La dynamique du méli-mélo

Article extrait du dossier Portraits de friches
Réséda jaune, très commune dans les friches et terrains caillouteux / © Hélène Tobler

Une friche se construit seule et évolue au fil du temps, au milieu des activités humaines qui grignotent son espace. Pleins feux sur cette macédoine d'herbes folles.

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Belles aux graines dormantes

Laissez un bout de terre nu et il sera très rapidement colonisé par la végétation. 95% des graines qui se développeront se trouvent déjà dans le sol. Celles de coquelicot ou de moutarde des champs peuvent germer après un siècle de dormance. D'autres, comme le bleuet, ne peuvent attendre qu'une dizaine d'années. Contrairement aux idées reçues, seules quelques espèces arrivent par la voie des airs, par le concours des animaux ou des hommes.

© Hélène Tobler

La fin des friches

Jusque vers le début du XIXe siècle, les terres agricoles se retrouvaient à l'état de friche après avoir produit des céréales durant une ou deux saisons. Cette pratique en jachère permettait de régénérer la terre. Elle fut peu à peu abandonnée au profit d'une intensification des cultures pour nourrir une population toujours plus nombreuse. La flore des friches a parfois trouvé refuge dans les zones urbaines, mais elle est aujourd'hui menacée par le bétonnage et la «réhabilitation» de terrains abandonnés.

Une friche c'est aussi une grande richesse structurelle: arbres, arbustes, herbes hautes et moins hautes se côtoient. / © Jérôme Gremaud

De la fleur à l'arbre

Coquelicot, bourrache ou silène sont les premières plantes à s'installer sur un sol abandonné. On les dit « annuelles » car elles accomplissent leur cycle de vie en une saison. Apparaissent ensuite les cardères, les mélilots ou le réséda qui déploient d'abord racine, tige et feuilles, puis fleurissent l'année suivante. Au fil du temps, les graminées et les buissons s'imposent. A terme, progressivement, la friche fleurie devient forêt.

Perdrix grises / © Jérôme Gremaud

L'habitat de la perdrix grise

Encore répandue en 1960 dans les régions de plaine, la perdrix grise a quasiment disparu de Suisse suite à l'intensification et à la mécanisation de l'agriculture. De nombreuses autres espèces des milieux cultivés ont subi le même sort. Pour inverser cette tendance, la Station ornithologique suisse et le canton de Genève ont mis en place il y a 20 ans un remarquable réseau de friches agricoles, les bandes-abri. Les densités d'hypolaïs polyglottes, de traquets pâtres ou de fauvettes grisettes atteignent des records. Les lièvres bruns abondent, et l'on peut désormais observer des lézards verts et le très rare cuivré des marais.
En parallèle, près de 3000 perdrix grises ont été relâchées dans la Champagne genevoise. Le suivi télémétrique de ces oiseaux emblématiques a prouvé que les deux tiers nichaient dans les bandes-abri. Les perdrix nées sur place ont un bon taux de survie. Plus de 250 individus ont été recensés l'hiver dernier, un score qui n'avait plus été atteint depuis les années 1980. Reste à savoir si elles parviendont à se reproduire assez bien pour que la population se maintienne à long terme.

© Jérôme Gremaud

Une friche en chiffres

195 espèces recensées, dont 7 repousses de plantes cultivées

Les 188 taxons spontanés représentent 13% de la flore présente à Genève

31 de ces espèces figurent sur la Liste Rouge suisse.

* Ces chiffres se basent sur une étude réalisée en 1995 sur plusieurs bandes-abris à l'endroit où se situe le terrain vague de Philippe Grand. On peut les considérer comme représentatifs.

En pratique

Comme Michaël Falkowski, répandez les herbes folles autour de vous !

Récoltez des graines de plantes des friches pour les inviter dans vos jardins, un beau geste à faire pour la biodiversité.

Couverture de La Salamandre n°209

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 209
Avril - Mai 2012
Article N° complet

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