Drôme insoumise

Les méandres libres de la Drôme / © Stéphane Morinière

Dans un écrin de forêt sauvage, les eaux bleutées de la Drôme divaguent sur un lit de galets mouvants. Froides et tumultueuses, elles sculptent le paysage au fil de leurs crues.

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Pour contempler la vallée de la Drôme, qui s'étend au sud-est de Valence, l'idéal est de prendre de l'altitude. Sur le dos du coteau de Brézème, on chemine dans une végétation aux accents méditerranéens. Même sèche et dépouillée, la lavande froissée dégage son pénétrant arôme. Bordée de montagnes poudrées de neige, la plaine en contrebas prend des allures désolées.

Un ruban d'eau tranche dans cette étendue. Sa couleur hésite en hiver entre le gris et l'émeraude. Son chemin divague en de multiples bras qui se divisent puis se rejoignent. Les méandres serpentent en amples virages, comme pour mieux s'attarder dans leur lit confortable. Le cours de la rivière a été modifié par endroits : on a tenté de la maîtriser par des digues rectilignes. Mais la Drôme s'échappe vite de cet étau : les hommes n'ont jamais vraiment pu dompter l'orageux caractère de l'insoumise, née des montagnes du Diois et du Vercors.
La rivière chante sa liberté en charriant des galets qu'on entend rouler et s'entrechoquer. Dans ces graviers lisses et propres frayent des poissons amateurs d'onde pure : le mystérieux apron du Rhône y trouve l'un de ses derniers refuges.

Bergeronnette grise / © eresus-nature-simon

Au fil des berges, on croisera souvent un chevalier guignette ou une bergeronnette. La furtive vision d'une loutre ne s'offrira que sur un très gros coup de chance, mais le promeneur attentif peut espérer repérer sa trace.

De crue en crue, la Drôme bouge. Ici, elle dépose des limons et des graviers, là elle scalpe des îlots et grignote les berges. Tresse d'eau mouvante, elle aménage ainsi autour d'elle une mosaïque de milieux. Dans les zones les plus sèches, les galets abandonnés sont colonisés par des pelouses rases : un milieu fragile comparable à celui de la Crau provençale. Ne pas se fier à son aspect désertique : orchidées et autres raretés botaniques ou entomologiques s'y plaisent. Là où l'humidité ne manque pas, la végétation foisonne : buissons, arbustes et arbres se succèdent et s'entremêlent. Les « ramières », nom local de la forêt riveraine, comptent plus d'une centaine d'espèces d'arbres : une diversité exceptionnelle en France. Essences montagnardes, arbres de milieux humides ou de climat sec se côtoient dans une vraie forêt vierge. C'est la Drôme qui, par ses accès de colère, rajeunit les peuplements et arbitre cette cohabitation peu commune.

Balade le long de la Drôme

Le castor mange essentiellement saules et peupliers, dont la croissance rapide ne souffre pas de ses prélèvements. / © eresus-nature-Simon

Rongeur ingénieur

Star de la réserve des Ramières, le castor règne sur un royaume mouvant où il construit ses palais de bois et de terre. Le rongeur inscrit sa signature partout dans le paysage : réfectoire où gisent des branchettes soigneusement épluchées de leur écorce, constellation de petits saules taillés en buissons bas. Avec un peu de chance, on percevra le fumet musqué du castoréum, substance dont il marque régulièrement son territoire.
Difficile de manquer les chantiers d'abattage : avec ses dents aiguisées comme des ciseaux, le castor peut couper des arbres d'un diamètre imposant. Des monceaux de copeaux gisent au pied des troncs taillés en crayon. Dans les bras de rivière les plus calmes, notre bûcheron entreprend même de construire des barrages. Destructeur, le castor ? La population de la réserve — une des plus denses de France — prospère en équilibre avec son environnement et contribue même à sa biodiversité en rajeunissant la forêt riveraine.

Itinéraire

Accédez à la carte détaillée de cette balade dans le PDF en bas de page.

Par le Coteau de Brézème

Durée: 2h45

  • Depuis la gare de Livron, remonter l'avenue Mazade vers la vieille ville.
  • On tourne à droite rue Comte de Sinard (1) puis à gauche rue Marcel Bard (2).
  • Emprunter le sentier de découverte du patrimoine historique (montée des Amandiers) (3).
  • A partir de la rue de la Barrière, suivre le balisage jaune (4).
  • Après le coteau, portion de route pour traverser un pont (5).
  • Suivre à droite « Les Freydières » puis passer sous le pont de voie ferrée. On suit la rivière jusqu'à la Gare des Ramières (6).

De la gare des Ramières à Crest

Durée: 2h30

  • Continuer le chemin le long de la rivière (7).
  • On emprunte une partie du « Sentier du Castor » (8) puis on reprend le sentier « le long de la rivière » (9).
  • Dans Crest, on continue de longer la Drôme près de la piste cyclable (10) puis on rejoint la gare en tournant à gauche face au pont (11).

Accès en transports publics

Crest et Livron sont desservis par des trains et autocars. Allex et Grâne sont joignables en car ( sncf.com et buscars26.snoctav.com ). Les TER permettent le transport gratuit de vélos.

Hébergement, tuyaux gourmands et bons plans

Comité départemental du tourisme de la Drôme, +33(0) 4 75 82 19 26

Chambre d'hôte « La Framboisière ». Accueil et cuisine familiale dans une exploitation bio près de Grâne,
+33(0) 4 75 56 35 31 / 06 79 86 45 64

Pizzeria Le Crescendo. Adresse sympathique : cuisine simple et savoureuse. 12, place des Mouettes. Grâne,
+33(0) 4 67 51 16 77

Les sentiers sont autorisés aux vélos. VTT conseillés. Location possible à Crest. Si besoin, le loueur peut apporter les vélos à l'arrivée en gare, +33(0) 4 75 85 51 62, titoloc_vtt@yahoo.fr

Les règles d’or

  • Attention aux crues de la Drôme, qui peuvent rendre une partie des sentiers impraticable.
  • Rester sur les chemins : ils ont été conçus pour permettre d'observer sans déranger les richesses de la réserve.
  • Respecter le règlement de la réserve des Ramières

Eclairage par Jérôme Armand

Balade le long de la Drôme

Jérôme Armand

Jérôme Armand est garde-animateur de la réserve des Ramières. Si la nature l'a toujours attiré, c'est seulement à 30 ans qu'il se lance dans des études en environnement, après avoir travaillé dans la mécanique. Une reconversion réussie qui lui apporte « le plaisir de transmettre sa passion aux autres » . Suivons-le à la découverte d'une région qu'il connaît comme sa poche.

A) La Gare des Ramières, station nature « C'est la maison de la réserve naturelle des Ramières. Cet ancien hôtel de gare est un lieu incontourable pour comprendre la dynamique de la rivière et découvrir sa richesse biologique. Un véritable complément à la découverte de la réserve elle-même. »

B) La forêt de Saoû « On aperçoit le massif des Trois Becs depuis les berges de la rivière. Suspendue entre ses pointes de roches, la forêt de Saoû a la forme d'un navire. C'est une futaie sauvage où l'on pourra rencontrer des chamois et des aigles. »

C) Chabrillan « Ce village perché a beaucoup de charme. On peut visiter gratuitement son petit jardin botanique. Il y a moins à voir en cette saison, mais ses plantes aromatiques méritent un petit détour. Ne pas manquer de faire aussi un saut à l'incontournable café-bibliothèque. » amis-chabrillan.fr , cafébibliothèque.fr

D) La chute de la Druise « C'est mon coup de cœur. Au départ, la nature a quelque chose de méditerranéen. Puis on s'engage dans des gorges bordées de tuf, ce calcaire extrêmement poreux. Au bout, la cascade fait 72 mètres de haut ! En hiver, il y a encore plus d'eau, et même s'il peut faire assez froid, l'ambiance est magique. » gervannenature.free.fr

Couverture de La Salamandre n°201

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 201
Décembre 2010 - Janvier 2011
Article N° complet

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