Le tardigrade: ours, sphinx ou paresseux?

Article extrait du dossier Expédition tardigrades
Beaucoup de tardigrades se nourrissent en perforant la surface des mousses pour aspirer la substance de leurs cellules. Ce régime alimentaire donne une belle couleur verte à leur estomac, lequel vire au jaune brun avec l’avancement de la digestion. / © Martin Mach

Emotion, le voilà, c’est bien lui. Vivant, incroyablement ourson, notre premier tardigrade !

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A force de les chercher, on finit par faire de drôles de rêves peuplés de nounours Haribo de toutes les couleurs. Vient enfin le jour tant attendu. Contrastant avec le mouvement d’arpenteur des rotifères et l’agitation des vers nématodes, voici un animal également transparent mais à la démarche lente et posée. Le tardigrade ne nage pas, il déambule et s’accroche à tous les supports avec ses pattes potelées terminées par des griffes solides. Cette espèce d’extraterrestre ne ressemble à rien d’autre qu’à un ourson microscopique.

Les 8 pattes des tardigrades ne sont pas faites de segments articulés comme celles des insectes. Ce sont des expansions creuses de la paroi du corps terminées par des griffes. Elles sont sécrétées par des glandes de leur épiderme. / © Martin Mach

Ours ou paresseux ?

Son allure rondelette et débonnaire lui a valu en anglais le nom de water bear , ours aquatique. Ou en allemand Bärtierchen , bestiole ours. Quant au tardigrado inventé par l’Italien Spallanzani en 1777, il dérive des deux mots latins tardus et gradior e marche lentement. D’ailleurs, au début du XIXe siècle, tardigrade désignait tout aussi bien le minuscule animal transparent que nous avons sous les yeux qu’une autre bête qui grimpe aux arbres avec une égale lenteur, « qui pousse des cris lamentables qui ajoutent à la tristesse que sa vue inspire » , qui a 3 doigts aux pattes et une courte queue : j’ai nommé le paresseux !

Passé cette première rencontre, des tardigrades apparaissent partout entre les grains de terre et les fragments de mousse. Il est fascinant de les suivre et d’observer comment ils se cramponnent à leur support et contournent ou franchissent les obstacles. D’ailleurs, certains d’entre eux n’ont rien de la lenteur suggérée par leur nom et disparaissent épouvantablement vite du champ de vision.

Voici la plus ancienne image connue de tardigrade, publiée en Allemagne en 1773 par le pasteur Goeze stupéfait de découvrir à travers son microscope un animalcule à l'allure d’ours. / © Martin Mach

Armure flexible

Diaphanes, la plupart d’entre eux ne sont colorés que par le contenu de leur tube digestif. On dirait de petites baudruches gonflables. D’autres sont ornés de filaments, de piquants et d’une cuirasse aux plaques articulées rouge ou orange. Mais, précisons-le, cette armure légère et flexible n’évoque en rien le blindage d’un rhinocéros ou d’un panzer, comme le suggèrent certaines photos prise au microscope électronique qui abolissent toute transparence. Cette transparence, précisément, profitons-en pour considérer de plus près ce qu’ils ont dans le ventre.

© Martin Mach
Couverture de La Salamandre n°195

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 195
Décembre 2009 - Janvier 2010
Article N° complet

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