Galerie d’art à ciel ouvert

L'érable sycomore peut atteindre 30 m de haut. De quoi dominer les pâturages alentours... / © Benoît Perrotin

Solitaire mais solidaire, l'érable sycomore accueille en son écorce mousses, lichens, algues ou champignons. Une présence qui se décline en œuvres d'art. Vernissage !

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Des 200 arbres et arbustes qui constituent la famille des érables dans l'hémisphère Nord et les montagnes tropicales, une demi-douzaine seulement est présente en Suisse et en France. Parmi ces acéracées, le sycomore peut atteindre la taille de 30 m. Le Suédois Carl von Linné, père de la taxonomie moderne, l'avait nommé Acer pseudoplatanus . Pseudoplatanus car son écorce se détache en plaques avec l'âge et ses feuilles lobées rappellent le platane. Acer car ce mot latin signifie fort, intense ou dur. Comme son bois.

En vieillissant, la peau lisse de l'érable se crevasse peu à peu, devenant soudain incroyablement accueillante. L'ombre apportée par le feuillage et l'humidité qui perdure dans les fentes constituent un microclimat particulier favorable à un formidable collectif d'artistes. Mousses, algues et champignons se côtoient et parfois s'associent pour présenter une galerie d'œuvres aux structures inimitables, aux géométries sculpturales ou aux teintes éblouissantes dignes d'un Monet. Un art qui s'affiche parfois sur quelques centimètres carrés d'écorce seulement.

De nombreux visiteurs sont invités à ce vernissage en vert. Mais leur motivation n'est pas culturelle. Une foule de bestioles sont attirées par la profusion de nourriture, entre autres ces mousses et lichens rendus appétissants par les pluies d'automne qui ont arrosé les troncs. Les petits escargots, par exemple, rampent sur l'écorce pour consommer les tapis d'algues qui s'y développent. Les pucerons verts de l'érable profitent quant à eux de déguster encore un peu de la sève sucrée du sycomore avant que les feuilles ne tombent à terre.

« Immobile sur l'échelle, j'observe à quelques mètres, un pouillot véloce en quête de quelques insectes. » / © Benoît Perrotin

Ces arthropodes qui grouillent entre les mousses deviennent à leur tour source de nourriture pour de nombreux oiseaux. La sittelle torchepot, qui a niché dans une vieille loge de pic épeiche quelques mètres plus haut, descend tête en bas en tournoyant le long du tronc, picorant des araignées. Quelques grives brisent consciencieusement la coquille des escargots pour se nourrir de leur chair. Plus haut, entre les samares, un pouillot véloce sur le qui-vive en attente de juteux pucerons. Une bise noire de fin novembre déclenche une pluie de samares virevoltantes. Les dernières feuilles qui avaient résisté jusque-là s'abandonnent au vent. Bientôt, le gel figera encore plus la géométrie des lichens. Les artistes rangent leurs pinceaux ou leurs ciseaux et les visiteurs se font plus rares. Certains se cachent, d'autres meurent ou dorment. Comme l'érable.

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Couverture de La Salamandre n°212

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 212
Octobre - Novembre 2012
Article N° complet

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