Finges, Bille en tête

Au coeur du bois de Finges coule un Rhône encore sauvage / © Stefan Zurschmitten

Magique bois de Finges. Ses frondaisons ont inspiré les poètes, les peintres et les écrivains. L'esprit de la forêt, puissant et mystérieux, accompagne chaque pas.

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J'ai abordé Finges comme on pénètre un lieu envoûté, un site sacré où l'Histoire s'est délestée de ses marques indélébiles. Avec respect et envie, mais sur la pointe des pieds. Ce bois de pins et de chênes, pris en étau entre Rhône puissant, cône de l'Illgraben et pentes d'éboulements glaciaires, je l'avais jusqu'ici seulement lu, jamais vu. C'est en dévorant les récits oniriques de Corinna Bille que j'avais rêvé ses frondaisons, humé le parfum de sa pinède, découvert quelques-unes de ses légendes.
L'auteure valaisanne (1912-1979) m'avait appris que Finges était un lieu de partage, une étape relationnelle. Je voulais le vérifier.

Bois de Finges / © Nicolas Sauthier

Du haut de ses collines, à proximité de Sierre, on embrasse d'un regard l'étendue de la forêt, le bois qui adhère aux formes de la vallée alpine en une union quasi religieuse. Une étreinte profonde. Une sensualité, découverte chez l'écrivaine dont les personnages, si souvent féminins, trouvent un érotisme très pur dans la végétation des lieux. « Je me suis unie au bois, Plus mystérieux que l'époux » , versifie Corinna Bille dans son poème « Noces sylvestres ».
Finges est un bois où l'échange est roi : il marque la frontière du Bas et du Haut, du Valais romand de l'alémanique. Un site de passage, une porte d'accès à l'autre, à l'ailleurs. A la rencontre. Celle des hommes et des femmes qui le parcourent, mais celle, surtout, d'une nature préservée, ancestrale, issue de la renaissance de la forêt partie en fumée à la fin du XIXe siècle.

Milieu humide du bois de Finges / © Nicolas Sauthier

Sur le chemin qui mène de Loèche à Sierre, les cadeaux sont innombrables. Minéraux, avec ces rejets d'un Rhône encore sauvage, « dragées roses et bleues, billes veinées (...), tous cailloux à images » , comme les décrit la femme de lettres. Végétaux avec ses diverses variétés de pinèdes – à laîche humble, blanche ou à bruyère ; floraux avec ces très rares violiers du Valais, ces orchis militaires ou ces bugranes naines.

Violier du Valais / © Nicolas Sauthier

D'un coup de jumelles, on apercevra avec un peu de patience le petit gravelot ou le chevalier guignette jouant avec les vagues du fleuve. Forêt originelle, Finges s'abandonne en nous. « La voix des arbres est la seule qui parle » , chuchote Corinna Bille. A nous d'ouvrir nos oreilles et notre cœur à ce que ce bois enchanté entend nous dire.

Chevalier des berges

On peut observer dès avril un petit échassier de la taille d'un merle, trottinant sur les plages de sable et les galets du Rhône et piquant ici et là quelque larve de trichoptère. C'est le chevalier guignette, dont une dizaine de couples nichent dans la zone alluviale, un nombre exceptionnel. Ce migrateur d'un brun assez terne, poitrine claire et bandes blanches sur les ailes, pourrait être pris pour une bergeronnette grise, dont il partage les continuels mouvements de queue et de tête. Mais il est bien plus farouche qu'elle. La femelle cache son nid sur les îles semées d'argousiers ou d'autre épineux, sans doute pour se mettre à l'abri des regards comme des prédateurs. Elle pond en général quatre œufs jaune crème aux taches rousses ou violacées. Dès fin juillet, ces limicoles – entre 75 et 120 couples en Suisse – reprennent le chemin de l'Afrique, de l'Inde ou de l'Asie.

Chevalier guignette / © Gilbert Hayoz

Itinéraire

Accédez à la carte détaillée de cette balade dans le PDF en bas de page.

La traversée du bois de finges

Loèche > Sierre

durée: 3h30

  • Quitter la gare de Loèche par le sous-voie au fond du parking, en direction de Sierre (1).
  • Traverser le pont, puis passer en dessous. Observer le matériau clair et sableux charrié par l'Illgraben (2).
  • Quitter la route carrossable pour suivre le sentier menant au domaine agricole de Turriljini. Chemin faisant, on traverse le canal (3) creusé à travers le bois de Finges pour alimenter les fours d'Alusuisse à Chippis.
  • A la hauteur de (4), emprunter le chemin qui file en direction du Rhône. La pinède à laîche blanche fait place à une pinède pionnière dense ou ouverte.
  • Reprendre le chemin principal (5) et rejoindre les étangs (6). Au point (7), prendre le second sentier quittant la route carrossable sur la gauche. Suivre l'itinéraire tracé sur la carte jusqu'à la sortie du camping (8).
  • On peut à cet endroit prendre le car postal jusqu'à la gare de Sierre ou y aller à pied : emprunter le sous-voie, longer la route cantonale jusqu'au giratoire (9). Partir sur la gauche, puis prendre la 1ère à droite. Apprécier la vue sur le lac de Géronde et les deux étangs artificiels de ce quartier résidentiel (10). Après l'épingle à cheveux (11), traverser l'esplanade de la HES .

Le pont bhoutanais

Boucle Loèche-Loèche

durée: 2h00

  • Même début de parcours que ci-dessus jusqu'au point (1).
  • Longer la route jusqu'à la carrosserie (12), puis grimper au plus près de l'Illgraben par le petit sentier (13).
  • Suivre la sente puis la route carrossable jusqu'au pont suspendu. Admirer le chorten, traverser les 134 m de l'édifice puis redescendre à travers la pinède en suivant le sentier balisé.
  • Au carrefour (14), bifurquer sur la droite puis se laisser guider jusqu'à la sortie de la forêt qui marque aussi la fin du parcours Vita Sierre-Leuk (15). Rejoindre la gare.

Accès en transports publics

Par le train vers Sierre ou Viège, puis Loèche cff.ch

Hébergement et tuyaux gourmands

Valais Tourisme. +41 (0)27 327 35 70

Chambres d'hôtes, pour une recherche par lieux

Camping Bois de Finges, à l'entrée ouest (Sierre) du Parc. +41 (0)27 455 02 84

Villa Bayard, à Sierre. Restau-lounge-chambre d'hôtes sympa, avec terrasse pleine de verdure, en plein cœur de la ville. +41 (0)27 455 13 22

L'atelier gourmand. La brasserie de Didier de Courten, l'un des meilleurs cuisiniers de Suisse. De la haute gastronomie à prix doux. +41 (0)27 455 13 51

Les règles d’or

  • Ne cueillir aucune fleur. Observer, admirer, ne pas toucher.
  • Les chiens sont tolérés, mais les tenir en laisse.
  • Cette région est la plus sèche de Suisse. Le feu est évidemment à proscrire. Et attention aux mégots !
  • Rester sur les chemins balisés.

Eclairage par Jérôme Vieille

Jérôme Vieille

Jérôme Vieille

Jérôme Vielle est un « ancien » du bois de Finges. Il a travaillé durant cinq ans au sein de l'association du même nom et guidé de nombreux groupes dans la pinède. Aujourd'hui travailleur social, il se replonge avec délices dans cette forêt et cette région qu'il connaît sur le bout des orteils.

A) Salquenen et son papillorama « Tout au nord du vieux village vigneron, gagnez le bas des vignes et observez les ribambelles de lépidoptères qui vivent dans ce biotope particulier. Vous y trouverez, entre autres, l'azuré du baguenaudier ou, plus rare encore, l'hespérie de la Malope, sauvé in extremis en Valais par Pro Natura et le Parc naturel de Finges. »

Mélitée posé sur un orchis militaire / © Nicolas Sauthier

B) Le secret du Pfyfoltru « Varone, autre village planté au milieu des vignes, est le producteur du Pfyfoltru – papillon en dialecte haut-valaisan –, un vin de pinot noir à la production respectueuse de la nature. Le petit bourg dispose d'un charme certain et offre un coup d'œil fabuleux sur le bois de Finges et sa diversité paysagère. Rendez vous sur le parvis de l'église pour bénéficier d'un large panorama. »

C) Le toboggan de l'Illgraben « L'un des chenaux de lave torrentielle les plus actifs des Alpes suisses. Il charrie, dans le lit de l'Illbach, d'impressionnantes masses de calcaire, de quartzite ou de dolomie en cas d'orage. En raison de ces coulées régulières, le Rhône n'a jamais pu être canalisé dans la région de Finges, d'où son paysage alluvial exceptionnel. »

D) Un air d'Himalaya « Le pont bhoutanais, au-dessus de Loèche, a été élaboré au sein du royaume himalayen puis construit ici dès 2002, en gage de solidarité entre les régions de montagne. C'est une manière originale d'aborder le Parc naturel de Finges. Depuis le pont suspendu, on peut admirer un panorama splendide sur la vieille ville de Loèche et sur la pinède. »

Couverture de La Salamandre n°209

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 209
Avril - Mai 2012
Article N° complet

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