Là où le Rhône dépasse les bornes

En janvier, le Rhône a un débit de 330 m3/s. / © Sophie Giriens

A l’extrémité ouest de la Suisse, de curieuses pierres se dressent le long d’un sentier. Promenade hivernale le long de la frontière.

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Temps ensoleillé, 8°C en plaine. A 15 km au sud-ouest de Genève, le village de Chancy est plongé dans une torpeur hivernale. En arrière-plan, le Jura s’est coiffé d’un manteau blanc. Le léger redoux de ce mois de janvier a chassé la neige sur les hauteurs. Non loin de là, le Rhône gonflé par les eaux du Léman et de l’Arve poursuit sa route vers le défilé de l’Ecluse.

Vers l’ouest

Le sentier débute le long du Rhône, direction Vers-Vaux. Dans les prairies aplaties par la neige, seules des solidages séchées se tiennent debout, comme un pied de nez à l’hiver. Les eaux du fleuve brillent d’un bel éclat bleu-gris. Accompagnés du cri des pinsons, nous passons à proximité d’une presqu’île recouverte de saules et d’aulnes. Dans ce tableau gris, brun et bleu, des plantes ressemblant à des herbes dressées ajoutent une touche de vert. Ce sont des prêles d’hiver qui résistent au gel et peuvent former des tapis denses dans les sous-bois.

Frontière de pierres

Au moment de quitter les berges du Rhône, un curieux monolithe apparaît. C’est une borne d’environ 1 m de haut érigée après la Seconde Guerre mondiale pour marquer la frontière. Mais une autre pierre, plus symbolique, se dresse un peu plus loin sur le chemin. Gravée de l’écusson genevois et de l’aigle sarde, elle date de 1816. A cette époque, le Canton de Genève était entouré du Royaume de Sardaigne dont la Savoie faisait partie. Ce petit monument, appelée borne n° 1, constitue le point le plus à l’ouest de la Suisse.

Forêt enchantée

D’autres pierres nous accompagnent jusqu’aux bois de Chancy. Alors que nous gravissons le premier de cinq escaliers, le silence de la forêt est soudainement interrompu par un ricanement mélodieux. C’est un majestueux pic noir, dont la silhouette apparaît brièvement entre les arbres avant de s’éclipser derrière un grand hêtre.
Après la dixième borne, le sentier redescend dans le vallon du Longet. Ce petit affluent du Rhône est traversé par une passerelle suspendue. Les plumes gonflées par le froid, des mésanges charbonnières se chamaillent dans les branches dénudées. L’une d’elles se cache dans un buisson de houx, seul refuge à cette époque de l’année.

Laire de rien

Après avoir longé le bois des Bouchets, nous laissons derrière nous la borne 24. Voici enfin la Laire. Nonchalante, la rivière s’écoule lentement entre les galets et les petites plages de sédiments. On lui devine toutefois une nature plus sauvage car ses berges sont fortement érodées et semblent même parfois prêtes à s’écrouler. Finalement, le froid nous rattrape. Il est temps de boire un vin chaud bien mérité au village de Chancy.

Eclairage par Gabriel Goy

Gabriel Goy

Gabriel Goy

Gabriel Goy

Retraité

1949 Naissance à Versoix (Genève)

1953-1973 Enfance à Chancy

1968 Diplôme d’agriculteur

1972 Diplôme de laborantin en biologie

Depuis 1969 Collaborateur à Agroscope Changins

Emmitouflé dans son manteau, c’est d’un bon pas que Gabriel Goy traverse une région qu’il connaît par cœur, celle de son enfance. Non loin des berges du Rhône, il se rappelle: « Le fleuve m’a toujours fasciné. On allait d’ailleurs souvent y faire les zouaves avec mon frère. » A Vers-Vaux, les prairies qu’il labourait autrefois avec son père restent en friche pour l’hiver. « C’est heureusement un endroit qui est resté sauvage. » Et en effet, en ce mois de janvier, les promeneurs sont rares et les chaussures font craquer les tiges sèches de solidages et de cardères.

« Les solidages envahissantes étaient déjà présentes dans les années 1960, mais deux autres fleurs sont particulières à la région de Chancy et rares au niveau suisse : l’isopyre et la dent-de-chien. » Par une chance incroyable et après quelques inspections autour des Bois de Chancy, nous découvrons une pousse de feuilles tachetées. Une dent-de-chien a profité de l’hiver très doux pour accélérer sa germination. Il faudra toutefois attendre le mois d’avril pour admirer la belle fleur rose.

Entre les berges du Rhône, les forêts, la zone alluviale de la Laire et les pelouses sèches des Raclerets, la région foisonne de milieux différents, propices à une grande diversité. « C’est un site très important pour les oiseaux migrateurs et hivernants », précise le naturaliste. « J’ai vu aussi de nombreux reptiles, comme le lézard vert ou la couleuvre d’Esculape dans les steppes des Raclerets. » Sans oublier la loutre dont on chuchote le retour depuis quelques années dans le bassin genevois.

Itinéraire

Accédez à la carte détaillée de cette balade dans le PDF en bas de page.

Distance: 7,2 km

Dénivelé: 145 m de montée

Durée: 2h30

  • (1) Depuis l’arrêt Chancy Douane, prendre le sentier qui passe sous le pont de Chancy-Pougny et qui longe le Rhône.
  • (2) Suivre la route, puis descendre quelques marches d’escalier sur la droite et prendre à nouveau le chemin qui borde le fleuve.
  • (3) Après la passerelle, continuer sur le sentier le long de la lisière.
  • (4) A la borne n°1, prendre le chemin qui se dirige à l’est.
  • (5) 100 m après la barrière, le sentier part à droite dans la forêt.
  • (6) Après 5 volées de marches, vous arriverez à la borne 10. Suivez le panneau qui indique Chancy.
  • (7) Descendre dans le Bois des Trois Nants en suivant le panneau Bois des Bouchets.
  • (8) Prendre le sentier de droite et le suivre jusqu’à Chancy.
  • Au point (9), tourner à gauche et rejoindre le point (1).

Accès en transports publics

Chancy est joignable en bus. Horaires et correspondances sur [http:// cff.ch ](http:// cff.ch)

Manger & dormir

Chambre d’hôte Laire de Mary à Malagny +33 4 50 04 81 75 ou +41 79 262 65 84, http://lairedemary.com

Maison d’hôte La Colonie à Collonges +33 4 50 56 09 76, http://lacolonie.fr

Matériel & règles d'or

  • Bonnes chaussures, jumelles, habits chauds.
  • Tenir son chien en laisse pour ne pas déranger la faune.
  • Surveiller le Rhône et la Laire, le niveau de l’eau peu fluctuer rapidement.

Ailleurs dans la région…

A) Paradis à oiseaux Après Chancy, faites un petit détour dans les marais de l’Etournel. Avec son nombre impressionnant d’oiseaux migrateurs et hivernants, ce site protégé fait le bonheur des naturalistes.

B) Vuachement beau Le sommet du Vuache offre une vue imprenable sur Genève, le Salève et le Mont-Blanc. Tentez la randonnée à partir du village médiéval de Chaumont.

C) Muséum d’histoire naturelle Jour de pluie ? Pas de problème, vous pouvez faire un tour au Muséum d’histoire naturelle de Genève. En plus des expositions temporaires, le musée possède une collection incroyable d’animaux.

D) Se perdre avec la Valserine Un phénomène étrange se produit à Bellegarde : la rivière disparaît temporairement dans la roche. Une petite balade aux Pertes de la Valserine permet de découvrir les roches calcaires déformées par l’eau.

E) Libellule et truite En décembre, venez découvrir la vie et les amours de la truite à travers une excursion organisée par la libellule. Cette association genevoise propose également d’autres sorties sur de nombreux thèmes nature tout au long de l’année.

Couverture de La Salamandre n°237

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 237
Décembre 2016 - Janvier 2017
Article N° complet

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