Hibou voyageur ou casanier ?

Hibou grand-duc / © Dietmar Nill

Adepte de l'errance, des savanes africaines ou attaché à son coin de forêt ? Guide du routard des hiboux européens.

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Pantouflard

Le plus casanier de tous, c'est lui ! Très sédentaire une fois adulte, le grand-duc d'Europe occupe un même domaine vital toute l'année. Absent de la partie nord-ouest de la France et des îles Britanniques, il peuple discrètement la majorité du reste de l'Europe. Des habitats très divers lui conviennent, des forêts de montagne aux steppes herbeuses en passant par le maquis méditerranéen. Le plus grand des nocturnes affiche une envergure qui atteint plus de un mètre soixante. Ce colosse défend la zone autour de son nid avec ses chants graves, mais s'en prend rarement à ses semblables. Le chasseur tient à ses habitudes et utilise généralement les mêmes lardoirs, où il dépèce ses victimes, et les mêmes cachettes pour stocker ses surplus de proies. Opportuniste, le grand-duc possède un régime très varié : de nombreux rongeurs bien sûr, mais aussi des hérissons, dont il ne laisse que la peau piquante, des lapins et des lièvres, des oiseaux de toutes sortes, dont des rapaces diurnes. Il est même capable de s'attaquer occasionnellement à un renard adulte. Enfin, ce seigneur chasse volontiers
moyens-ducs et hulottes.

Vagabond sociable

Hibou voyageur ou casanier ?

Hibou moyen-duc / © René Dumoulin

Le moyen-duc est le hibou le plus commun d'Europe occidentale, parfois même plus abondant que la hulotte. Bien que sédentaire dans certaines régions, le moyen-duc quitte fréquemment son territoire à l'automne en quête de nourriture. Plus que le froid et la neige, c'est la présence des rongeurs qui influence ses mouvements saisonniers. Les moyens-ducs forment alors des groupes pouvant comprendre jusqu'à 150 individus. Visibles sur leurs dortoirs en plein jour, les bandes ainsi formées comptent aussi bien des visiteurs de contrées lointaines que des individus locaux. Au printemps, les oiseaux ainsi réunis se dispersent à la recherche d'un partenaire et d'un site de nidification.

Nomade

Hibou voyageur ou casanier ?

Hibou des marais / © Biosphoto / Guy Piton

Difficile, si ce n'est impossible, d'observer un même couple nicheur d'année en année ! Le hibou des marais est un nomade par excellence. Il se déplace en toutes saisons en suivant les pullulations de sa proie favorite, le campagnol des champs. Adepte des grandes étendues herbeuses et rases, de champs cultivés et d'estuaires, ce hibou qui niche à même le sol peut parcourir des distances considérables avant d'établir son nid ou de choisir son site d'hivernage.
Ce sont les plus nordiques qui voyagent le plus loin. Parfois, il leur arrive même de franchir le Sahara, comme le hibou petit-duc. Lorsque ce rapace trouve un endroit favorable en hiver, il peut y rester jusqu'au printemps et y élever ses petits. Mais si la densité de rongeurs chute, il repartira.

Grand migrateur

Hibou voyageur ou casanier ?

Petit-duc scops / © Yarda Hruska

Le plus petit des hiboux européens est aussi le seul franchement migrateur. Pas plus gros qu'un merle, le petit-duc scops est un champion du voyage au long cours. Son régime essentiellement insectivore ne lui laisse pas d'alternative. Comme ses proies disparaissent dès l'automne, il part hiverner en Afrique. Sa migration nocturne lui donne parfois l'occasion de traverser les Alpes jusqu'à une altitude pouvant atteindre 3200 mètres. Ensuite, c'est la Méditerranée, puis le Sahara .
Arrivé dans ses quartiers d'hiver, il chassera entre autres les grands criquets africains. Les populations de petit-duc régressent eu Europe à cause des pesticides et de la banalisation des paysages agricoles, mais elles sont aussi affectées par les campagnes de lutte contre les invasions de criquets en Afrique subsaharienne.
Le hibou miniature revient en avril dans ses derniers bastions valaisans et dans la moitié sud-ouest de la France, généralement juste après les hirondelles. Comme les cigales qu'il met à son menu, il chante tout l'été, puis se tait au moment de repartir plein sud.

Couverture de La Salamandre n°201

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 201
Décembre 2010 - Janvier 2011
Article N° complet

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