La jungle des peaux

Article extrait du dossier Tous à poils!
Poils de vache / © Gilbert Hayoz

Au temps des dinosaures, l'écaille était la règle. Jusqu'à ce qu'elle engendre une structure d'un nouveau genre : le poil. Histoire d'un succès.

Avatar de Karine Poitrineau
- Mis à jour le
Article d'origine par

Alors que les insectes se protègent par une enveloppe de chitine, les vertébrés font appel à une couverture pileuse de kératine, une longue protéine tout aussi résistante. Il faut attendre le jurassique pour que les mammifères se différencient des dinosaures et cultivent le poil sur leur peau. Parallèlement, les oiseaux opteront pour une autre innovation à base de kératine, la plume, alors que chez les reptiles, totalement glabres, cette matière s'épaissit aujourd'hui encore en écailles protectrices.
Qu'elles soient plumeuses ou poilues, ces structures sont toutes deux formées par un repli de l'épiderme. En entrant en contact avec la couche inférieure de la peau, le repli constitue une papille dermique (> schéma en bas de page). A la fin du crétacé, l'extinction des dinosaures ouvre une nouvelle ère : désormais, la Terre appartient aux poilus et aux emplumés.

Fourrures

Avec le rayonnement des mammifères en de nombreuses espèces, le poil se spécialise. Il s'adapte tout en conservant la même construction de base : une forme allongée, constituée de plaques de kératine appliquées les unes contre les autres comme des tuiles. Le motif de ces écailles ainsi que la section des fibres dépendent de l'espèce. L'homme a par exemple des poils aux écailles rectangulaires et lisses, avec une section circulaire ou ovale. Ceux des chauves-souris ont des écailles coniques emboîtées les unes dans les autres. Les lapins ont des poils à fines écailles, de diamètre arrondi avec souvent un rétrécissement au milieu.

Le poil se diversifie aussi sur la peau de chaque animal. La majorité des fourrures contiennent trois couches, avec chacune des formes de poils spécifiques. On distingue les sous-poils, les poils de garde et les poils de couverture. Le sous-poil est chaud, court, relativement laineux et fragile. Plus longs, les poils de garde sont un peu plus raides et résistants. Souvent orientés dans un sens différent des autres couches, ils limitent la circulation de l'air. Les poils de couverture sont les plus lisses et rigides. Ce sont eux qui forment la surface du pelage et lui donnent sa couleur, le plus souvent due à la mélanine. La palette chromatique de ce pigment va du roux au noir en passant par des nuances de brun. Dépigmenté, le poil prend une couleur blanche. Les motifs et couleurs des pelages contribuent souvent au mimétisme des mammifères. Brune en été, l'hermine passe au blanc en hiver, couleur plus discrète dans la neige.

De tous crins

La fourrure n'est pas le seul domaine des poils. Moustaches et vibrisses élastiques apportent des informations tactiles aux chats ou aux phoques. Les cils protègent les yeux, tandis que les crinières avertissent de l'humeur ou du statut d'un animal. Les touffes de poils des queues des vaches ou des chevaux servent aussi de chasse-mouches. Chez l'homme, la diversité atteint des sommets, entre cils, sourcils, chevelures, barbes et touffes axillaires et pubiennes.

Secret de fabrication

Schéma de follicule pileux / © Laurent Willenegger

A la base du follicule pileux (1) des mammifères, des cellules spécialisées, les kératinocytes, produisent la matière du poil. La papille est alimentée en oxygène et nutriments par un fin vaisseau capillaire (2). Chaque poil est muni d'un muscle horripilateur (3) qui permet de le dresser et d'une glande sébacée (4) qui produit une sécrétion huileuse. Celle-ci s'étend sur la fibre, la protège et la fait briller. Des terminaisons nerveuses (5) permettent de percevoir les différentes pressions exercées sur le poil. Des glandes sudoripares (6) débouchent à la base des poils. Chez certaines espèces, un même follicule produit simultanément plusieurs poils.

Malgré leur succès, les poils ont quand même quelques désavantages...

Couverture de La Salamandre n°202

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 202
Février - Mars 2011
Article N° complet

Articles sur le même sujet

Réagir