Les syrphes font mouche!

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Syrphe

Dans la Réserve naturelle du Lac de Remoray (Doubs), on se passionne pour les syrphes. Des petites mouches qui en disent énormément sur la santé de notre environnement.

Les syrphes, ou syrphidés, sont des petits diptères dont la biologie et l’écologie sont très bien connues. Vous les connaissez sans doute ces petites mouches souvent bariolées qui parfois pratiquent un vol surplace impeccable. Certaines sont même déguisées en guêpes. Cette famille nombreuse et diversifiée compte 850 espèces en Europe et plus de 534 en France. Elles sont présentes quasiment partout et les imagos se dispersent peu. Beaucoup pondent dans des habitats très précis où la larve poursuivra son cycle. En un mot, ce sont d’excellents bio-indicateurs. En tant que sujet d’études, elle vont peut-être détrôner les libellules, papillons de jour et autres oiseaux souvent trop opportunistes ou mobiles pour satisfaire les biologistes.

Syrph the Net, la base de donnée intelligente

Syrph the Net est une méthode élaborée dans les années 1990 par le spécialiste Irlandais Martin Speight. En 2008, l’équipe de la Réserve naturelle du Lac de Remoray participe à la création d’un groupe « syrphes » au sein des gestionnaires français de milieux protégés. L’idée est de convaincre de l’intérêt de ces petites bêtes et de la fameuse méthode pour évaluer efficacement la santé des habitats et définir finement la gestion, ou la non gestion, d’une zone naturelle protégée.

Avec leurs collègues d’une autre réserve naturelle du Doubs (Ravin de Valbois), Bruno Tissot, conservateur, et Jocelyn Claude, entomologiste, se lancent dans l’aventure de Syrph the Net dès 2009 dans les prairies, marais et forêts de leur espace protégé. Les inventaires battent leur plein pendant trois ans avec 12 tentes de piégeage dites tentes Malaise. Les résultats sont exceptionnels pour un site d’à peine 350 ha : 12550 individus déterminés pour 212 espèces. 40% des syrphidés connus en France sont présents dans ce paradis du Haut-Doubs et 4 nouvelles espèces nationales ont été découvertes ! « On a même découvert Pipizella mongolorum, un syrphe connu uniquement de Mongolie, de Sibérie, d’une localité en Tchéquie et d’une autre en Allemagne ! J’ai vu le grand spécialiste Martin Speight sauter sur sa chaise quand il a identifié cet individu », précise Bruno Tissot en souriant. Mais l’inventaire n’est que le début de la méthode Syrph the Net. Un système de codage très fin que nous ne détaillerons pas ici permet de remplir une base de données. Ce volet informatique, c’est Jocelyn Claude qui s’en charge. Il ressort alors du programme une très bonne définition de l’état de santé de chaque habitat naturel et de l’état potentiel dans lequel il devrait se trouver idéalement, c’est à dire sans l’impact de l’homme dans l’environnement.

En résumé, si les syrphes théoriquement attendus dans un type d’habitat sont présents, c’est que son fonctionnement est plutôt bon. Inversement, s’il manque des espèces que la base de données « attendait », c’est qu’il y’a un dysfonctionnement dans l’habitat étudié. Et, en général, les syrphes manquants aident à comprendre ce qui ne va pas. Comme le rappelle Bruno Tissot, « avec les oiseaux, on ne sait jamais si leur déclin est lié à des causes locales ou lointaines. On fait tout pour le tarier des prés, par exemple, et il disparaît quand même. Ce n’est pas un très bon indicateur pour nous. Avec l’étude des syrphes, on a enfin un modèle très efficace pour comprendre et tenter de conserver un habitat naturel ». Les deux biologistes organisent des formations et continuent de convaincre leurs collègues dans toute la France. Complètement syrphonnés alors? Oui, mais pas seulement. Ils se donnent 10 ans pour inventorier toutes les autres familles de diptères de la réserve naturelle. Ils parient sur près de mille espèces appartenant à 88 familles. Tout un monde jusqu’ici passé inaperçu dans l’ombre des oiseaux et des papillons, toujours plus étudiés.

Temnostoma vespiforme

Temnostoma vespiforme, comme son nom l’indique, a l’allure d’une guêpe. Photo de Jocelyn Claude.

A l’heure où nous écrivons ces lignes, la plupart des syrphes sont à l’état d’oeufs ou de larves, même si quelques imagos hivernent, comme chez les papillons. Les passionnés attendront avril pour voir voler de nouveau leurs insectes favoris. Vous aussi, soyez attentifs au printemps prochain et penchez-vous sur ce minuscule univers ailé.

Syrphes identification

Bruno Tissot, à gauche, et Jocelyn Claude, à droite, en pleine détermination de syrphes au laboratoire. Photo de Frédéric Ravenot

 

Photo de une : Chrysotoxum bicinctum par Jocelyn Claude.

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