Les rois du slow sex

Rencontre amoureuse de deux escargots / © Heidi & Hans-Jürgen Koch

On croyait tout savoir sur la sexualité des escargots. Erreur ! Inventaire des curiosités entre faux et vrais fantasmes.

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Tous les escargots sont hermaphrodites.

Faux ! Quelques espèces terrestres appartenant au groupe essentiellement marin des escargots prosobranches font exception. Chez ceux-là, les deux sexes sont séparés, la coquille se ferme avec un couvercle calcaire et les yeux sont situés à la base d'une unique paire de tentacules. Les mâles se reconnaissent à la forme particulière de l'un de ces deux appendices. Il est chargé le moment venu d'enfoncer les spermatozoïdes dans l'orifice génital des femelles.
Chez tous les autres escargots dits pulmonés, grand groupe auquel appartiennent les limaces, on est hermaphrodite de père-mère en fils-fille. Pratique ! Pour badiner, il suffit de remonter la trace du premier venu sans risque de se retrouver avec un individu du mauvais sexe.

Quand on porte les deux sexes dans le ventre, il arrive qu'on se féconde soi-même.

Vrai ! Chez certaines limaces, l'autofécondation a été observée. Mais tout est fait chez les escargots pour éviter ce genre d'accident. Sans doute est-ce pour cela qu'ils possèdent l'appareil génital le plus compliqué au monde. Un prodigieux labyrinthe de conduits et de vésicules maintient les deux sexes aussi séparés que possible. Précaution supplémentaire, chez l'escargot petit-gris, les spermatozoïdes sont mûrs un peu avant les ovules, ce qui règle le problème.

L'accouplement peut durer des jours…

Un peu exagéré ! Mais il est vrai que de manière générale les mollusques prennent leur temps. Chez l'escargot de Bourgogne, les deux partenaires passent une dizaine d'heures à se bécoter ventre contre ventre et à se caresser du tentacule avant d'en venir aux choses sérieuses. Après les préliminaires, la copulation proprement dite dure deux bonnes heures. Chacun accole un pénis sorti pour l'occasion du côté de la tête contre le vagin retroussé vers l'extérieur de son partenaire.

L'un des deux joue parfois au mâle et l'autre à la femelle.

Vrai ! Lors d'un accouplement, il arrive qu'un seul escargot transmette sa semence à l'autre. Certaines observations suggèrent qu'il y a des individus qui jouent plus volontiers au mâle ou à la femelle.

Les escargots se transpercent avec un dard d'amour.

Vrai ! Peu avant la pénétration proprement dite, l'animal sort en effet de sa poche un poignard de calcaire qu'il plante sans vergogne dans le pied ou parfois dans la tête de son partenaire.

L'orifice génital des escargots est situé sur le côté de la tête. L'excitation déploie les dards d'amour en calcaire, puis les deux pénis prêts pour une pénétration réciproque, ici chez l'escargot petit-gris. / © Gilbert Hayoz

La piqûre de ce dard agit comme un puissant aphrodisiaque.

Faux ! L'escargot l'utilise pour inoculer à son partenaire un cocktail d'hormones qui a une fonction beaucoup plus surprenante.
Au moment de l'accouplement, les spermatozoïdes sont échangés dans un petit paquet cadeau. Le receveur entrepose cette semence dans un recoin de sa spirale appelé bourse copulatrice, parfois en compagnie des cadeaux issus de précédentes rencontres… dans un piteux état. Car la bourse copulatrice est un enfer acide et corrosif qui ronge l'emballage des spermatozoïdes avant de les dissoudre. Pour s'en sortir, ils doivent s'échapper le long d'un interminable canal et rejoindre un secteur sécurisé. Seuls les plus vigoureux y parviendront… C'est là qu'intervient la sélection naturelle.
Alors, le dard ? Sa piqûre perturbe le fonctionnement du piège à spermatozoïdes en leur laissant plus de temps pour s'échapper. Cela privilégie par conséquent la descendance du piqueur. Entre deux caresses, les mollusques jouent une partie d'escrime au ralenti où chacun tente d'esquiver le dard de l'autre.

Le dard d'amour des gastéropodes n'a rien de tendre. C'est une dague de calcaire dure qui mesure jusqu'à 8 mm chez certaines espèces. Ici, l'arme est restée plantée dans le pied d'un petit-gris. / © Gilbert Hayoz

Certaines limaces ont un pénis plus long que le corps.

Bien pire encore ! D'ailleurs, la longueur de l'organe de certaines d'entre elles est même devenue un critère de détermination. Le record est détenu par Limax redii, un proche cousin de la limace léopard qui vit au sud des Alpes. Au moment de l'accouplement, les deux bêtes se suspendent dans le vide entortillées l'une à l'autre pendant des heures, puis elles laissent pendre à la verticale leurs deux pénis longs de 75 cm… Autrement dit cinq fois la longueur de leur corps. C'est là, quelques étages plus bas, qu'elles échangent leur semence.

Couverture de La Salamandre n°221

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 221
Avril - Mai 2014
Article N° complet

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