Fermez les yeux, respirez…

Article extrait du dossier Parfums sauvages
Froissez et humez la lavande: cette lamiacée pourrait résumer le sud à elle toute seule. / © Diego Comer

Le temps de froisser une feuille de menthe que, déjà, l’effet fraîcheur nous envahit. Dans son sillage, le souvenir d’un lieu, d’un moment. Bord de rivière, sous-bois moussu, terrain aride ou prairie veloutée, balades olfactives dans quatre paysages intimes.

Avatar de Karine Poitrineau
- Mis à jour le
Article d'origine par

En plein Midi

Chant des cigales. L’air vibre de chaleur et d’essences odorantes. Dans la garrigue caillouteuse, des plantes chétives transpirent en symphonies aromatiques. Romarin et thym mettent l’eau à la bouche. Les yeux fermés, on rêve de grillades et de savoureux gratins. Plus loin, un pistachier térébinthe s’emploie à remonter le temps : armoires anciennes, vieux buffet verni, peinture à l’huile craquelée… De ses épines, le genévrier cade griffe les chevilles et dégage un souffle de résine, d’encens. Et là, sous les semelles, c’est l’explosion. Froissées, la rue officinale et la psoralée bitumineuse lâchent des tornades olfactives, des accords complexes et brutaux. Tandis que la première délivre un incroyable cocktail d’agrumes baigné de camphre et de métal chaud, la seconde englue le nez dans un goudron poisseux. Entre nausée et fascination.

Fragrances forestières

Fougère / © Gilbert Hayoz

Dans le sous-bois à l’ombre si convoitée, les narines s’emplissent de senteurs d’humus, de champignons et de mousse. Ici ou là, la note rafraîchissante d’une menthe suave à peine effleurée répond à la résine d’un pin martelé par un pic ou à l’acidité d’une fourmilière remuante d’ouvrières. Bruissantes, les fougères aigles tentent de faire barrage au promeneur tout en répandant autour d’elles une puissante fragrance verte. D’un coup, les sens sont en alerte : ça sent le fauve ! Un renard est-il passé dans cette sombre coulée ? Pas sûr : en suivant l’odeur fugace, on tombe nez à feuilles avec une germandrée des bois.

Respirez à plein nez les parfums de la nature

Menthe pouliot (Mentha pulegium) / © odze-fotolia.com

Menthe à l’eau

L’eau murmure sur les galets au milieu des taches de lumière qui filtrent du feuillage. Il plane une légère odeur de vase. Son âcreté a des accents animaux. Sur la berge, la végétation s’étale en doux tapis. Qu’on ose y frotter ses bottes boueuses et voici révélées les matières variées de son tissu : senteur d’herbe verte coupée, parfum râpeux du lierre terrestre hésitant entre sauge et cèpe séché, ciboulette appétissante qui se dresse en touffes souples. Et voici la plus pénétrante, à la personnalité majestueusement affirmée, la menthe pouliot. Sa fraîcheur presque pharmaceutique balance entre gomme à la chlorophylle, bonbon à la réglisse et pommade camphrée. Plus tard, son parfum résumera à lui seul la fraîcheur des rives.

Respirez à plein nez les parfums de la nature

Coquelicot / © Benoît Renevey

L’odeur est dans le pré

Au bord de la prairie en fleurs, une brise estivale caresse le sommet des herbes folles et transporte une odeur chaude. C’est le foin, le nectar et le soleil. Les mélilots jaunes poudrent d’or de grandes étendues et chargent l’air de miel. Charmé, on part à l’aventure dans la mer onduleuse de tiges hautes. Les coquelicots froissés se signalent d’une note doucereuse et amère. Les armoises s’entourent d’une puissante aura de liqueurs anciennes. Bousculées, les marguerites lancent leur parfum musqué et âcre comme un reproche.

Couverture de La Salamandre n°198

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 198
Juin - Juillet 2010
Article N° complet

Articles sur le même sujet

Réagir