Combien vaut un butor ?

Julien Perrot / © Sandro Campardo

Dans son édito de la Salamandre n°201sur les chouettes, Julien Perrot évoque la monétarisation de la nature, idée lancée durant l'Année internationale de la biodiversité. Une bien triste nécessité.

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Chaumes délavés, pluie battante, journée de plomb. Aujourd'hui, décembre paraît vide et triste. Même à l'abri de l'observatoire posé au ras de l'eau, l'attente commence à peser lourd.

Heureusement, un oiseau-roseau apparaît à quelques mètres de moi. Son œil fixe, son cou de serpent, ses gestes précis évoquent un saurien. Prudemment, le grand butor quitte le rideau de la roselière. L'habitant secret du marais s'aventure maintenant sur l'ourlet gelé de l'étang. Il avance en patinant avec ses énormes pattes en direction d'une plage d'eau libre. Tend le cou, étudie les reflets sous la glace, évalue mille trajectoires. Un ressort foudroyant, une gerbe d'eau, le poisson est saisi et englouti. Vision rare et fulgurante.

Au terme de l'Année internationale de la biodiversité, j'entends dire qu'il faut donner une valeur monétaire à la nature. Puisque détruire la biodiversité rapporte de l'argent, inventons des mécanismes pour que sa protection soit financièrement rentable. Calculons les bienfaits des abeilles ou le prix de la déforestation en milliards de dollars.

Parler argent pour sauver les océans, les papillons ou les forêts ? C'est une étape probablement nécessaire, mais à mon avis totalement consternante. Ne peut-on pas rêver d'un monde où le respect de la nature irait de soi ?
Au fait, à combien évaluez-vous le regard d'un butor ? Son étang ? Ses roseaux ?

Couverture de La Salamandre n°201

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 201
Décembre 2010 - Janvier 2011
Article N° complet

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