinolophe fait encore mieux : il utilise ses ailes en plein vol comme des épuisettes pour cueillir les insectes. Puis, en une fraction de seconde, il rabat la proie vers sa gueule.

Doté en outre d'une ossature souple et d'une puissante musculature, le petit mammifère s'autorise accélérations et freinages brutaux, plongeons, décrochages, vols verticaux dans d'étroits conduits, pirouettes avant de s'accrocher au plafond, zigzags entre les branches, montées en chandelle… De quoi faire pâlir d'envie les stars du ciel que sont les oiseaux ? Pas totalement tout de même. Si la grande noctule et le minioptère de Schreibers atteignent 75 km/h, le vol des chiroptères est en général beaucoup moins rapide que celui des étourneaux et autres canards.

Un cœur gros comme ça

Il est trois fois plus gros que celui des autres mammifères de même taille. Le cœur des chauves-souris permet d'apporter le sang jusqu'au bout des immenses ailes par un système artériel, veineux et capillaire très performant. De plus, de fins muscles alaires agissent comme des valves et se contractent de manière rythmique pour optimiser l'irrigation.

Montre-moi ton aile…

... je te dirai comment tu voles. Petites et larges chez le très habile rhinolophe qui poursuit ses proies dans le feuillage. Longues et fines pour le minioptère qui vole vite et loin. Et toutes les tailles et formes intermédiaires possibles suivant
les stratégies de chasse ou de déplacement.

Aile de grand rhinolophe (en-haut), aile de minioptère de Schreibers (en-bas) / © Yann Le Bris
Couverture de La Salamandre n°230

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 230
Octobre - Novembre 2015
Article N° complet

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