La puissance et la gloire

Article extrait du dossier L'automne des mammouths
Les courtes défenses de lait, longues de cinq centimètres, tombaient à l'âge de 18 mois. Les défenses définitives des mammouths croissaient ensuite toute la vie. Chez de jeunes mâles en bonne santé, la pousse pouvait atteindre 15 centimètres par an. / © Laurent Willenegger

Face à face avec le mammouth. Tenir le choc de la vision, ne pas quitter son poste, admirer le spectacle inouï. D'abord lenteur balancée, puis galopade furieuse et retour au calme.

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Ils se rapprochent lentement, cueillant en chemin des gerbes d'herbe sèche. Puis ils défilent avec majesté en posant délicatement leurs larges pattes sur l'herbe. De près, chacun devient un personnage unique par sa taille, le profil de son dos, la teinte de sa toison, l'inclinaison ou l'usure de ses défenses. Puis, sans crier gare, le paisible défilé est soulevé par un prodigieux élan. Les géants s'élancent en poussant des barrissements. Le sol en tremble loin à la ronde.

Secret défenses !

Au milieu du nuage de poussière brille de temps à autre l'éclat des défenses. Les mammouths se servent-ils de leur ivoire en spirale pour combattre ? Oui, les deux incisives sont d'abord des armes que l'animal projette vers le haut ou qu'il balance de droite à gauche ou de haut en bas. Elles rendent un adulte en bonne santé pratiquement invulnérable face aux prédateurs.

Ces ornements spectaculaires jouent aussi un rôle social. Leur taille et leur état révèlent la vigueur de celui qui les porte. Elles participent aux face-à-face et postures ritualisées auxquels les mâles se livrent pour jauger leurs forces. Les simulacres de combat ont pour but de remplacer le plus possible de vrais affrontements potentiellement dangereux.
Enfin, les deux grandes défenses aident parfois leur propriétaire à s'alimenter, par exemple en lacérant l'écorce de troncs ou en poussant la neige pour dégager de l'herbe. Mais, dans la steppe, les arbres tout comme les chutes de neige abondantes sont rares.

Une main qui trompe

Quant à l'extraordinaire trompe, fusion du nez et de la lèvre supérieure, c'est un bras et une main précisément actionnés par des milliers de muscles. Les deux prolongements de son extrémité fonctionnent comme un doigt et un pouce opposables, capables de cueillir avec délicatesse une fleur ou un bourgeon. Utilisée comme arme à l'occasion, la trompe sert aussi bien à respirer qu'à amener l'eau et la nourriture à la bouche. Ses mouvements expriment aussi l'humeur.
Oh ! Le troupeau fait volte-face au loin, il ralentit, il revient au pas. La poussière retombe. Et les jeunes, et les petits ? Ils restent invisibles.

Couverture de La Salamandre n°200

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 200
Octobre - Novembre 2010
Article N° complet

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