Les secrets d’un photographe affûté

Tetras lyre male (Lyrurus tetrix) en parade sur la neige dans les Alpes vaudoises, Suisse. © Photo Olivier Born

Ses photos de tétras lyre, de perdrix bartavelle ou de lagopède nous invitent carrément parmi les oiseaux observés. Olivier Born signe des prises de vues exceptionnelles dans notre livre Les gardiens de l’Alpe.

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Olivier Born

Olivier Born

Vos photos donnent l’impression de côtoyer l’animal au plus près. D’où vient cette passion pour la quête de clichés impossibles?

Depuis tout petit je suis attaché aux animaux. Mes parents ont divorcé très tôt et ma passion pour les bêtes a peut-être été un refuge. La photo animalière me faisait rêver étant gamin. Puis, diplôme de photographe en poche, je suis parti dans des régions tropicales réaliser des reportages sur des espèces exotiques notamment les reptiles qui me fascinaient. Il y a une dizaine d’années, je suis devenu photographe pour un hebdomadaire suisse. Ce travail à temps partiel me laissait de grands week-end libres pour pister cette fois-ci des oiseaux locaux. C’est ainsi que j’ai découvert la richesse et la diversité de la faune alpine.

"J'aime qu'il y ait un défi"

Quant à la qualité des photos, je ne fais aucun compromis. La lumière en particulier doit être très bonne. Cette exigence vient certainement de ma formation de photographe professionnel à Vevey. Pour prendre le bon cliché, il faut retourner beaucoup de fois au même endroit, parfois pour y rester peu de temps. Le tétras lyre ne chante qu’une heure maximum après le lever du soleil. Cela laisse très peu de temps pour réaliser une belle photo après une nuit d’attente. Le secret c’est de persévérer. C’est très physique. Mais j’aime qu’il y ait un défi, de la difficulté. Plus on part en affût, plus on devient exigeant. On essaie de saisir d’autres comportements dans des contextes différents. J’ai par exemple pris un combat de tétras lyre dans la poudreuse, ce qui donne une ambiance tout en mouvement et en légèreté.

Combien de temps avez-vous passé à pister ces trois oiseaux rares que sont le tétras lyre, la perdrix bartavelle et le lagopède alpin ?

Cela fait 10 ans que je m’intéresse à ces trois animaux parce qu’ils ne sont pas faciles à approcher. Il faut veiller à réduire au minimum le dérangement. L’isolement est d’ailleurs une condition essentielle à leur survie. Le grand tétras à quasiment disparu parce qu’il vivait à des altitudes relativement basses. Il a été dérangé par le bûcheronnage et les randonnées. Si le tétras lyre, la perdrix bartavelle et le lagopède alpin résistent encore c’est parce qu’ils vivent à plus haute altitude, dans des régions désertes avec peu de circulation et d’activités humaines Malheureusement, la vogue des randonnées en raquette ou à ski peut aussi les menacer à terme. Certains cantons ont créé des zones de tranquillité pour ne pas déranger cette faune sauvage mais en même temps ils autorisent la chasse de l’espèce ! Il reste qu’il faut beaucoup marcher pour les rencontrer, se rendre dans des coins extrêmement isolés. La présence de ces trois oiseaux témoigne d’une nature intacte. C’est en cela qu’ils sont des gardiens du sauvage.

Quelles techniques d’affût utilisez-vous pour réaliser ces photos si singulières ?

Pour faire de la photo animalière, il faut un bon réveil, c’est une activité qui exige de se lever tôt le matin ! Il faut vraiment être acharné. Parfois quand ma femme me voit partir elle me dit : « Tu es vraiment fou. »

"Pour faire de la photo animalière, il faut un bon réveil."

Je fais énormément de repérages avant de choisir mes endroits d’observations dont je limite le nombre à 5 ou 6 pour chaque animal. En revanche, je les connais très bien. Quand je dois dresser un affût, j’arrive toujours la veille pour limiter au maximum le dérangement. Je m'installe au bord de la place de chant ou de danse, et jamais en plein milieu. C’est mieux pour la tranquillité de l’animal mais aussi pour la qualité des prises de vues. Tétras lyre et perdrix bartavelle s’observent uniquement en étant caché et lors de la parade nuptiale, au printemps. Généralement, ils reviennent plusieurs matins de suite au même endroit. L’animal le plus difficile à approcher est la perdrix bartavelle car, contrairement au tétras lyre, elle peut changer de zone de chant d’une matinée à l’autre.
Le lagopède, lui, peut être approché sans affût et toute l’année. Il est mimétique, c’est-à-dire que son plumage se fond dans le paysage. Il fait donc confiance à son camouflage. Une fois repéré, l’approche doit bien sûr être très lente, il faut prendre son temps. Je le suis discrètement jusqu’à trouver une belle lumière. J’aime travailler au même niveau que l’animal, couché à même le sol. Parfois l’appareil est à moitié enfoncé dans la neige.
Je suis fasciné par le lagopède. Moi je suis équipé d’une doudoune et d’un sac de couchage incroyables en matière d’isolation thermiques. Lui peut rester en pleine tempête par -20°C équipé de son seul plumage tandis que je suis déjà redescendu.

En savoir plus :

Le livre Les gardiens de l'Alpe.

Cet article est un bonus web de la rubrique Grand Angle du n°236 de La Salamandre.

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