Grands carnivores : le retour

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les grands carnivores se portent mieux

Ours, loup, lynx et glouton se portent bien mieux depuis leur extinction quasi-totale il y a 100 ans en Europe. Un recensement à large échelle a mis en évidence ce regain de vitalité qui a de quoi raviver une polémique de longue haleine.

Il y a un siècle, la chasse et la destruction de leurs habitat les avait décimés presque jusqu’au dernier. L’ours brun (Ursus arctos), le lynx eurasien (Lynx lynx), le loup gris (Canis lupus) et le glouton (Gulo gulo) présentent désormais des effectifs stables ou en augmentation dans certaines zones. Pour arriver à cet état des lieux, il a fallu compiler des données issues d’un inventaire réalisé sur 26 pays, le plus complet pour l’heure. L’étude est parue dans la revue Science du 18 décembre dernier.

Recolonisation géographique et effectifs agrandis
L’aire totale de ces espèces s’étend sur plus de 1.5 millions de km2, ce qui représente près du tiers du continent européen. Les ours sont les plus nombreux, avec 17’000 individus dans 22 pays, mais les loups, au nombre de 12’000, couvrent 28 pays. Le lynx, au nombre de 9000 spécimens est réparti sur 2 pays. Le glouton, amateur du froid nordique, est représenté par seulement 1250 têtes.

Des mesures qui ont porté leurs fruits
Les auteurs de cet inventaire voient plusieurs raisons qui ont favorisé ce regain de vitalité. Les politiques de conservation mises en place dans l’Union européenne y seraient pour beaucoup, notamment la directive habitats faune-flore de 1992 et dans une certaine mesure la convention de Berne de 1979 sur la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel. Un autre facteur serait la restauration des populations d’ongulés sauvages comme le cerf, le chevreuil ou le sanglier, sources importantes de nourriture. La libération d’espaces suite à l’exode rural a aussi sa part explicative.

Protection, nourriture, habitat… mais encore?
L’étonnante capacité d’acclimatation de ces carnassiers aux milieux anthropisés, à condition qu’on les laisse en paix! Chose étonnante, l’Europe ne semble pas être de premier abord le continent le plus propice à leur développement. Et pourtant!  L’expansion naturelle du loup en Europe lui a permis d’être contre toute attente deux fois plus nombreux qu’aux États-Unis alors que le vieux continent possède une surface plus petite de moitié et une plus grande densité humaine. Selon les auteurs, c’est la preuve que « le modèle du partage des terres, où hommes et prédateurs coexistent, peut réussir à l’échelle d’un continent ». Un modèle qui semble mieux marcher que celui d’Outre-Atlantique où ils sont retranchés dans des zones protégées destinées à tenir la vie sauvage à distance.

Rien n’est acquis
Cet exemple européen montre que la cohabitation est possible, mais elle reste encore parfois conflictuelle. Malgré des réintroductions, ces espèces restent en effectifs bien plus modestes que par le passé, et sont encore tributaires de leur réputation. « Tirs de prélèvement », pression de la population et des éleveurs peuvent facilement fragiliser un espoir d’installation. La situation au niveau des sous-populations est parfois encore délicate. L’ours dans les Pyrénées, le lynx introduit dans les Vosges ou encore le loup dans la Sierra Morena espagnole sont en rapide déclin. On ne le rappelle peut-être pas assez: ces emblèmes de la faune sauvage, au sommet de la chaîne alimentaire, jouent un rôle primordial dans la régulation des écosystèmes. Heureusement, l’opinion publique se montre plus favorable qu’il y a un siècle.

 

Source: lemonde.fr

Les grands carnivores en Suisse: KORA et en France: FERUS

Dessin: le trio gagnant ours-lynx-loup croqué par Ambroise Héritier

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