Dites-le avec des fleurs sauvages

Article extrait du dossier Un jardin au fil des saisons
Les sauges, les esparcettes et les rhinanthes s’invitent volontiers dans le jardin si la terre n’est pas trop fertile. Une belle récompense pour qui sait être patient ! / © Benoît Renevey

Prairies et pâturages surfertilisés sont aujourd’hui dominés par les graminées productives et les pissenlits. Les fleurs des prés doivent se contenter de bords de route ou de coteaux escarpés. Offrons-leur une place au jardin, pour le plaisir des yeux et la survie des papillons.

Avatar de Aino Adriaens
- Mis à jour le
Article d'origine par

Préparer le terrain

Si votre sol est maigre et peu profond, bingo! Vous n’aurez pas grand-chose à faire ! Les fleurs sauvages sont déjà là ou s’installeront d’elles-mêmes si vous les laissez faire.

Si votre terrain est gras, il faudra vous armer de patience. Pas mal d’efforts et d’années seront sans doute nécessaires pour l’amaigrir. Afin de gagner du temps, vous pouvez :

  • faucher intensivement l’herbe grasse dès le printemps, à raison de toutes les 5 à 6 semaines la première année. Récoltez chaque fois l’herbe coupée, puis séchez-la ou compostez-la.
  • créer des petites zones de terre nue où vous ferez vos premiers semis. Pour y parvenir, vous pouvez couvrir le sol d’un tapis (ou de plastique noir) pendant quelques mois (de mars à juin par exemple). Cette opération s’avère beaucoup moins pénible et plus efficace que le décapage manuel des mottes.
fleur sauvage jardin moquette désherbage chapeau

Un vieux bout de moquette permet de désherber une parcelle sans trop d’efforts. Otez-le quelques jours avant d’ensemencer la surface. / © Benoît Renevey

Récolter et semer

Dans les jardineries, les mélanges de graines pour prairies à papillons figurent souvent en bonne place sur les étals. Méfiez-vous : ces mélanges sont chers et les résultats souvent décevants. De plus, les espèces sauvages proposées sont rarement de provenance indigène, et peuvent être mélangées à des fleurs ornementales (soucis, cosmos…), moins intéressantes pour la faune sauvage.

Emportez lors de vos balades un sac en tissu ou des enveloppes en papier pour récolter des graines de plantes sauvages. Vous les sèmerez de préférence en été ou en automne. Beaucoup d’espèces ont besoin du froid hivernal pour pouvoir germer l’année suivante. / © Benoît Renevey

Mieux vaut partir sur des bases plus sûres, en récoltant des graines de fleurs sauvages non loin de chez vous. Pour en avoir en quantité suffisante, je vous conseille de récolter du « foin de fleurs » le long des bords de route, juste avant que ne passe la faucheuse des cantonniers. Il suffit ensuite de disposer ce foin sur vos parcelles dénudées. Les graines qu’il contient y tomberont et les tiges serviront à pailler le sol. Cette couverture naturelle a aussi l’avantage de maintenir le sol humide et de limiter la progression des herbes indésirables.

fleur sauvage racine vieille chapeau jardin

Débarrassez le terrain des vieilles racines enchevêtrées et sarclez pour décompacter le sol. / © Benoît Renevey

Favoriser la croissance

Surveillez ensuite attentivement ce qui pousse à travers le paillis. Si la terre est très riche en nutriments, la concurrence risque d’être encore assez rude et il vous faudra intervenir pour laisser plus de place aux plantes à fleurs. Vous pouvez aussi ajouter du sable régulièrement pour alléger un peu le substrat. La richesse floristique augmentera chaque année un peu plus, tandis que la terre s’appauvrira. Patience !

Couvrez la terre nue avec du foin fleur sauvage

Couvrez la terre nue avec du « foin de fleurs » récolté sur un talus maigre ou ensemencez avec des graines de fleurs sauvages (marguerite, sainfoin, salsifis, origan, campanule...). / © Benoît Renevey

Faucher avec mesure

Dès que des fleurs sauvages apparaîtront, il faudra diminuer le rythme de la fauche. Une seule coupe à la fin de l’été est idéale : elle permet aux plantes et aux insectes qui en dépendent de boucler leur cycle et suffit à empêcher les arbustes de s’y implanter. Pensez toutefois à laisser des coins non fauchés : beaucoup d’invertébrés passent en effet l’hiver sous forme d’œuf ou de larve dans les hautes tiges desséchées de la prairie.

Fauchez à la fin de l’été, de préférence avec une faux ! Cet outil a l’avantage d’être silencieux, et offre aux petites bêtes de la prairie le temps de détaler. / © Benoît Renevey

Pour en savoir plus

  • «Le jardin naturel», 148 espèces de fleurs sauvages à introduire au jardin, par V. Albouy, éd. Delachaux et Niestlé, 272 p.
  • «Jardin de fleurs, jardin bio», par B. Lapouge-Dejean, éd. Terre vivante, 224 p.
  • «Le jardin des insectes», par V. Albouy, éd. Delachaux et Niestlé, 223 p.
  • «Les papillons dans votre jardin », notice Pro Natura n° 20, 36 p.
  • «Bulles d’herbe », La Salamandre n° 162, pp. 54-55

Reconnaître d'après leur couleur 27 plantes des prairies grasses et maigres avec le Miniguide n°62 : Fleurs des prairies de La Salamandre.

Retrouvez tous les articles du dossier: L'autre jardin

Couverture de La Salamandre n°190

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 190
Février - Mars 2009
Article N° complet

Articles sur le même sujet

Réagir