Le défi nature du Grand Genève

Veyrier, au cœur de l'agglomération franco-valdo-genevoise. L'une des communes partenaires des contrats corridors. / © Blaise Lambert

Assurer la mobilité de la faune et de la flore au bout du Léman. Genève s'engage à préserver les corridors biologiques. Eclairage en été 2013.

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Le Grand Genève se concrétise. Le projet d'agglomération franco-suisse a tout d'une métropole internationale, y compris ses grands enjeux environnementaux. La région compte près d'un million de personnes sur 2000 km2 à cheval entre la France et la Suisse. Une densité importante. Première urgence, construire des logements. Mais aussi garantir la mobilité des espèces, plantes et animaux confondus.
Le Canton de Genève et ses communes limitrophes, de part et d'autre de la frontière, ont pris l'affaire très au sérieux. Objectif : préserver les corridors biologiques existants.

Développement perméable

« La fragmentation du territoire liée à l'urbanisation est l'une des principales causes de perte de la biodiversité » , explique Aline Blaser, cheffe de programme corridors biologiques au Canton de Genève. La mise en réserve des sites d'intérêt naturel, pratiquée surtout dès les années 1970, n'est plus suffisante.
Pour se nourrir, se reproduire ou conquérir de nouveaux territoires, la faune a besoin de se déplacer. Mais grandes routes, chemins de fer ou immeubles déconnectent les îlots protégés. « Les bois de Versoix, par exemple, constituent un élément relais majeur pour le cerf entre le massif du Jura et le lac » , explique l'ingénieure en gestion de la nature. « En préservant ces corridors, on maintient la biodiversité. » En 2009, des études de base ont permis de diag-nostiquer les déficits du réseau de milieux naturels. « Lors de ce travail de fond auquel diverses associations ont participé, le projet d'agglomération a identifié les secteurs prioritaires de protection des corridors biologiques. Après cette étape importante et face à l'urbanisation à l'échelle du Grand Genève, il est aujourd'hui temps d'agir » , témoigne Alexandre Breda, président de Pro Natura Genève.

Le défi nature du Grand Genève, les corridors biologiques

Le glaïeul des marais, l'une des espèces ciblées dans le contrat corridors Arve-Lac, fleurit en juin-juillet dans les prairies humides. / © Marion de Groot

Des routes pour la faune et la flore

Deux contrats corridors ont ainsi été signés en novembre 2012 entre la Suisse et la France. Une première en Europe : « Ils pourraient faire office de cas d'école et motiver d'autres régions à traiter d'emblée la question de la continuité biologique de manière transfrontalière » , se réjouit Aline Blaser.

Concrètement, ces accords comprennent une centaine de mesures d'intervention visant à garantir la circulation des espèces animales et végétales. Parmi elles, la remise à ciel ouvert de cours d'eau, l'installation de réflecteurs optiques le long des routes pour éviter les collisions ou le maintien d'espaces agricoles non construits. Les corridors sont devenus partie intégrante des plans d'aménagement.
Un exemple : dans le cas des travaux de la nationale RN206 vers Thonon, en Haute-Savoie, la construction de deux passages à faune est incluse dans le projet. Chevreuils et sangliers pourront ainsi transiter en sécurité. Cet exemple montre l'évolution des mentalités ces dernières années. « Dans les années 1970, l'autoroute A40, au sud de Genève, avait été réalisée sans se soucier de la faune. Aujourd'hui on se rattrape : la construction d'un pont biologique estimé à 12 millions de francs suisses permettra de reconnecter enfin les écosystèmes isolés » , souligne la responsable du programme. Coûteuse, la construction ? Une bagatelle par rapport à la valeur inestimable de la biodiversité.

Coléoptère à patrimoine

Le grand capricorne figure parmi les priorités des contrats corridors biologiques transfrontaliers. Ce coléoptère de la famille des longicornes est devenu rare en Suisse. Quelques populations subsistent dans les cantons de Genève, du Valais et du Tessin. Ses larves se nourrissent du bois mort de chêne. Il est considéré comme une espèce parapluie : sa présence est un excellent indicateur de la bonne santé du groupe d'insectes xylophages. Pour le favoriser, le Grand Genève répertorie les vieux chênes potentiellement colonisés en vue de les protéger. Des recommandations sur la gestion du patrimoine arboré et des replantations sont également prévues.

Grand capricorne (Cerambyx cerdo) / © Beat Wermelinger

Le Grand Genève en chiffres

L'agglomération touche deux cantons suisses (Genève et Vaud), deux départements français (Haute-Savoie et Ain), soit 211 communes. A l'horizon 2030 , l'entonnoir urbain va attirer 200'000 habitants supplémentaires et créer 100'000 emplois. Actuellement,

33% du territoire de l’agglomération est occupé par des espaces agricoles, 41% par des zones forestières et 13% par des milieux aquatiques. Les surfaces urbanisées s'élèvent à 13% .

Couverture de La Salamandre n°216

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 216
Juin - Juillet 2013
Article N° complet

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