Le roi des canards

Julien Perrot / © Sandro Campardo

Dans son édito de La Salamandre n°202, Julien Perrot nous rappelle comment même le plus insignifiant et banal des êtres vivants, comme un canard parmi mille canards et autres oiseaux rares, peut devenir beau, unique. Tout est question de points de vue.

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Dans ses mains serrées, quelques miettes de pain qu'elle lance dans la neige et jusque sur l'eau ourlée de glace. La petite fille emmitouflée dans sa combinaison rouge regarde les canards qui escaladent la rive en se dandinant. Quelques colverts.
Colverts ? Pour qui ne s'intéresse pas aux oiseaux, des volatiles insignifiants. Pour qui s'y intéresse, c'est encore pire : basse-cour caquetante d'une consternante banalité.
Quelques flocons tournoient dans un rayon de soleil. Un martin-pêcheur bleu azur passe devant elle. Quelle importance ? Elle ne l'a même pas remarqué. Elle est tout entière à ses canards si beaux, si ronds, si proches. Dans l'insondable de ses deux grands yeux, je vois se dessiner des formes pleines, des motifs subtils, des becs luisants d'eau et piquetés de givre.
Le temps s'est arrêté. Pour elle comme pour moi, l'oiseau qui pose maintenant ses palmes devant nous est le plus beau de tous, peut-être même le plus magnifique trésor que porte la Terre. Il est là tout entier, il bouge, il respire dans l'instant présent. Tellement vivant, par la grâce d'une petite fille.

Couverture de La Salamandre n°202

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 202
Février - Mars 2011
Article N° complet

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