Un faux fruit au nom de gratte-cul

Article extrait du dossier La vie en roses
Cynorrhodons ou "gratte-culs", fruits de l'églantier / © Dominique Mansion

A l'automne, l'églantier se pare de centaines de lanternes rouges et luisantes. Grata-cu, broche-cu, cynorrhodon... leurs noms sont à eux seuls tout un poème.

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Cynorrhodon. Le fruit de l'églantier porte un nom à coucher dehors, mais le dieu de l'orthographe est complaisant : le deuxième r est facultatif ! Etymologiquement parlant, ce mot vient du grec kynos qui signifie chien et de rhodon pour rose. Une traduction qui n'est pas sans rappeler que notre églantier commun, Rosa canina, a quelque chose à voir avec les chiens. Il faut remonter à Pline l'Ancien pour comprendre l'origine de ce rapprochement : les Romains soignaient la rage en faisant boire aux mordus des potions à base de racines, de feuilles et de fleurs d'églantier.

Du miel aux poils

La tradition populaire n'a pas conservé cet usage, mais les cynorrhodons sont encore et toujours très prisés pour leur richesse en vitamine C et leur goût incomparable. Ils sont également source du célèbre poil à gratter, que les gamins des campagnes glissent discrètement dans le col des copains. Ces poils irritants ont aussi valu au fruit le nom peu glorieux de gratte-cul ou grata-cu, car on administrait autrefois un mélange de poils et de miel aux personnes qui avaient des vers. En réalité, les démangeaisons étaient davantage dues aux tortillements des parasites qu'aux poils rêches contenus dans les fruits.

Dessin cynorrhodon

Un faux fruit de cynorrhodon contient – précieusement emballées sous sa pulpe – de 20 à 30 graines issues des ovaires de la fleur. Botaniquement parlant, ce sont elles, les véritables fruits. / © Dominique Mansion

Bien mûrs

Question botanique, le cynorrhodon est une bizarrerie végétale propre à la famille des rosacées. Il est qualifié de faux fruit car sa pulpe vermeille ne provient pas d'une transformation des ovaires de la fleur, mais de celle du tube du calice : c'est la base des sépales qui s'est métamorphosée en urne protectrice. Une coupe transversale révèle encore que les ovaires sont suspendus aux parois de cette alcôve alors que dans une fleur classique, ils se tiendraient sur un réceptacle convexe en compagnie des étamines.
Et les poils dans tout ça ? Ils servent à envelopper les vrais fruits d'un cocon protecteur. Longs et soyeux lorsque le cynorrhodon est en pleine splendeur, ils deviennent cassants et rêches lorsque le faux fruit se dessèche et que les graines sont mûres. C'est bien sûr le stade que les enfants préfèrent.

Le plein de peps

Rosa canina est connu pour sa richesse en vitamine C, qui dépasse largement celle des agrumes. Chez Rosa canina en effet, le taux d'acide L-ascorbique est en moyenne de 500 à 1000 mg par 100 g de fruits frais, contre 50 et 100 mg pour 100 g d'orange. Et l'espèce alpine Rosa villosa fait encore mieux ! Plus intéressants que leurs descendants cultivés, les cynorrhodons des rosiers sauvages contiennent également les vitamines A, B2 et PP. Voilà qui confère aux (faux) fruits des propriétés médicinales stimulantes et antioxydantes en usage depuis longtemps. La faune sauvage en profite également : en hiver, les oiseaux, les renards et les rongeurs sont nombreux à se délecter de la pulpe vermeille tout en contribuant à la dissémination des graines.

La mouche noirâtre au sommet du cynorrhodon correspond au point de rencontre des pétales et des sépales. Chez certaines espèces de roses, les sépales desséchés persistent longtemps. / © Dominique Mansion

Préparez une potion magique anti-refroidissement à base de cynorrhodons.

Couverture de La Salamandre n°204

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 204
Juin - Juillet 2011
Article N° complet

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