Intelligence et roublardise

Article extrait du dossier Mésange mi-démon
Mésange charbonnière en vol / © Denis Clavreul

Une petite tête bien faite et bien pleine. Qui a dit que l’intelligence était réservée à l’homme et aux grands singes ? Florilège de prouesses.

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Chair de chauve-souris

En général, la mésange charbonnière se nourrit de graines et d’insectes. Mais elle peut exceptionnellement s’attaquer à des mammifères. En Hongrie, on l’a vue s’attaquer à des chauves-souris en hibernation. Des mésanges s’introduisent dans les grottes pour capturer des pipistrelles communes. Quand les chercheurs ont installé une mangeoire à l’entrée de la cavité, elles ont délaissé la viande pour les graines. Sauf un oiseau qui a dû prendre goût à ce nouveau menu.

Certaines mésanges sont très curieuses, un avantage en cas de changement environnemental. / © Denis Clavreul

Gène de la curiosité

Les mésanges qui ont eu l’idée de chasser des chauves-souris possèdent-elles le gène de la curiosité ? C’est bien possible. Des scientifiques allemands et néerlandais ont démontré que les charbonnières qui explorent beaucoup leur environnement, et n’ont pas peur de la nouveauté, possèdent en effet un gène particulier. Les oiseaux plus timides n’en sont pas dotés. Si la curiosité pousse à prendre des risques, elle peut aussi être un réel avantage en cas de changement brusque de l’environnement. Car plus un animal est déluré, plus il a de chances de découvrir de nouvelles sources de nourriture.

Mésange charbonnière perchée sur une branche / © Denis Clavreul

Abeilles, aux abris !

Ce n’est pas le miel qui attire la mésange autour des ruches, mais les abeilles elles-mêmes ! L’oiseau consomme les insectes morts éjectés par les ouvrières et s’en prend aussi aux vivants. Pour déguster l’abeille, elle prend soin de retirer le dard empoisonné avant de l’avaler. En hiver, il lui arrive de chercher à réveiller toute une colonie en frappant de son bec sur les parois.

«Ce mâle fait la navette entre une mangeoire pleine de graines de tournesol et un arbre proche où il les décortique. » / © Denis Clavreul

Comme un perroquet

Les mésanges bleues et charbonnières font partie des rares passereaux qui se servent de leurs pattes pour se nourrir. Observons-les à la mangeoire. Elles emportent une graine pour la décortiquer sur une branche. La graine solidement maintenue entre les deux pattes, elles tambourinent dessus pour en extraire la pulpe. Les pinsons, grosbecs et verdiers utilisent uniquement leur bec pour retirer l’enveloppe des graines et en déguster le contenu.

Croquis de mésange charbonnière / © Denis Clavreul

Calendrier des pontes

Les charbonnières de Grande-Bretagne s’adaptent au changement climatique. Depuis les années 1970, elles ont avancé leur date de ponte de 14 jours. Grâce à des données récoltées depuis 50 ans, les biologistes de l’Université d’Oxford ont pu mesurer cette évolution. Le printemps arrive plus vite et, avec lui, les chenilles indispensables au nourrissage des oisillons. Les mésanges ont donc chamboulé leur calendrier pour ne pas rater le rendez-vous.

Dans la tête de la mésange charbonnière, ça travaille ? / © Denis Clavreul

Calculette dans la tête

Imaginez deux mangeoires un peu spéciales. Chacune délivre des vers de farine seulement si la mésange réussit le test. Sur l’une, elle doit sauter trois fois sur le perchoir pour obtenir un ver. Sur l’autre, seuls deux sauts sont nécessaires pour la même récompense. La charbonnière teste les deux machines. Puis, très vite, elle utilise seulement celle qui donne plus de nourriture pour moins d’exercice. Dans la nature, elle emploie aussi avec talent la stratégie du moindre effort pour la plus grosse récompense.

Couverture de La Salamandre n°196

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 196
Février - Mars 2010
Article N° complet

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