Trois jours à Ouessant

A la jonction de la Manche et de l’Atlantique, le phare du Creac’h assure depuis 1860 la sécurité des milliers de bateaux qui empruntent chaque année le « rail d’Ouessant ». / © Aino Adriaens

Lieu-phare français de l’ornithologie, l’île d’ Ouessant, en Bretagne, attire chaque année des milliers d’oiseaux migrateurs et presque autant d’ornithologues. Un site sauvage à découvrir à pied ou à vélo.

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Sur Ouessant, on se lève à l’aube. A la lueur du phare du Creac’h. De bonne grâce, je me plie à la règle et me retrouve au pied du géant. Son faisceau transperce le brouillard, balaie la lande, effleure les roches, la mer et les écueils. Des ornithologues arrivent sur des vélos cliquetants. D’autres, déjà en place depuis le milieu de la nuit, surgissent de temps à autre de la brume, silhouettes oblongues flanquées de longues-vues. Venus des quatre coins de l’Europe, ils ne manqueraient pour rien au monde ce rendez-vous annuel avec les oiseaux migrateurs.

Séance de « seawatching » au pied du Creac’h. Les amateurs d’oiseaux guettent les migrateurs qui passent au large. / © Aino Adriaens

Escale obligée

C’est que le phare du Creac’h occupe une situation à nulle autre pareille. Posté à la pointe ouest de l’île d’Ouessant, il se trouve aux portes d’un couloir de migration qui draine chaque automne des milliers d’oiseaux en route vers la Méditerranée ou l’Afrique. D’une portée de 53 km, sa lueur attire loin à la ronde les voyageurs à plume égarés dans la brume ou la tempête. Venus de Sibérie, de Scandinavie ou d’outre-Atlantique, ils sont nombreux à faire sur l’île une escale salutaire.

Grives prisonnières

Ce matin, il n’y a ni tempête ni rafales, mais le brouillard a jeté dans la lumière du phare un groupe de grives mauvis. Prisonnières de ses rayons, elles tournent autour de l’édifice depuis des heures sans doute. J’entends leurs cris de détresse et espère avec elles le lever du jour qui les libérera. Autour de moi, les contours se précisent peu à peu. Des mastodontes de granit sortent de l’ombre, des lapins gambadent sur l’herbe roussie, des ornithologues se dispersent autour des buissons. Toute la journée, ils traqueront aux jumelles le PGS, alias pouillot à grands sourcils, la bergeronnette citrine, le pipit farlousane et autres raretés venues des Amériques.

Baies des phoques

Je m’éloigne à mon tour. J’ai hâte de découvrir les recoins de l’île qui sur la carte me font rêver : Porz Doun, Yusin, Arland… Il paraît que, partout, les côtes sont déchiquetées, qu’on peut voir des phoques dans les baies, qu’il y a des sources et des lavoirs au bord des sentiers, des murets en étoile et des maisons de pierre aux volets bleus. On m’a dit aussi qu’au large des écueils des dauphins se donnent parfois en spectacle sur fond de soleil qui se couche…

Craves en péril

Crave à bec rouge / © François Quénot

Ouessant abrite la plus importante colonie bretonne de craves à bec rouge, un petit corvidé, plus commun en montagne qu’en bord de mer. Bon an mal an, une douzaine de couples se reproduisent ici, dans les cavités rocheuses du littoral. Aujourd’hui, l’espèce est fragilisée par l‘abandon des pâturages et la pression touristique. Les craves se nourrissent d’invertébrés qu’ils dénichent dans les pelouses et les landes rases. Déserté par les moutons, le centre de l’île s’embroussaille et les zones de nourrissage des craves se limitent dorénavant à quelques secteurs du bord de mer. Constamment dérangés par les touristes en balade, les oiseaux ne parviennent plus à nourrir correctement leurs jeunes. Ces dernières années, les aléas de la météo (inondations printanières et sécheresses estivales) ont également perturbé la reproduction du corvidé.

En 2008, 460 m2 de pelouses ont été étrépées au profit du « ragoût dans les mottes ». Un réel problème pour les craves à bec rouge. / © Aino Adriaens

A ces problèmes s’ajoute encore la mode du « ragoût dans les mottes ». Remise au goût du jour par quelques restaurateurs ouessantins, cette tradition culinaire consiste à cuire le ragoût de mouton à l’étouffée sous des mottes d’herbes denses prélevées le long du littoral. Là où précisément les craves se nourrissent…

Itinéraire

Accédez à la carte détaillée de cette balade dans le PDF en bas de page.

Balade

Lampaul > Pern > Niou Izella

Durée: 3 h30

Distance: 12 km

  • Quitter le centre de Lampaul par l'ouest.
  • Après 150 m, prendre à gauche direction « Porsnoan », pour rejoindre le sentier côtier.
  • Suivre le littoral jusqu’au dédale granitique de la pointe de Pern (2), qui se prolonge par le phare de Nividic et ses deux pylônes.
  • Se diriger vers le nord-est, jusqu’au phare du Creac’h, qui abrite le Musée des phares et balises (3).
  • Continuer à longer la côte. Non loin du sentier, sur la droite, admirer le lavoir et la fontaine restaurée de Pors-Gueguen (N), ainsi qu’un mur de pierre à trois pans (appelé « gwasked ») qui servait jadis de paravent aux moutons d’Ouessant.
  • Poursuivre jusqu’au lavoir de Poull Bridic (4) et rejoindre à droite le hameau de Niou Izella. Au premier embranchement, tourner à gauche, passer devant l’écomusée (E) puis rejoindre Lampaul.

Prolongation

Durée: 45 min en plus depuis la plage de Yusin

  • Au point (4), continuer la balade littorale jusqu’à la plage de Yusin (5).
  • Là, suivre à droite le sentier qui s’enfonce dans la lande tourbeuse, direction « Keranchas ».
  • Il débouche sur le carrefour de Kervihan, en face de « La maison des couleurs ». Continuer tout droit jusqu’à Lampaul, par la route.

Accès en bateau

Navettes journalières depuis Brest (u 2 h15) et Le Conquet (durée: 1 h15). Compagnie Penn Ar Bed +33 (0)2 98 80 80 80

Accès en Train/bus

TGV direct Paris-Brest (3 h59)
+33 (0)8 36 35 35 35, minitel 3615 SNCF, sncf.fr : Bus jusqu’au Conquet.

L’idée week-end

L’île mesure environ 8 km sur 4, et offre 45 km de sentiers côtiers. Compter au moins 3 jours pour en faire le tour et s’imprégner de son atmosphère sauvage et paisible (pas de voitures !). Pour se déplacer, le mieux est de louer un vélo à l’arrivée sur l’île (3 loueurs, au port du Stiff et à Lampaul). Ne pas manquer la visite de l’Ecomusée du Niou, qui présente la vie traditionnelle ouessantine (+33 (0)2 98 48 86 37), ni celle du Musée des phares et balises (+33 (0)2 98 48 80 70). Le CEMO propose des animations « nature » en été.

Informations - Hébergement

Office de tourisme : Lampaul +33 (0)2 98 48 85 83

Centre d’étude du milieu d’Ouessant (CEMO): chambres à 3-5 lits et cuisine collective. Le meilleur endroit pour rencontrer des ornithologues, à 2 min du phare du Creac’h.+33 (0)2 98 48 82 65

Auberge de jeunesse : +33 (0)2 98 48 84 53

En saison

Itinéraire possible en toute saison. Les ornithologues choisiront l’automne (fin août à fin novembre) et le printemps, périodes de migration.

Règles d’or

  • Rester à distance des falaises en cas de fortes rafales.
  • Les sentiers côtiers sont interdits aux vélos.
Couverture de La Salamandre n°194

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 194
Octobre - Novembre 2009
Article N° complet

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