Aimer les loups et les moutons

Article extrait du dossier Le loup parmi nous
© Jean-Philippe Paul

Jean-Marc Landry croit en la cohabitation entre le loup et le pastoralisme. A l'occasion de la création de sa nouvelle fondation, il raconte son espoir à La Salamandre.

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Jean-Marc Landry, votre engagement pour le retour du loup a plus de 25 ans. Les choses évoluent-elles ?

Oui et non. Je retrouve toujours les mêmes rengaines qu'au début avec cet espoir qui anime toujours certains de pouvoir éradiquer le loup. Toutefois, je constate aussi depuis trois ans que de plus en plus d'éleveurs et de bergers sur le terrain souhaitent trouver des solutions durables pour la protection de leurs troupeaux et en ont assez des discours extrêmes. Ils se sentent aussi pris en otage par certains représentants de la profession qu'ils ne voient jamais sur le terrain. Cela m'est arrivé à plusieurs reprises, lors d'un débat ou d'une présentation, que des éleveurs tempèrent certains de leurs collègues qui nous attaquent de front. Je ne me rappelle pas d'avoir vu cela auparavant.

Les différentes sous-populations de loups européens augmentant, il est également probable que la protection du loup va passer d'espèce strictement protégée (annexe II la Convention de Berne) à espèce protégée (annexe III comme le lynx, les cervidés et bovidés). Mais je ne sais pas si cela va changer grand chose car la France tire déjà plus de 10 % de sa population de loups... mais ceci est un autre débat.

Pourquoi une Fondation aujourd'hui ?

Je pense qu'il fallait sortir des extrêmes et proposer autre chose. Les pro et anti loup exigent toujours de nous positionner dans un camp ou l'autre. Je veux proposer une troisième voie où il est permis d'aimer les grands prédateurs et en même temps de soutenir le pastoralisme et d'apprécier la compagnie des éleveurs et des bergers. Je pense qu'aujourd'hui l'avenir du pastoralisme et celui des grands prédateurs sont liés. Je souhaite également offrir une plateforme d'échanges pour les éleveurs et les bergers sous la pression de leurs collègues ou pour des associations d’éleveurs, bergers et associations de protection de la nature qui ont la même vision que la Fondation Jean-Marc Landry.

Jean-Marc Landry FJML loup

Jean-Marc Landry, fondateur de la FJML / © Nathan Horrenberger

de plus en plus d'éleveurs et de bergers sur le terrain souhaitent trouver des solutions durables (Jean-Marc Landry)

La fondation va surtout se focaliser à l'international car il y a déjà beaucoup d'institutions comme le KORA, Agridea, l'association des chiens de protection suisse qui s'occupent du dossier suisse. Nous prévoyons de collaborer avec des scientifiques et des éleveurs portugais et espagnols sur les interactions entre loups et bovins et équins, l'objectif étant d'améliorer la protection des veaux et des poulains. Personnellement, je souhaiterais également contribuer à trouver des solutions pour venir en aide à des éleveurs qui doivent faire face à la prédation du léopard des neiges, des loups et des chiens errants dans certaines régions de l'Himalaya.

La mystification du loup, qui le diabolise ou qui au contraire l'idéalise, serait-elle son pire ennemi ?

Je pense que le loup est fantasmé par les uns et les autres et qu'effectivement cela ne l'aide pas. L'un des objectifs de la fondation est de vulgariser les connaissances scientifiques pour démontrer que le loup n'est ni un ange, ni seulement un prédateur, mais un carnivore qui a évolué pendant 40 millions d'années et qui essayent de survire dans "notre" monde.

Etes-vous optimiste pour le Loup en Suisse et en France ?

Oui, je pense qu'il ne s'agit que d'une question de temps. Le loup n'est que le révélateur de problèmes bien plus profonds. Plus facile de taper sur le loup, que de résoudre les vrais problèmes. Je serai plus inquiet pour l’avenir de l'agriculture extensive (CETA, Monsanto, etc...) et la qualité futur de notre alimentation. Il suffit que l'Europe décide de supprimer les subventions ou de les diminuer pour que tout le système s'écroule. Et puis la population d'éleveurs, en tout cas en France, continue de vieillir. Ils sont et seront remplacés surtout par des néoruraux qui n'ont pas tous la même perception du loup.

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Chiens et moutons / © Jean-Marc Landry

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Retrouver tout le dossier Le loup parmi nous de la Salamandre n° 237.

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