Le poil, meilleur qu’un couteau suisse

Article extrait du dossier Tous à poils!
De l'utilité des poils… / © Gisèle Rime

A l'aise dans tous les milieux, le poil ondule dans l'eau et plane dans les airs. Il se fait tour à tour moteur, isolant ou capteur. Sans parler de son incroyable pouvoir de séduction.

Avatar de Karine Poitrineau
- Mis à jour le
Article d'origine par
Le poil, mieux qu'un couteau suisse

Les poils peuvent servir à protéger leur porteur. / © Gisèle Rime

Protéger

Placés entre le corps et l'extérieur, les poils protègent de nombreuses agressions. Sans sa fourrure blanche, l'ours polaire ne survivrait par exemple pas au climat glacial. L'air piégé au milieu des fibres assure une isolation thermique contre le froid tout comme le chaud. Les poils absorbent par ailleurs les radiations solaires ou les réfléchissent. Organisés en filtre comme les poils du nez, ou en peigne comme ceux de nos cils, ils arrêtent les poussières ou les corps indésirables. Enfin, un arsenal de poils gluants, épineux ou toxiques décourage les agresseurs potentiels.

Le poil, mieux qu'un couteau suisse

Les poils et la nage / © Gisèle Rime

Nager

Une multitude d'organismes aquatiques se maintiennent à des profondeurs optimales, s'orientent vers la lumière et vers des sources de nourriture ou encore échappent aux prédateurs grâce à leurs poils. Les frétillants spermatozoïdes à la recherche d'un ovule profitent aussi de cette technique de natation. La forme allongée des cils et autres flagelles, ainsi que leur élasticité, permet un excellent rendement pour la propulsion en milieu humide. Par des mouvements rotatifs ou onduleux, les appendices effectuent une poussée sur l'eau tout en opposant peu de résistance au glissement du liquide parallèlement à leur fibre.

Le poil, mieux qu'un couteau suisse

Voler avec ses poils... / © Gisèle Rime

Voler

Des fibres réunies en plumet, en nuage cotonneux ou en peigne serré créent des surfaces de vol légères et solides. Une fine brise suffit à emporter les graines du pissenlit ou celles du saule. Parmi les espèces munies d'ailes larges tels les papillons ou les chauves-souris, beaucoup disposent aussi d'une couverture soyeuse ou d'une frange velue. L'écoulement régulier de l'air s'en trouve facilité et le vol devient plus silencieux. Sensibles, certains poils servent aussi de capteurs aériens assurant un déplacement maîtrisé.

Le poil, mieux qu'un couteau suisse

Des poils pour échanger / © Gisèle Rime

Echanger

Prolongeant le corps dans l'espace, le poil peut prendre part à l'émission ou à la réception de molécules, mais aussi à la perception de pression, de vibration ou de chaleur. Les appendices allongés tels les poils absorbants des racines ou les villosités intestinales sont naturellement doués pour les échanges. Grâce à leurs caractéristiques géométriques, ils offrent une étendue et une longueur importantes pour un volume réduit. Les branchies fortement divisées d'une moule permettront une meilleure diffusion de l'oxygène vers son sang. Les antennes soyeuses du papillon capteront plus aisément les molécules odorantes. Une fleur équipée de diffuseurs ramifiés répandra davantage de parfum dans l'air du soir.

Le poil, mieux qu'un couteau suisse

Poils de séduction / © Gisèle Rime

Séduire

La croissance des poils s'avère coûteuse en énergie et en nutriments. Des soins réguliers et soutenus s'imposent pour éviter nœuds, saletés et parasites. L'abeille se brosse de pied en cap, le chat se toilette inlassablement, le sanglier se vautre dans sa bauge. A coups de peigne, de ciseaux, de lotions, de shampoing ou d'épilateurs, les humains dépensent aussi une énergie folle à domestiquer leur système pileux. Et ce n'est pas seulement pour leur confort personnel : signe de bonne santé et de propreté, crins et pelages charment les yeux et le toucher du sexe opposé. Dès lors, chacun s'efforce de présenter la toison la plus douce, la plus colorée ou la mieux garnie, voire la plus extravagante. Que ce soit le lion et sa crinière, le mouflon et sa barbiche ou la pin-up à boucles blondes, chacun cherche à attirer l'attention.

Le dessin de Gisèle Rime en entier

De l'utilité des poils… / © Gisèle Rime
Couverture de La Salamandre n°202

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 202
Février - Mars 2011
Article N° complet

Articles sur le même sujet

Réagir