Petits cambriolages entre amis

Fleur de trèfle, chaton de saule, orchidée, centaurée… Les bourdons ont besoin d'une grande diversité de fleurs. / © Benoît Perrotin

La colonie a faim, alors, les ouvrières bourdons de service à l’extérieur se livrent parfois à quelques raccourcis.

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18 juin La reine n’est plus ressortie depuis fin avril. En revanche, ses filles toujours plus nombreuses témoignent de la bonne santé de la colonie. En voici justement quelques-unes devant la maison qui prospectent les fleurs d’un buisson de sauge hot lips . Par rapport à certains de ses cousins, le bourdon terrestre a une langue relativement courte. Pas facile d’accéder au nectar caché au fond de ces tubes floraux. Qu’importe ! L’insecte joue des mâchoires et découpe un trou à travers le fond de la corolle pour aspirer une goutte sucrée. A bien y regarder, plus de la moitié des fleurs de la sauge ont un petit orifice qui témoigne d’un pareil cambriolage. Ces raccourcis sont ensuite souvent exploités par d’autres bourdons ou par des abeilles domestiques.

Les plantes et les abeilles évoluent ensemble depuis cent millions d’années. La fleur ne sert à rien d’autre qu’à attirer un véhicule qui transporte sa semence appelée pollen vers d’autres corolles de la même espèce. Ses couleurs, ses odeurs, ses formes parfois extravagantes séduisent et fidélisent l’insecte. Toutes les astuces sont bonnes pour le barbouiller de pollen et lui donner envie de revenir.
Le bourdon de son côté doit optimiser sa récolte pour ramener au nid un maximum de nourriture en un minimum de temps. Pour cela, il fréquente régulièrement les mêmes secteurs en empruntant des couloirs aériens réguliers. Et il concentre son travail sur quelques espèces de fleurs qui lui délivrent une forte récompense. Son expérience et les circonstances lui font parfois changer de menu au fil des jours. Tout cela de l’aube au crépuscule à un rythme de fou qui consume sa petite vie en deux ou trois semaines.

Débrouille chez les bourdons

© Benoît Perrotin

Droit au but

Les bourdons à langue courte qui disposent de mandibules suffisamment puissantes n’hésitent pas à court-circuiter l’itinéraire imposé par certaines fleurs en découpant un trou dans leur tube floral.

Dansez, bourdons !

Les bourdons ont-ils un moyen comme les abeilles avec leur fameuse danse pour indiquer précisément la direction, la distance, mais aussi la quantité et la qualité de la nourriture qu’ils ont trouvée ? Pas à ce point-là mais, de retour à la colonie, ils communiquent leur excitation en bourdonnant des ailes, ce qui stimule le recrutement de butineuses. Ils diffusent aussi l’odeur de la plante visitée mêlée à des phéromones. Certaines observations suggèrent que ce comportement ressemble au ballet des abeilles dans le cas où la nourriture est toute proche de la ruche. Qui sait ? Peut-être un jour les bourdons perfectionneront-ils leur chorégraphie…

Vie en société, menu varié

Une abeille solitaire n’a besoin que de quelques semaines pour boucler son cycle. Souvent, cela va de pair avec une spécialisation sur un type de fleur précis. Mais quand il faut entretenir une colonie populeuse pendant des mois, pas le choix : il faut obligatoirement pouvoir exploiter un très large spectre de plantes. Ainsi, presque tous les bourdons sont généralistes. Ces abeilles sociales ont besoin d’une grande diversité et d’une grande quantité de fleurs tout au long de la saison.
De manière générale, les ouvrières sont attirées par les fleurs très vivement colorées ou à fort contraste. Elles préfèrent les formes découpées plutôt que massives, les entonnoirs plutôt que les corolles plates, les pétales veloutés plutôt que lisses et surtout les fleurs à symétrie bilatérale comme les labiées ou les légumineuses. Elles raffolent du bleu, un peu moins du jaune, un peu moins du blanc. Mais surtout, elles ont la grande intelligence d’adapter leurs préférences aux plus généreux self-services du moment.

Couverture de La Salamandre n°226

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 226
Février - Mars 2015
Article N° complet

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