Grappes et groupes

Article extrait du dossier L'invincible étourneau
Cet étourneau mange une pomme / © Laurent Willenegger

Entre nuages hypermobiles, dortoirs lacustres et vacarme suraigu, cache-cache automnal sur la piste des étourneaux.

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Voici venu le temps des fruits, raisins bronzés, pommes gonflées de soleil, pruneaux juteux. Depuis quelques jours, des changements imperceptibles dans la lumière chaude de septembre annoncent une bascule des saisons. Les hirondelles se sont évanouies, des corbeaux écument bruyamment la campagne. Et puis, il y a les étourneaux, nuées insaisissables de mal-aimés surgis d'on ne sait où.

Le tumulte d'une foule

Tout à coup les voilà : dix, cent, mille oiseaux traversent le ciel dans un grand souffle, tournoient au-dessus des champs et s'abattent dans la haie. Ils disparaissent dans les feuilles tandis que leur bavardage suraigu enfle peu à peu, signalant loin à la ronde le repaire temporaire des pillards. Les sansonnets parlent, les sansonnets se racontent. On aimerait connaître leurs plans, savoir quand et comment le grand groupe explosera en commandos mobiles. Et surtout où auront lieu les prochaines rapines sur les vergers ou dans les vignes.
L'essaim s'envole, dessine de larges volutes dans le ciel. Quand les oiseaux se posent, le conciliabule reprend. Quand le nuage repart, on n'entend plus que des tchuuyr bourdonnants. Fascinante alternance entre les figures synchronisées d'un immense banc d'oiseaux et l'indescriptible clameur de mille voix indéchiffrables.

Une nouvelle explosion de notes aiguës annonce l'atterrissage des étourneaux dans un chêne isolé couvert de lierre. Rassemblés en ce lieu stratégique, les oiseaux se toilettent, se taquinent les uns les autres et parlent surtout tous en même temps. Un coup de pétard et ça repart ! S'abattront-ils sur les sureaux ? Chasseront-ils dans les labours ? Oseront-ils s'attaquer au vignoble protégé par des filets, par des détonations et par des enregistrements dissuasifs ? Mystère ! Sans cesse en mouvement, ils peuvent parcourir en une seule journée des dizaines de kilomètres.

Les insaisissables

Quand on ne les attend pas, les étourneaux débarquent ! Mais si vous les cherchez, votre quête risque de vous emmener loin. Ce n'est que le soir, quand les patrouilles convergent dans les grands dortoirs, qu'il est aisé de les retrouver à coup sûr. Ce côté insaisissable a donné du fil à retordre l'automne dernier à notre dessinateur Laurent Willenegger. A peindre sur le terrain, le banal étourneau n'est déjà pas un sujet facile. Son plumage aux motifs compliqués nécessite de longues études. Et puis, il a fallu arpenter en tous sens la campagne vaudoise pour rapporter ces images. Un jeu de cache-cache dont voici le récit.

Dessin étourneau sansonnet

Etourneau aux reflets chatoyants / © Laurent Willenegger

Un plumage haute couture

De loin, c'est juste un oiseau noir de plus, un merle à col court qui aurait la bougeotte et qui vivrait en bande. De près, l'étourneau révèle une tenue aux reflets irisés, verts sur la tête, pourpres sur la poitrine et bleus sur les flancs. Ce costume magnifique est renouvelé une fois par an à la fin de l'été. Flambant neuf, le plumage automnal se caractérise par ses points blancs sur la poitrine et ses bordures beige clair sur les ailes. L'abrasion de la pointe des plumes émousse peu à peu ces motifs.
Au printemps, la robe de l'oiseau devient beaucoup plus noire et brillante, avec de très petites taches et le bec vire au jaune. La femelle est plus terne et plus grossièrement tachetée que le mâle. Quant aux jeunes, en uniforme brun-gris au sortir du nid, ils perdront peu à peu leur livrée juvénile courant septembre.

Couverture de La Salamandre n°205

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 205
Août - Septembre 2011
Article N° complet

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