Liberté surveillée pour le Doubs

A la frontière de la Bourgogne et de la Franche-Comté, le Doubs redessine sans cesse son lit. / © Frédéric Tillier

Né des terres les plus froides de France, le Doubs s'offre quelques égarements avant son mariage avec la Saône. Entre Petit-Noir et Fretterans, une rivière tient la nature dans ses bras.

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En approchant par la grande plaine dénudée du Finage, on devine le Doubs au loin grâce à la forêt alluviale qui le surligne. Une jungle verdoyante, garante d’une vie qui foisonne. En s’approchant, les céréales laissent place à des prairies inondables parsemées de vieux saules têtards. Beaucoup plus rares, des pelouses sèches à orchidées se développent sur le sol drainant d’alluvions calcaires grossières. Puis l’eau, d’abord endormie et enlassée de roseaux denses: un ancien bras mort. Et enfin, courante et bleue, elle serpente entre des plages et des îles de galets. Le Doubs a créé de petits paradis dans son lit.

Le saule et le roseau

L’ancien cours du Doubs a laissé des traces. Des dépressions allongées aujourd’hui pâturées qui ne s’emplissent plus que d'eau de pluie. D‘autres, inondées plus ou moins en permanence, sont envahies de roseaux, de saules et de peupliers. Dans ces mondes oubliés, les matins sonores résonnent de rousserolles, bruants des roseaux, coucous, loriots et tourterelles des bois. Les soirs aussi, quand les grenouilles rieuses et les rares crapauds calamites s’y mettent. Ces petites vallées enchantées existent encore en plein village. Et pour cause, imossible d’y construire des maisons! Le héron pourpré et le busard des roseaux y trouvent leurs derniers refuges régionaux. Le castor y a entrouvert la porte d’un retour bienvenu. Avant une récente prise de conscience, ces nids à moustiques étaient remblayés et asséchés à rebours du bon sens.

Pierre qui roule...

Dans le lit de la rivière, la force vive de l’eau est de tous les instants. Les alluvions fines et les galets sont transportés sans cesse, de manière spectaculaire lors des crues, ou beaucoup plus discrètement tout au long de l'année. C’est un renouvellement infini de berges, de plages et d'îles. Un véritable cauchemar pour les agriculteurs riverains... et pour les cartographes.
Mais c'est là que vivent des oiseaux qui ne subsistent souvent que dans des sites artificiels et aménagés. Ici sternes, gravelots, œdicnèmes, gorgebleues et guêpiers vivent encore en conditions entièrement naturelles. Un luxe devenu rarrissime. Et puis, à l’aval d’un banc de galets, une annexe fluviale reçoit des eaux incroyablement limpides. Un aquariun à ciel ouvert où plus de vingt espèces de poissons sont visibles.
Est-ce pour attirer l’attention que le Doubs montre sa force et sa créativité? Car des menaces pèsent toujours sur lui : pollutions, surfréquentation, abaissement du niveau d’eau, plantes envahissantes... En venant le visiter avec douceur, on témoigne de l'importance de sa sauvegarde.

Eclairage par Sophie Horent

La rivière Doubs en liberté

Sophie Horent

Sophie Horent

chargée de mission Natura 2000

  • 1980 Naissance à Abidjan (Côte d'Ivoire).
  • 2005 Master II professionnel en Ecologie-Environnement Université Paris XI.
  • 2007 Entre à l'Etablissement Public Territorial du Bassin Saône et Doubs en tant que chargée de mission Natura 2000.

Le Doubs est le personnage principal des lieux. On l'utilise pour ses graviers, pour ses loisirs, pour la pêche... et il attire même un petit tourisme de nature. Mais, d'une façon générale, il reste un élément sauvage dont la force inquiète. «L'exploitation d'alluvions et l'endiguement en amont ont accéléré sa vitesse», précise Sophie Horent, chargée de mission Natura 2000. Ici en aval, il creuse son lit et ronge violemment les berges, dévorant les parcelles agricoles et les forêts riveraines. «Une prairie a perdu 15 mètres de largeur en 2 ans!» Sept crues ont été notées entre novembre 2012 et juin 2013, faisant suite à celles d'octobre 2011 et du printemps 2012.
S'il faut maîtriser cette dynamique pour les intérêts de tous, c'est cette force indomptée de la rivière qui explique la richesse naturelle exceptionnelle de cette région : bras morts, grèves, berges sablonneuses, saulaies, prairies inondables... «Depuis 1992 ce patrimoine est préservé par un Arrêté préfectoral de protection de biotope sur la partie bourguignonne du site. Un grand travail de sensibilisation est nécessaire car les milieux naturels fragiles sont utilisés pour la pêche, le canoë, la baignade...» Depuis 2006, le projet européen Natura 2000 intègre 7900 hectares de la basse vallée du Doubs. Il faut une telle ambition pour trouver les moyens financiers considérables nécessaires à la restauration de certains milieux alluviaux.

«Mon espoir est que les habitants de la basse vallée s'approprient ce joyau de nature et en fassent un atout de développement local» , conclut Sophie Horent.

Itinéraire

Accédez à la carte détaillée de cette balade dans le PDF en bas de page.

distance: 9,4 km

durée: 3h30

  • (1) Partir de la place principale puis traverser le village.
  • (2) Longer le bras mort du «vieux Doubs».
  • (3) Prendre connaissance du panneau explicatif et faire l'aller-retour jusqu'au bord du Doubs aux «Fraches». Attention: berge érodée fragile!
  • (4) Longer la digue et accéder de nouveau à la rivière en respectant les clôtures agricoles.
  • (5) Tourner à gauche en sortant de la zone de forêt riveraine en empruntant un chemin discret en milieu agricole.
  • (6) Tourner à droite sur la rue aux «Bruleux» pour rejoindre la place du village.

Accès en transports publics

Petit-Noir est un village peu accessible sans voiture. En revanche, Dole est à 2h15 de train de Paris et à 1h35 de Lausanne. Horaires sur <http:// voyages-sncf.com> Depuis Dole, louer un véhicule ou tenter 30 km en vélo par les villages riverains du Doubs. Ou demander à votre hébergement de venir vous chercher à la gare.

Manger & dormir

Office du tourisme du Pays de Dole. +33 384 72 11 22, http://info@tourisme-paysdedole.fr

Chez Bach à Chaussin (10 min du site). Recettes comtoises au gré du marché et des produits frais. +33 384 81 80 38, http://hotelbach@wanadoo.fr

Camping de Petit-Noir directement au bord du Doubs. +33 384 81 03 24

Chambre d'hôte à Asnans-Beauvoisin (5 min du site). Possibilité de venir vous chercher en gare de Dole. +33 384 81 83 99, http://contacts@auxjardinsdalice.fr

Matériel & règles d'or

  • Produit anti-moustiques
  • Ne pas pénétrer dans les milieux sensibles pour les oiseaux: roselières, plages de galets, zones humides.
  • Eviter l'approche photographique des oiseaux nicheurs.

Ailleurs dans la région...

A) Dole Dole est une ville de 25'000 habitants dominée par une sublime collégiale. De son passé de capitale du Comté de Bourgogne, elle garde de riches édifices. Bordée de canaux et aux portes de l’immense forêt de Chaux, c’est le paradis des balades.

B) Réserve naturelle du Girard D’une superficie de 135 ha, cette réserve naturelle nationale est une zone de confluence entre la basse vallée du Doubs, la Loue et la Clauge. Ce site ressemblait il y a encore cinquante ans à un immense delta intérieur.

C) Bresse du Jura Riche paysage de forêts et d’étangs ou balades et observations de la nature sont possibles. tourisme-jura-bresse.fr , cpie-bresse-jura.org

D) Baume-les-Messieurs Changement de décor avec le fleuron du vignoble jurassien et celui de l’observation des oiseaux rupestres. Vignes et falaises alternent avec de jolis villages en pierre. Faucons pèlerins et hirondelles de rochers vous attendent. http://baumelesmessieurs.fr

La rivière Doubs en liberté

Chevêche d’Athéna dans la Saline Royale d’Arc-et-Senans / © Jean-Philippe Paul

E) Saline Royale d'Arc-et-Senans Au Patrimoine Mondial de l’UNESCO depuis 1982, la Saline Royale d’Arc-et-Senans est le chef-d’œuvre de Claude Nicolas Ledoux, architecte visionnaire du siècle des Lumières. Aujourd’hui «refuge LPO», le site réunit architecture et nature. La chevêche d’Athéna en est l’incarnation.

Couverture de La Salamandre n°222

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 222
Juin - Juillet 2014
Article N° complet

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