La peau de l’ours

Article extrait du dossier Frère ours
Le retour de l’ours dans les Pyrénées centrales a contribué à revaloriser le métier de berger. / © Laurent Nédélec

L’ours vide-t-il les caisses de l’Etat français ? Ruine-t-il l’économie pyrénéenne ? Au-delà de la polémique, des chiffres et des dates.

Avatar de Marc Tourrette
- Mis à jour le
Article d'origine par

Combien ça coûte ?

En 2008, le programme ours coûtait environ 2 millions d’euros à la France. Une somme jugée exorbitante par le porte-voix des éleveurs opposés à l’ours, le député ariégeois Bonrepaux. Vraiment ?

Un rapport du Sénat a établi que la moitié de ce montant revenait en fait au pastoralisme, à travers des mesures de gardiennage ou de rénovation des cabanes d’estive. Le solde, directement lié à l’ours, se répartit entre l’indemnisation des dégâts, le suivi scientifique et la communication. Des postes de bergers, de biologistes et de personnel d’association ont pu ainsi être créés, soit « l’équivalent d’une PME de 100 personnes », comme l’affirme François Arcangéli, maire d’Arbas. «Pour 3 cents d’euro par contribuable français. » Pour comparaison, d’après une étude du Ministère de l’agriculture, les éleveurs ovins de montagne perçoivent chaque année 275 millions d’euros de primes agricoles. Ces aides publiques représentent aujourd’hui les deux tiers du revenu d’un éleveur ovin qui fait de la viande. Mais elles n’incitent en rien à la protection de l’ours.

Contrairement aux ours scandinaves, les plantigrades de France ou d’Italie sont aux trois quarts herbivores. Mais il leur arrive de se nourrir à l’occasion de charognes ou de brebis non gardées. / © Staffan Widstrand

Petits soucis et gros dégâts

Le 25 avril 2009, l’ours faisait la une des journaux pyrénéens : il venait de croquer sa première brebis de l’année. Quel scoop ! Loin des médias racoleurs, David Cheuzeville, éleveur à Arbas, n’a jamais connu pareille attaque. Même l’an dernier où Hvala et ses deux oursons hantaient les lieux. Car ses 300 brebis sont protégées par un chien patou. En revanche, il déplore plusieurs attaques de chiens divagants, comme en 2004 où il a perdu 10 bêtes. « Mais ça, personne n’en parle » , ajoute le jeune éleveur.

Dans l’ensemble des Pyrénées, l’ours a tué 335 moutons en 2007 et 220 en 2008. Le pic de victimes ovines enregistré en 2000 s’explique : Néré, jeune mâle, rejoint un nouveau secteur avec des troupeaux non protégés. De manière générale, depuis 2006, on constate une baisse des attaques.

Tout dommage imputable à l’ours est indemnisé dans un délai de deux à trois semaines. Les cas litigieux sont examinés par une commission. L’éleveur reçoit environ 300 euros par brebis. Mais soyons clairs : globalement, l’ours n’est responsable que de 1% des pertes de moutons dans les Pyrénées. Maladie et accidents emportent 20’000 bêtes par an.

La bande à Balou

Huit ours slovènes sont venus renforcer une population pyrénéenne au bord de l’extinction. Pourquoi slovènes ? Parce que leur lignée génétique et leur écologie sont très proches des ours indigènes. Et puis, la Slovénie était disposée à offrir animaux et collaboration scientifique. Pourquoi avoir choisi les Pyrénées centrales pour les lâchers ? Plus à l’ouest, en Béarn, subsistaient quelques ours indigènes. La cohabitation avec les éleveurs, orientés lait, ne s’y déroulait pas trop mal, mais le climat politique posait problème. Là-bas, les élus ne voulaient pas entendre parler de réintroduction.

Alors, combien d’ours peuplent aujourd’hui les Pyrénées ? En 2008, des analyses génétiques de poils et d’excréments ont permis de recenser au moins seize plantigrades répartis en trois groupes. Quatre mâles subsistent en Béarn, neuf animaux dont six femelles occupent le centre de la chaîne et enfin trois ours séjournent à l’est. Deux oursons nés l’hiver dernier s’ajoutent à ce décompte.

Une population d’ours est considérée comme viable à partir d’une cinquantaine d’individus. On est encore loin du compte. Et puis, parmi les ours réintroduits, il ne reste que cinq survivants, dont une femelle apparemment stérile. Y aura-t-il de nouveaux lâchers ? L’Etat français devrait se prononcer cet automne.

Top chrono !

  • 1972 : interdiction de la chasse à l’ours en France. L’animal ne survit plus que dans les Pyrénées, réparti entre un noyau occidental et un noyau central.
  • 1976 : classement de l’ours en espèce protégée. Entre 20 et 25 ours sont recensés.
  • Fin des années 1980 : disparition du dernier ours des Pyrénées centrales. 8 à 10 individus subsistent à l’ouest, en Béarn.
  • 1991 : création de l’association Pays de l’Ours-Adet, à Melles, dans les Pyrénées centrales, pour porter un projet de réintroduction.
  • 1996-1997 : lâchers à Melles de trois ours slovènes, deux femelles et un mâle.
  • 2004 : Cannelle, l’ultime femelle indigène de toutes les Pyrénées, est abattue par un chasseur.
  • 2006 : lâchers de cinq ours slovènes, quatre femelles et un mâle, dont trois à Arbas.
  • 2009 : prise de position de l’Etat par rapport à de nouveaux lâchers.

De quel œil est vu l'ours par les habitants des Pyrénées? Paroles d'hommes.

Couverture de La Salamandre n°194

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 194
Octobre - Novembre 2009
Article N° complet

Réagir