Juste sans prix !

Julien Perrot / © Sandro Campardo

Dans son édito de la Salamandre n°197, Julien Perrot s'indigne de la place accordée à la protection de la nature et de l'idée de lui assigner un prix.

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Il paraît que, dans cette époque formidable qui est la nôtre, tout le monde aime la nature. Bravo, j’applaudis !
Oui, tout le monde aime la nature... tant que cela ne coûte rien ! Pour en avoir le cœur net, faites un tour dans une de ces séances où tout se décide, tracé des routes, aménagement du territoire, politique énergétique... On écoute poliment, sourire aux lèvres, les gentils défenseurs des papillons et des petites fleurs. Mais restons sérieux ! On ne va tout de même pas perdre des sous pour quelques arbres ou d’obscures bestioles. Augmenter le débit d’eau en aval d’un barrage pour sauver une rivière moribonde ? Renoncer à un projet immobilier pour préserver un trésor de haies et de vieux murs ? Fermer une route forestière quelques mois par année pour éviter la disparition d’un oiseau rare ? Quelles idées amusantes !
La vérité crue saute aux yeux. La protection du patrimoine dont nous avons la responsabilité pour les générations futures ne pèse pas lourd face aux intérêts économiques. Or, contre tout bon sens, ceux-ci sont mesurés dans l’absolu court terme. Pour tenter de changer la donne, des économistes imaginatifs s’évertuent à calculer la valeur monétaire d’une prairie naturelle, d’un lynx ou même d’une libellule. On veut fournir un argument chiffré et donc sérieux aux protecteurs de la nature.
Merci pour l’effort, mais ils m’écœurent, ces calculs ! Devrions-nous mesurer le prix de toutes les croches d’un concerto de Mozart ? Vivons-nous dans une époque qui n’a plus d’autres valeurs que l’argent ? N’y a-t-il pas des choses plus précieuses comme la liberté, le bonheur ou justement la nature ? Hélas ou plutôt tant mieux, nos biens les plus fondamentaux n’ont tout simplement pas de prix. Il serait heureux qu’on s’en souvienne.

Couverture de La Salamandre n°197

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 197
Avril - Mai 2010
Article N° complet

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