Le lynx pourrait-il disparaître ?

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Le Centre Athénas est formel, il faut agir vite pour que le lynx boréal ne disparaisse pas du Jura comme il l’a fait dans les Vosges. En Suisse, un plan envisagerait sa régulation.

Le lynx est-il en danger dans le Jura ?

La une de la presse régionale du dimanche 28 février pose carrément la question. A l’origine, un communiqué d’Athénas, le centre de soins de Bourgogne Franche-Comté spécialiste reconnu du félin. Selon son directeur Gilles Moyne, si rien n’est fait, il restera moins de cinq individus dans le massif dans 10 ans. Mais pourquoi une telle prophétie ? C’est que le centre a accueilli beaucoup plus de jeunes lynx orphelins qu’à l’accoutumée. Les chiffres font froid dans le dos : 10 adultes et 16 jeunes ont disparu des départements du Doubs et du Jura entre le 10 septembre et le 31 décembre 2015! Gilles Moyne prévient : « nous sommes des lanceurs d’alerte, personne ne pourra dire que nous ne l’avons pas vu venir ». Devant une mortalité si anormale, le biologiste n’hésite pas à soupçonner des actes de braconnage qui viendraient aggraver les causes accidentelles sur la route. Pavé dans la mare.

Pas de preuves

Dans la presse, par la voix de leur président départemental Christian Lagalice, la réponse des chasseurs est factuelle : « il n’y a aucune procédure en cours pour des faits de braconnage ». Pas de corps, pas de crime, comme on dit. Le raisonnement du monde de la chasse va plus loin dans l’évitement de la thèse du braconnage et prend à contre-pied la crainte du centre Athénas. C’est simple, la mortalité augmente parce que la population de lynx augmente et que les risques de collision routière deviennent plus importants. Gilles Moyne ne manque pas de préciser que des corps tirés à balle ont déjà été retrouvés il y a quelques années. Les parties s’opposent classiquement alors que la réalité n’est probablement pas si binaire et que les causes avancées par les uns et par les autres peuvent se conjuguer pour affaiblir effectivement la démographie du gros chat. Le déclin dans les Vosges a montré qu’une issue peu réjouissante est possible.

Une espèce pourtant très suivie

Mais au fait, la science ne pourrait-elle pas répondre tout simplement à cette question ? Plus ou moins de lynx ? Le félidé est un prédateur ausculté sous toutes les coutures depuis des décennies et son retour en France après sa réintroduction en Suisse. Un réseau loup-lynx bien constitué recense les nombreux indices et évalue la population du prédateur grâce à la pose de nombreux pièges photographiques sur le secteur. Interrogé par La Salamandre sur l’alerte du centre Athénas, Eric Marboutin, chef de projet Loup-Lynx à l’Office national de la chasse et de la faune sauvage est prudent et évasif : « l’aire de répartition du lynx dans le massif jurassien français ne diminue pas ». Or l’aire de présence n’est pas complètement représentative de la population et cela ne contredit pas les avertissements du centre Athénas concernant la surmortalité en 2015. Le scientifique ajoute alors « pour connaître l’impact de ce qui est observé actuellement, le plus sûr est déjà d’attendre le bilan de l’année prochaine ».

Attendre de voir ? Est-ce la bonne réponse à une alerte ? Gageons que les différentes parties impliquées dans la conservation du lynx s’entendent sur les constats et les solutions. Nous attendons avec impatience les analyses du prochain bulletin du réseau lynx.

Et en Suisse?

En début d’année l’OFEV a publié un document d’aide à la gestion du lynx en Suisse. Parmi les objectifs : « définir les critères autorisant le tir d’un lynx isolé causant des dégâts et la régulation de populations de lynx qui, parce qu’elles s’implantent, causent d’importants dommages aux animaux de rente ou des pertes sévères dans l’utilisation des régales cantonales de la chasse ».

A n’en pas douter, porter des canines aiguisées en France comme en Suisse ne rend pas la vie sereine.

Photo : jeune lynx orphelin avant sa capture pour soins par le Centre Athénas en décembre 2015.

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