L’estuaire vu du fleuve

L'estuaire de la Loire est un site de grand intérêt pour les oiseaux et les plantes. / © Catherine Levesque

Au cœur de l’estuaire de la Loire, prairies humides et roselières abritent sur chaque rive une grande diversité d’oiseaux et de plantes. Découverte à vélo entre Nantes et l’océan.

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C’est d’abord une belle surprise verdoyante. A peine a-t-on quitté la métropole nantaise que l’on chemine le long des prairies humides et des étiers bordés de frênes têtards. Difficile de saisir ce vaste espace d’un seul regard. Nous sommes dans l’estuaire, mais la Loire reste invisible, du moins pour l’instant. Le fleuve star se fait attendre. On sent que l’océan n’est pas très loin non plus. Ses eaux salines luttent en silence contre les eaux douces et la rencontre des courants contraires bouillonne – aestuare en latin –, à l’origine du mot estuaire.

Les épis pourpres des salicaires constituent la seule entorse au vert omniprésent. Inutile de pédaler bien longtemps pour croiser une cigogne blanche. Il faudra en revanche être plus chanceux pour entendre le râle des genêts au crépuscule : on comptait 20 mâles chanteurs il y a dix ans, hélas plus que deux l’an passé.

Spatule blanche / © Erwan Balança

Sur les pas d’Audubon…

Premier arrêt à l’écluse de la Musse. Les nombreux ouvrages hydrauliques du marais ont dompté le niveau des eaux. On limite leur montée l’hiver en les rejetant vers la Loire. C’est l’inverse l’été quand elles viennent à manquer. L'ornithologue, naturaliste et peintre Jean-Jacques Audubon fréquenta beaucoup ce marais dans sa jeunesse, vers 1800. Il le connut sous une tout autre physionomie.

Le chant nerveux de la bouscarle nous ramène à la réalité d’aujourd’hui. La Loire a été rétrécie, endiguée, et ses anciennes îles sont rattachées à la rive. On rêve de voir surgir le miroir de la gorgebleue : mille couples d'une sous-espèce nantaise nichent dans l’estuaire. Mais seuls les bagueurs aguerris peuvent faire la différence ! Sur un piquet de clôture, une pie-grièche écorcheur quémande quelque nourriture.

Angélique des estuaires / © Catherine Levesque

Le long du canal

L’attente du bac qui mène à la rive sud laisse le temps de contempler les ombelles de l’angélique des estuaires, une robuste plante protégée qui pousse sur les berges. Une fois de l’autre côté, le long du canal de la Martinière, un renard surpris se fige sur le sentier enherbé.
Une chance pour le promeneur, il n’est pas nécessaire de pénétrer dans la réserve du Massereau pour observer sa héronnière, la plus importante de l’estuaire. Le chemin des Carris n’a pas pour seul mérite de nous rapprocher du fleuve. Il offre un beau panorama sur cette ancienne île ligérienne où foisonnent joncs, carex, phragmites, guimauves officinales… Quelques hérons garde-bœufs sur la rambarde du pont, de jeunes bergeronnettes printanières agitées, le chant d’une rousserolle turdoïde et, au bout du chemin, la Loire. Tout près. Ses eaux turbides à nos pieds.

Cardères / © Catherine Levesque
Phragmite des joncs bagué

Phragmite des joncs bagué / © Erwan Balança

Phragmite sous haute surveillance

L’estuaire de la Loire représente une halte migratoire de première importance pour le phragmite aquatique. On le distingue du phragmite des joncs par son trait blanc sur le milieu de la tête et ses stries sur les flancs. Cette fauvette aquatique d’une dizaine de grammes est le passereau le plus menacé d’Europe. Or la totalité de ses effectifs transite par les roselières de l’estuaire en migration postnuptiale, à partir de fin juillet. Une halte essentielle à sa survie au cours de sa longue route vers les quartiers d’hivernage africains. « Ils restent cinq ou six jours sur le site pour s’alimenter », précise Franck Latraube, bagueur depuis une dizaine d’années et animateur au niveau régional du Plan national d’actions du phragmite aquatique.
Les causes de son déclin étant principalement liées à la destruction de son habitat, ce plan vise à mettre en place des mesures favorables à sa conservation. Par exemple la suspension des fauches hivernales des roseaux, qui lui est préjudiciable.

Itinéraire

Accédez à la carte détaillée de cette balade dans le PDF en bas de page.

Grand parcours

Les marais d'Audubon, rive nord

distance: 20 km,

durée: 2 h à vélo

  • Depuis la gare de Couëron, rejoindre la Gerbetière (2,5 km) (rue de la Gare, rue Henri-­Gautier, Bd Blancho, rue Arsène-Leloup) jusqu'au rond-point (1).
  • Au giratoire, s'engager­ dans la rue des Chardonnerets.
  • Tourner à gauche rue J.-J.-Audubon, puis aussitôt à droite rue des Mésanges (2).
  • Continuer jusqu'à l'Arche du Dareau (chantier naval Fouchard) via la rue des Chardonnerets, la rue des Mésanges, la rue des Eperviers puis la rue de la Sensive (3).
  • Prendre à droite après l'écluse du Dareau et continuer sur 2,5 km jusqu'au croisement (4).
  • Prendre à gauche le long de l'étier de la Musse jusqu'à l'entrée de la réserve de chasse des Baracons, après l'écluse (5).
  • Revenir jusqu'au croisement précédent et prendre à droite.
  • Tourner à gauche au premier croisement (6).
  • Revenir à la Gerbetière et gagner le bac du Paradis via le bd de l'Océan (D91), qui mène à l'embarcadère (7).

Petit parcours

Du bac du Pellerin au chemin des Carris, rive Sud

distance: 16 km

durée: 1h30 à vélo

  • A partir du bac du Pellerin (8), suivre les panneaux de la Loire à vélo pour rejoindre l'itinéraire qui longe le canal de la Martinière (9), jusqu'au Quai Vert, au Migron (10).

Se dégourdir les jambes

Le chemin des Carris

durée: 1 h à pied

  • Au niveau du Quai Vert (10), passer le pont au-dessus du canal et suivre le chemin qui mène à la Loire.

Accès en transports publics

TGV direct Paris-Nantes (2 h 10). Horaires sur voyages-sncf.com

Location de vélos à Nantes : Détours de Loire, allée Maison-Rouge, 44000 Nantes.
Tél. +33 240 48 75 37. TER Nantes-Couëron (15'), transport des vélos possible en dehors des heures de pointe.

Hébergement, tuyaux gourmands et activités

L'hôtel d'Orléans, à Nantes, possède un local à vélo. Pratique !

L'Atelier 88 : des chambres d'hôtes dans le hameau de Launay, nichées dans un formidable jardin.

Le Château du Pé, au Pellerin

Le Relais du Migron, à Frossay, et sa formule imbattable à 8 €. Tél. +33 240 39 89 04.

Le Paradis, embarcadère de Couëron. +33 240 43 28 81.

Règles d’or et conseils

  • Les prairies sont privées, n'y pénétrez pas.
  • Ne dérangez pas les animaux et ne cueillez pas les fleurs.

Eclairage par Franck Latraube

Franck Latraube

Franck Latraube

Diplômé d’écologie, Franck Latraube a effectué de la recherche appliquée à la conservation des oiseaux d’eau pour différents organismes. Il a beaucoup travaillé en Brenne (36), sur les guifettes, avant de s’investir dans la gestion de réserves sur l’estuaire de la Loire. Responsable des actions de baguage et du plan régional d’action « Phragmite aquatique », il accompagne aussi des projets d’aménagement.

A) Observatoire artistique « L’artiste Tadashi Kawamata a conçu une œuvre pérenne à Lavau-sur-Loire, sorte d’observatoire en bois au milieu des prairies inondables. Au départ du « port » de Lavau-sur-Loire, un sentier, puis une passerelle en bois de 800 m cheminent dans les roselières pour y accéder. Là-haut, le regard embrasse à 360° les marais, le canal, la Loire… »

B) Jumelles obligatoires « J’ai été conservateur de la réserve naturelle du Massereau, qui se visite avec un guide sur réservation. Depuis son observatoire, on peut facilement voir des sarcelles d’été et d’hiver, des grèbes castagneux, des chevaliers guignettes, voire des spatules blanches. »

C) Pour actifs et passifs « La pêcherie communale de Corsept, en aval du Pellerin, peut se louer le temps d’une marée pour découvrir la pêche au carrelet. Ou pour observer les oiseaux sur les vasières. »

D) Lieu de convergence « Le long du canal de la Martinière, dans le village de Migron, le Quai Vert est un lieu atypique d’exposition et d’accueil qui propose des locations de canoës, de tandems et des sorties ou rallyes nature. »

Couverture de La Salamandre n°210

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 210
Juin - Juillet 2012
Article N° complet

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