L’arbre qui susurre aux oiseaux

Article extrait du dossier Les pouvoirs du sureau
Cette fauvette à tête noir picore des baies de sureau, un mets multi-vitaminé. / © Laurent Willenegger

En cette fin d’été, les oiseaux se jettent sur les baies vitaminées du sureau. De quoi emmagasiner des réserves avant la migration.

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La campagne se calfeutre sous la brume ce matin. Juillet est déjà loin. Un sureau noir ploie sous les grappes dans la haie endormie. Quel oiseau va céder le premier à la gourmandise ? La fauvette à tête noire ! Son « tchak » alarmiste l’a trahie. On devine le va-et-vient du passereau nerveux aux branches qui bougent. La voilà enfin sortie de la couronne du sureau ! Perché, l’oiseau tend son cou vers une baie, bascule pour en saisir une autre, puis se retourne et en grappille une troisième qu’il fait rouler dans son bec avant de l’engloutir. La scène a duré quelques secondes. La fauvette est retournée se cacher. Le sureau la protège, l’épervier ne viendra pas la chercher dans ce fouillis de branches.

Le sureau, arbre aux oiseaux

Grappe de sureau noir / © Laurent Willenegger

Tiges tentantes

A cette époque de l’année, les baies du sureau noir sont une aubaine. Parmi les premières à mûrir, elles offrent aux migrateurs de quoi faire des réserves avant le grand départ. Petites, elles conviennent à tous les becs : à celui de l’étourneau comme à celui du troglodyte et même du minuscule roitelet. De plus, les grappes sont si généreuses qu’une fois l’arbre repéré, les oiseaux n’ont plus qu’à faire bombance, économisant ainsi le temps et l’énergie autrement consacrés à la recherche de nourriture.

Un seul bémol : la couleur noire des baies. En rouge, elles seraient plus tape-à-l’œil pour les oiseaux. Contrairement aux fruits des viornes tout aussi foncés à maturité, ceux du sureau ne passent pas par un stade « rouge », avertissant les passereaux que, bientôt, ici, il y aura une manne sucrée. Le sureau a développé une autre stratégie pour se faire remarquer. Au moment où ses baies sont mûres, les tiges qui les supportent se colorent en un rouge violacé visible de loin.

Le sureau, arbre aux oiseaux

Baie de sureau noir / © Laurent Willenegger

Echange de bons procédés

Le sureau a tout intérêt à ce que les fauvettes, merles ou étourneaux se servent chez lui. Jardiniers efficaces, ces oiseaux répandront ses graines au bord du ruisseau, de l’autre côté de la haie ou dans votre jardin. Leur système digestif n’assimilant que la pulpe des fruits, les graines sont rejetées dans les fientes. Par chance, les oiseaux sont insensibles à la sambunigrine, une substance toxique présente dans les baies crues. Alors que quelques-unes suffisent à nous envoyer au petit coin, eux peuvent se gaver sans remords.

Sureaux d’Espagne

La fauvette occupe toujours son arbre, osant de temps à autre une excursion hors de son abri feuillu. Elle n’apprécie guère de partager son festin, criant au voleur lorsqu’un autre oiseau approche. Un rougequeue à front blanc évite la bagarre en saisissant quelques baies en vol avant de poursuivre son chemin.

Le soleil brille maintenant. Le manège va peu à peu se calmer dans le sureau. Les fruits, c’est bon, mais pas assez nourrissant pour un passereau qui doit voler durant des milliers de kilomètres. Les insectes commencent à s’activer avec la chaleur, il est temps de partir à la chasse pour ajouter quelques protéines au menu. D’ici quelques semaines, la fauvette retrouvera en Espagne des baies de sureau toutes fraîches. Là-bas, la mauvaise saison n’est pas aussi rude qu’au nord. L’arbuste n’a pas à se presser pour disséminer ses graines avant l’hiver. Il prend le temps de laisser mûrir ses fruits alors qu’ici les feuilles jauniront bientôt.

Le sureau, arbre aux oiseaux

La fauvette à tête noire raffolle des baies de sureau. / © Laurent Willenegger

La fauvette à tête noire consomme plus de 75 variétés de fruits, principalement des baies de sureau à la fin de l’été. Elle partage ces gourmandises avec de nombreux passereaux dont le rougegorge. Alors que celui-ci attrape les baies en vol, la fauvette se nourrit perchée. Chacun mange les fruits les moins accessibles à l’autre. Une façon d’exploiter au mieux les ressources
disponibles.

Couverture de La Salamandre n°193

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 193
Août - Septembre 2009
Article N° complet

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