Fourrure de reines

Article extrait du dossier Tous à poils!
Les poils de l'abeille ont de multiples fonctions, notamment thermorégulatrice. En hiver, celles-ci se réunissent souvent en grappes pour améliorer encore l'effet isolant. / © Gilbert Hayoz

Grâce aux soies qui la recouvrent, l'abeille dirige son vol, se réchauffe, se lance dans sa fameuse danse. Ou pactise avec les fleurs. Gros plan.

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Bzzz, bzzz… Une abeille s'active. Sa tignasse fauve poudrée d'or dépasse de la corolle d'une mauve. Pourquoi tant de poils sur sa tête, ses pattes, son abdomen ? L'entomologiste Christophe Praz propose une explication : « Si elles sont si velues, c'est probablement parce qu'elles sont apparues dans des zones désertiques. Dans ces milieux, leur pilosité originale les protège et limite les pertes d'eau. Ce ne sont pas de simples poils, ils sont souvent pectinés, c’est-à-dire divisés comme des plumes. Cette particularité les différencie des guêpes. »

Dans son laboratoire de l'Université de Neuchâtel, le chercheur invite à observer des spécimens de plusieurs espèces d'abeilles. Sous la loupe binocculaire apparaissent des poils de toutes sortes. Certains applatis, d'autres plus fins, parfois clairement barbelés ou divisés, ils se dressent sur les pattes, le corps, les antennes et même à la surface des ailes. Désignant une espèce pourvue d'une couverture claire et cotonneuse, le biologiste ose une comparaison « Vous ne trouvez pas qu'elle ressemble à un gros nounours ? » Il ajoute : « Les insectes de milieux plus froids possèdent une fourrure dense et plus sombre pour capter les rayons du soleil et se protéger du froid. »

Cette isolation permet aux abeilles de rester actives quand les autres insectes sont cloués au sol, frigorifiés. Abeilles et bourdons sont en effet capables d'élever leur température grâce à des contractions rythmique des muscles de leurs ailes. Leur manteau permet de conserver la chaleur ainsi produite. Chez les bourdons, les chercheurs ont pu mesurer un échauffement de 30°C au-dessus de la température ambiante. Une performance qui leur permet d'être les tout premiers à se ruer sur les nectars printaniers.

Equilibrée

Le corps des abeilles est également parsemé de poils sensitifs. Au gré des courants d'air, certains servent de capteurs de vol. Chez l'abeille domestique, on a mis en évidence des poils signalant l'orientation du haut et du bas. Situés entre la tête et le thorax, ils sont stimulés en fonction de la position de l'insecte. Cette perception est essentielle pour se livrer à la chorégraphie complexe de la danse des abeilles.

Plein les pattes

Lorsqu'une abeille visite une fleur, le pollen libéré par les étamines saupoudre ses poils. Une fois sa toison bien chargée, l'animal se brosse de pied en cap avec ses trois paires de pattes. Les gestes sont effectués avec une extrême rapidité, souvent en vol. Dans le cas des abeilles domestiques et des bourdons, la récolte est transférée sur les deux pattes arrière, dans des structures appelées corbeilles. Ce sont des zones lisses, bordées de longs cils. Un poil robuste dressé au centre permet d'ancrer la boulette jaune. « Chez les autres abeilles, ce sont des touffes de poils spécialisées qui assurent le stockage sur les pattes ou sous le ventre. On parle alors de brosse collectrice» , souligne le chercheur suisse.

Pacte avec les fleurs

On compte plus de 16'000 espèces d'abeilles sur la planète. Un véritable succès de l'évolution auquel a certainement contribué la récolte du pollen, aliment riche en protéines. L'histoire a débuté il y a près de 200 millions d'années, avec les premières plantes à fleurs. Celles-ci ont acquis la collaboration des insectes pour leur pollinisation. Pour favoriser la récolte, les fleurs ont développé d'attrayantes corolles, sécrété des nectars mais aussi modifié leurs grains de pollen : plus gros, plus collants, avec parfois à leur surface des prolongements. Des sortes de poils, pour mieux s'accrocher à ceux des insectes.

Ça patine sur la toile

Chez les araignées, les poils sont de véritables organes sensoriels. / © Gilbert Hayoz

Les araignées comptent beaucoup sur leurs pattes et leur corps hérissés de poils, comme cette épeire en promenade sous une feuille d'ortie. Certains d'entre eux sont plumeux et extrêmement sensibles aux vibrations de l'air. Aucun son ni mouvement de proie ne peut leur échapper. D'autres poils de ce prédateur redoutable sont tactiles ou olfactifs.

A l'extrémité de ses pattes, la bête porte des patins antidérapants. Les araignées qui vivent sur des toiles régulières se déplacent de fil en fil en les pinçant entre leurs griffes et de solides poils striés. D'autres espèces possèdent des coussins formés de poils évasés à leur extrémité en une sorte de papille munie d'aspérités. Cette structure à l'adhérence exceptionnelle permet l'escalade de murs ainsi que la marche sur l'eau. Malheureusement, elle reste inefficace sur les parois lisses des baignoires, pièges à araignées par excellence.

Couverture de La Salamandre n°202

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 202
Février - Mars 2011
Article N° complet

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