Doubs murmure d’une rivière

Le débit de la cascade du bief de Vautenaivre varie beaucoup selon la saison et la météo. L'idéal ? Juste après une pluie ! / © Alessandro Staehli

Grandiose mais sensible, le Doubs coule vers un destin incertain. Balade de rive en bief pour mieux comprendre sa fragile nature.

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Saisi par une tempête de neige, le village des Pommerats paraît complètement perdu sur le vaste plateau des Franches-Montagnes. Pourtant Saignelégier, chef-lieu de ce district jurassien, n'est qu'à deux kilomètres à vol de pinson. L'hiver brouille les repères et déguise la campagne de manière surprenante. Boussole et carte topo seront indispensables pour une descente dans le blizzard jusqu'au Doubs.

Pâturages fantômes

Le bruit du chasse-neige disparaît, couvert par la bise qui susurre dans les vieux épicéas. Par moments, un rayon de soleil transperce les nuages dans un ciel apocalyptique. Quelques becs-croisés posés au sol s'envolent au dernier moment, surpris par notre arrivée en sourdine.

Sous la Roche, Champ l'Oiseau… Ils seront recouverts de fleurs dans quatre mois, mais pour l'instant ces pâturages sont couverts de 50 centimètres de poudreuse. Peu après, c'est la forêt qui gomme la vraie nature des lieux. Vestige d'une époque révolue, un fil barbelé, suspendu entre érables et sapins, délimite une prairie désormais disparue.

Le chemin des chandelles

Une ribambelle de mésanges à longue queue danse avec les flocons. De nombreux troncs morts se tiennent encore debout malgré l'assaut des pics : des chandelles qui célèbrent la biodiversité ! Pas après pas, le murmure d'un cours d'eau défie de plus en plus le silence blanc de l'hiver. Enfin le Doubs !
Une fois sur la rive, on remonte ses eaux vertes vers l'ouest. Elles se dirigent vers la Saône par un large détour à travers le Jura. Mais cette rivière qui coule paisiblement n'en vit pas moins une situation dramatique. Comment oublier Saprolegnia, ce redoutable parasite qui décime les truites ? Ou l'éternel problème des faibles débits résiduels des centrales hydroélectriques?

Doubs élixir

Quelques rares affluents rejoignent le Doubs depuis des vallons latéraux. Biologistes et ingénieurs travaillent pour préserver et revitaliser ces artères qui se déversent dans la rivière. Leurs eaux fraîches et oxygénées sont précieuses pour le Doubs mal en point.
Une charbonnière alerte. La trêve est finie. La remontée vers Vautenaivre s'annonce difficile. Devant une ferme, un chien aboie deux fois avant de courir se mettre à l'abri. Une fois de retour à la civilisation, une bière à la Brasserie des Franches-Montagnes s'impose. Une Torpille, ou pourquoi pas une Salamandre ?

Eclairage par Nicolas Chico Comment

Doubs murmure d'une rivière

Nicolas Chico Comment / © Alessandro Staehli

Nicolas Chico Comment

Biologiste

  • 1984 Naissance à Delémont
  • 2010 Master en biogéosciences à l'Université de Neuchâtel
  • 2011 Collaborateur à l'Office de l'environnement du Jura
  • 2014 Master en études juridiques

« Les affluents du Doubs sont peu nombreux dans le massif jurassien », explique Nicolas Comment. Logique, car plutôt que de ruisseler en surface, les eaux s'infiltrent dans le sous-sol karstique. « Et encore, la plupart d'entre eux sont de petite taille et en forte pente, ce qui les rend inintéressants pour les poissons » , continue le biologiste. Dans ce sens, le Bief de Vautenaivre est une exception. Lors de l'inventaire cantonal du réseau hydrographique du Jura, ce cours d'eau large de 2 à 3 m a été classé parmi les cours d'eau à fort potentiel naturel. « Ce ruisseau est particulièrement important pour les salmonidés. Il leur offre un apport rare d'eau de source ainsi que des habitats différents de ceux du Doubs. Malheureusement, un pont et un barrage à sédiments situés près de la confluence entravaient jusqu'il y a peu son accès aux truites et aux chabots », détaille le scientifique. « Mais cette année, l'Office de l'environnement du Canton du Jura a renaturé les lieux en élargissant le passage sous la route et en démantelant le piège à gravier. » Indépendamment du débit du Doubs, les salmonidés pourront maintenant remonter le torrent pour trouver une eau plus oxygénée et fraîche, notamment en été, ainsi que des biotopes pour frayer.

Et ce n'est pas tout. La qualité écomorphologique du Bief de Vautenaivre a été améliorée par la création de quelques terrasses alluviales favorables aux plantes hélophytes. Grâce à l'ensemble de ces interventions, cet affluent coulera désormais pratiquement libre et sauvage.

Itinéraire

Accédez à la carte détaillée de cette balade dans le PDF en bas de page.

distance: 16 km

dénivelé: 420 m

durée: 6h00

  • Depuis l'arrêt Les Pommerats, Village, sortir du village en suivant le panneau Moulin Jeannottat.
  • Au point 914, prendre la route de gauche et la suivre jusqu'à Sous la Roche.
  • (2) Virer à droite sur le chemin pédestre et descendre jusqu'au Moulin Jeannottat (3) en passant par Champ l'Oiseau.
  • Remontez le Doubs jusqu'au lieu-dit La Verte Herbe (6), puis tourner à gauche pour monter vers Vautenaivre.
  • Au milieu du village, prendre le sentier pour Les Pommerats en coupant au travers des pâturages (7).
  • Au point 8, poursuivre 150 m sur la route, puis bifurquer à gauche (9) sur le chemin pédestre qui rejoint à nouveau la route à Le Sapin.
  • Rester sur la route jusqu'aux Pommerats et le point de départ (1).

Crochet à la cascade du Bief

distance: 3,2 km

dénivelé: 90 m

durée: 1h30

Au point 4, remonter le chemin qui longe le Bief de Vautenaivre jusqu'à sa cascade 5 en suivant les indications. Redescendre par le même chemin.

Accès en transports publics

Rejoindre Les Pommerats en car postal. Horaires et correspondances sur cff.ch

Manger & dormir

Ferme de Cerniévillers. Viande de bœuf, fromages de chèvre produits sur place et accueil chaleureux. Située au-dessus des Côtes-du-Doubs, avec une belle vue sur la France voisine. +41 32 952 19 19 cernievillers.ch

Auberge Le Theusseret. Déguster une cuisine authentique et savoureuse au bord du Doubs. A ne pas rater : la truite Theusseret, la spécialité de la maison. +41 32 951 14 51, letheusseret.blogspot.ch

Matériel & règles d'or

  • Bonnes chaussures
  • jumelles
  • habits chauds

Ailleurs dans la région…

A) Tout Doubs L'excursion proposée s'inscrit dans le périmètre du Parc naturel régional du Doubs. Biodiversité, paysages karstiques, hauts marais, pâturages boisés où paissent vaches et chevaux des Franches-Montagnes… Autant de possibilités pour prolonger le séjour dans la région !

B) Enclave scandinave On dirait la Finlande ou même l'Alaska, mais l'étang de la Gruère et sa tourbière se situent bel et bien au cœur du Jura, entre Saignelégier et Tramelan. Sur réservation, le Centre Nature Les Cerlatez propose des visites guidées payantes de la réserve de 120 hectares.

C) Vue de singe Envie de mieux savourer le Doubs au fond de son canyon ? Rejoignez Goumois à la frontière franco-suisse et montez jusqu'au Rocher du Singe, un belvédère naturel au-dessus du village.

D) Prêts pour Séprais ? Voici une idée de promenade originale : la Balade de Séprais, entre le village du même nom et Boécourt, est une véritable exposition à ciel ouvert inaugurée en 1933. Sculptures en bois, statues en paille et autres œuvres d'art durables ou éphémères enrichissent ce parcours insolite. Gratuit et ouvert toute l'année.

E) Soif de Salamandre La Mandragore, La Brouette, L'Alex Le Rouge ou bien évidemment la célèbre et rafraîchissante Salamandre... Depuis 1997, la Brasserie des Franches-Montagnes produit des bières artisanales au goût unique. Visites guidées, sans ou avec dégustation.

Couverture de La Salamandre n°231

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 231
Décembre 2015 - Janvier 2016
Article N° complet

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