La piste de la cause humaine

Article extrait du dossier L'automne des mammouths
Les parois de la grotte de Rouffignac, dans le Périgord, sont ornées par plus de cent cinquante spectaculaires mammouths laineux. / © Laurent Willenegger

Les mammouths, rois de la steppe, tenaient tout le monde en respect. C'est le climat qui a eu raison d'eux. Mais pourquoi seul le dernier réchauffement a-t-il provoqué l'hécatombe  ? Où se trouvaient les hommes au moment du drame  ?

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La transformation de la steppe en forêt ne coïncide pas seulement avec l'extinction du mammouth. En Europe, elle s'accompagne de celle du rhinocéros laineux, du bison des steppes, du lion, de l’hyène et de l'ours des cavernes. En Amérique du Nord, l'hécatombe est encore plus spectaculaire et soudaine. Mille ans à peine ont suffi à effacer non seulement trois espèces de mammouths, mais aussi des lions avec ou sans dents de sabre, des paresseux terrestres, des cervidés, une espèce de chameau, un tatou géant…

Si le réchauffement fragilise la grande faune des milieux ouverts, il donne aussi une impulsion décisive à l'espèce humaine. Les populations augmentent et des armes plus meurtrières apparaissent, permettant peut-être de nouvelles techniques de chasse. Il y a 12'500 ans, en Amérique du Nord, un couloir s'ouvre entre les glaciers des Rocheuses et la grande calotte canadienne. Longtemps bloqués en Alaska, des chasseurs-cueilleurs étendent leurs terrains vers le sud. Une dizaine de siècles plus tard, le continent est conquis jusqu'en Terre de Feu. Cette avancée humaine coïncide de manière troublante avec les disparitions américaines.

Le coup de grâce

Dans le cas du mammouth, il est peu vraisemblable que la chasse soit seule responsable de l'extinction d'un géant aussi difficile à abattre. En Afrique, sans armes à feu, les chasseurs n'ont jamais mis en danger les éléphants. D'ailleurs, l'homme préhistorique disposait en abondance de proies beaucoup moins dangereuses, même avec l'aide de vastes pièges creusés dans le sol. Les indices avérés d'une chasse sur le mammouth sont rares aussi bien en Eurasie qu'en Amérique.

Et pourtant, les pachydermes laineux allaient mal. Il est imaginable que les humains aient porté le coup de grâce à des populations peu nombreuses et isolées. Dans une telle situation, des attaques même occasionnelles mais répétées sur quelques siècles peuvent suffire à entraîner une disparition, surtout dans le cas d'un animal qui se reproduit lentement. Telle est peut-être la petite différence qui fait que les mammouths ont survécu ici ou là aux précédents réchauffements… mais que, cette fois-ci, ce ne fut pas le cas.

5°C fatidiques

Quelques milliers d'années plus tard, le chasseur- cueilleur est devenu agriculteur, puis citadin comme la plupart d'entre nous. Et maintenant, l'activité trépidante de notre société a tout l'air de provoquer un nouveau bouleversement. Son ampleur est comparable au passage du monde des glaces et des steppes gelées au climat que nous connaissons aujourd'hui. Entre l'un et l'autre, il n'y a qu'une différence de 5°C de la température moyenne de l'ensemble de la planète. Or, si nous continuons à ne rien changer à notre production de CO2, un réchauffement semblable se profile pour les décennies à venir, mais à une vitesse cent fois plus rapide. A quoi le monde ressemblera-t-il demain ?

Couverture de La Salamandre n°200

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 200
Octobre - Novembre 2010
Article N° complet

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