Il reste des certitudes

Dans son édito de La Salamandre n°238, Julien Perrot nous fait partager son rendez-vous annuel en pleine nature. Bienfaisant et presque féerique.

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Quand résonne à nouveau le chant flûté de la grive draine, février est déjà bien avancé. Le réveil fuchsia du bois-gentil confirme. C'est le moment d'honorer un rendez-vous sacré.

Cette forêt-là est mon église. Grande, sauvage, ancienne. Je m'y rends invariablement en train direct puis en omnibus. Je longe ensuite la rivière d'un pas léger. L'énergie du renouveau fait palpiter l'eau vive. Me voilà impatient comme la première fois. Ici quelques primevères, là un papillon citron qui festoie au-dessus des fourrés. Vient enfin le sentier sur la droite, une pente douce dans les bois, un filet d'eau… et dix mille petites fées qui dansent dans la brise sous les voûtes endormies des arbres nus.

Ce sont les nivéoles de printemps qui tendent vers le ciel leurs bras verts et leurs chapeaux blancs ponctués de jaune. Leurs corolles sont si nombreuses qu'on dirait le sous-bois couvert de neige. Couleur trompeuse ! Ce que proclame dans cette cathédrale leur blancheur virginale, c'est un irrésistible renouveau qui soulève les feuilles mortes et finira par réveiller les troncs.

De cette virginité, quelques moucherons et bombyles se régalent déjà. Et moi, reconnecté avec la danse des astres et des saisons, je me sens tout simplement bien d'être là avec ma petite puce qui ronfle sur mon dos. Merci les fées nivéoles d'être chaque année fidèles au rendez-vous. Dans notre monde instable et fébrile, c'est tellement bon d'embrasser une certitude.

Couverture de La Salamandre n°238

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 238
Février - Mars 2017
Article N° complet

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